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Bent (Acte I, scène 5)


On entend un sifflement de train, le bruit d'un train roulant dans la nuit. Encore un bruit de sifflement.

Une lumière monte. C'est un train de prisonniers. On en aperçoit juste un angle. Cinq prisonniers sont éclairés. Deux hommes en civil, puis Rudy et Max, et un jeune homme d'une vingtaine d'années, vêtu d'un uniforme rayé, sur lequel est cousu un triangle rose. Un garde marche parmi eux. Il a un revolver.

Un temps.

Rudy : Tu penses qu'ils nous emmènent où ?

Un temps.

Les autres prisonniers regardent au loin. Le garde marche dans le cercle de lumière.

Un temps.

(Il s'adresse au prisonnier qui est près de lui)

Tu as un mandat d'arrêt ?

Le prisonnier ne répond pas.

Max : Rudy !

Un temps.

Rudy et Max se regardent. Ils sont pétrifiés de peur. Rudy tend la main, puis la retire. On entend un terrible cri, de loin. Rudy et Max se regardent, puis se détournent.

Un temps.

Le garde marche dans le cercle de lumière.

Un temps.

Un autre cri.

Un temps.

Le garde marche dans le cercle de lumière. Un officier SS apparaît, le cercle de lumière s'agrandit. L'officier regarde chaque prisonnier. S'arrête sur Rudy.

Officier : Les lunettes (un temps). Donne-moi tes lunettes.

Rudy tend ses lunettes à l'officier. L'officier les examine.

Monture en corne. Intelligentsia.

Rudy : Quoi ?

Officier : (sourit) Lève-toi.

Le garde fait lever Rudy.

Marche sur tes lunettes.

Rudy est debout, pétrifié.

Marche dessus.

Rudy marche sur ses lunettes.
Il s'adresse au garde.

Emmène-le.

Rudy : Max !

Rudy lance un regard Max. Le garde l'entraîne en dehors du cercle.
L'officier sourit.

Officier : Les lunettes.

D'un coup de pied, il repousse les lunettes. L'officier sort du cercle de lumière.
La lumière se resserre.
Max regarde devant lui. Le garde marche dans le cercle de lumière.

Un temps.

On entend un cri. Hors du cercle.
Cri de Rudy.
Max se raidit.

Un temps.

Cri de Rudy à nouveau.
Max essaie de se relever.
L'homme au triangle rose (Horst) va vers Max, il le touche.

Horst : Ne bouge pas.

Il retire sa main et regarde devant lui. Le garde marche dans le cercle de lumière.

Ne bouge pas. Tu ne peux pas l'aider.

Rudy hurle.

Un temps.

Le garde marche dans le cercle de lumière.

Max : C'est pas vrai.

Horst : Si, c'est vrai.

Max : Où nous emmènent-ils ?

Horst : Dachau.

Max : Comment le sais-tu ?

Horst : J'ai déjà été embarqué. Ils m'ont emmené à Cologne pour un film de propagande. Triangle rose en bonne santé. Maintenant retour à Dachau.

Max : Triangle rose ? Ça veut dire quoi ?

Horst : Pédé. Voilà ce que tu portes si tu es pédé. Si tu es juif, une étoile jaune. Engagé politique, un triangle rouge. Criminel, vert. Le rose, c'est le bas de l'échelle.

Il regarde droit devant lui. Le garde marche dans le cercle de lumière.
Rudy hurle.
Max sursaute.

Max : C'est pas vrai.

Un temps.

Ça peut pas être vrai.

Un temps.

Horst : Ecoute-moi. Si tu réchappes au train, tu as une chance. C'est là qu'on vous brise. Tu peux rien faire pour ton copain. Rien. Si tu essaies de l'aider, si tu essaies de t'occuper de ses blessures, ils te tueront. Si seulement tu vois - vois ce qu'ils lui font, - entends - entends ce qu'ils lui font, ils te tueront. Si tu veux sauver ta peau, oublie son existence.

Rudy hurle.

Max : C'est pas vrai.

Rudy hurle.

Horst : Il n'a aucune chance. Il portait des lunettes.

Rudy hurle.

Si tu veux survivre, oublie-le.

Rudy hurle.

C'est vrai.

Horst s'en va.
La lumière entièrement sur le visage de Max.
Rudy crie. Max regarde devant lui et murmure à lui-même.

Max : C'est pas vrai... C'est pas vrai...

La lumière monte.
Le garde tire Rudy à moitié inconscient.
Son corps mutilé saigne. Le garde le soutient.
L'officier apparaît dans la lumière.
Max regarde au loin. L'officier regarde Max.
Max marmonne toujours en lui-même.

Officier : (à Max) Qui est cet homme ?

Max : Je ne sais pas.

Max arrête de marmonner, regarde droit devant lui.

Officier : Ton ami ?

Un temps.

Max : Non.

Rudy gémit.

Officier : Regarde-le.
Max regarde droit devant lui.

Regarde !

Max regarde Rudy.
L'officer frappe Rudy sur la poitrine. Rudy crie.

Ton ami ?

Max : Non.

L'officier frappe encore Rudy sur la poitrine. Rudy hurle.

Officier : Ton ami ?

Max : Non.

Un temps.

Officier : Frappe-le.

Max regarde l'officier.

Comme ça.

L'officier frappe Rudy sur la poitrine. Rudy hurle.

Frappe-le !

Max ne bouge pas.

Ton ami ?

Max ne bouge pas.

Ton ami ?

Max : Non.

Max ferme les yeux. Il frappe Rudy sur la poitrine.

Officier : Ouvre tes yeux.

Encore.

Max frappe le torse de Rudy.

Encore.

Max frappe encore et encore et encore...

Ça suffit.

L'officier pousse Rudy aux pieds de Max.

Ton ami ?

Max : Non.

Officier : (sourit) Non.

L'officier quitte le cercle de lumière. Le garde le suit.
La lumière est sur le visage de Max.
On entend le train rouler dans la nuit.
Sifflement du train.
On entend Rudy gémir et appeler Max. Le nom de Max se mélange au sifflement du train.
Max prend une profonde respiration.

Max : Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. (prend une autre profonde respiration) Six. Sept. Huit. Neuf. Dix.

Rudy appelle Max.
Max regarde fixement devant lui.
La lumière diminue (sur Max) - presque le noir - puis, tout à coup, lumière également sur les trois autres prisonniers.
Un rayon de soleil matinal.
Rudy est étendu aux pieds de Max.
Le garde traverse le cercle de lumière.
Silence.
L'officier entre dans le cercle de lumière. Il regarde Max.

Officier : Debout. (il regarde Max) Attends. (au garde) Emmène-le. (il donne un coup de pied au corps de Rudy, qui roule - il le regarde rouler) Mort.

L'officier s'en va.
Le garde pousse Max avec son fusil.
Ils sortent de la lumière. La lumière baisse sur les prisonniers.
NOIR

Extrait de Bent, de Martin Sherman, adaptation française de Lena Grinda. Editions PERSONA, 1981. Bent a été créé en français le 21 septembre 1981 au Théâtre de Paris. Bent a été créé au Royal Court Theatre de Londres en 1979.

Un amour à taire


Un amour à taire
par Daily Motion

Un amour à taire
Un film de Christian Faure avec Jérémie Renier, Michel Jonasz, Charlotte De Turkheim, Bruno Todeschini, Louise Monot, Nicolas Gob.

Sarah, Jean et Philippe ont entre vingt et trente ans en ce printemps 1942. Elle est juive. Ils sont homosexuels... En cette période d'Occupation où toutes les règles sont abolies, ils sont tous les trois habités par le même désir impérieux : survivre. Survivre malgré leur "différence", survivre parce qu'à leur âge on ne peut ni renoncer ni s'arrêter... jusqu'au jour où Jean, accusé à tort d'être l'amant d'un officier de la Wehrmacht, est déporté par les nazis. C'est le début de sa descente aux enfers sous le signe du triangle rose...

Selon le United States Holocaust Memorial de Washington, le total des homosexuels arrêtés entre 1933 et 1945 se situe entre 90 000 et 100 000. 10 000 à 15 000 d'entre eux ont péri dans l'univers carcéral et concentrationnaire nazi.

Pink-triangle prisoners at Buchenwald

Pink-triangle prisoners at Buchenwald concentration camp

Not long after the establishment of the Nazi regime homosexual men were already being sent to concentration camps. In many cases this happened as an exemplary measure of terror. Corresponding regulations were only issued some time later to give an appearance of legality. Himmler's order of 14 December 1937 and his decree of 12 July 1940 defined the target groups as sex criminals, by which he especially meant 'corrupters of youth', 'rent boys' and those with related previous convictions. Thus, not every man convicted under Section 175 had to reckon with deportation to a concentration camp after the end of his sentence. And yet, where political considerations were involved, the provisions could be interpreted in such a way that an arbitrary attribution of one of the above labels opened the way to such a harsh punishment.(1)

Buchenwald concentration camp started operating in 1937 and was soon admitting its first homosexual men. By the end of 1938 28 prisoners were already wearing the pink triangle; the figure went up to 46 by late 1939 and stood at 51 two years later. As a result of Himmler's directive of 12 July 1940 - 'in future, after their release from prison, all homosexuals who have seduced more than one partner should be taken into preventive police detention'- the number of male homosexuals also rose at Buchenwald, passing a hundred for the first time in 1942. At the end of 1943 the camp held 169, and a year later 189. The figures were small in comparison with the total number of prisoners there - well below one per cent in every year.(2)

Deportation was justified on the absurd grounds that 'encouragement to perform regular work' would help to cure male homosexuals of their unnatural inclinations'. According to Heydrich's cynical classification of 1941, Buchenwald was a Category II concentration camp. This meant that, together with Flossenbürg, Neuengamme and Auschwitz, it was to be used for 'severely disturbed persons in protective custody' who were still 'capable of being educated'.

Their daily life was governed by the inhuman conditions of the camp. In addition there was the stigma of being a homosexual, which gave them a dangerous special status. They were isolated in many different senses: from their friends, who did not dare write for fear of themselves being registered as homosexuals; from their family, which out of 'shame' might disown father or son and might in the case of death - as we know from the file of Karl Willy A. - even refuse to accept the urn or hold a funeral; and from other groups of prisoners, who avoided men with the pink triangle both to keep clear of suspicion and because they shared the widespread prejudices against 'queers'. But the homosexual prisoners were also isolated from others like themselves, for gay men are seldom bound together by anything more than their sexual orientation. There was no question of the kind of solidarity that was evident among political prisoners or Jehovah's Witnesses. And they had correspondingly little influence in the prisoners' structure of communication and authority.

Until autumn 1938 male homosexuals were allocated to the political blocks. But from October they were sent en masse to do quarry work in the punishment battalion, where inhuman working conditions and the arbitrary violence of the SS claimed ever more victims. In the summer of 1942 they started to work with other prisoners in the war industry, and in the autumn or winter of 1944 were deported to the centers producing V-2 weapons in the 'Dora' out-camp near Nordhausen.(3) Catastrophic conditions of internment, heavy labour in the underground galleries and a generally poor state of health brought death to most of them. Thus, 96 homosexual prisoners died between 8 and 13 February 1945 alone - more than half the number interned in Buchenwald up to that time.

Reports of fellow-prisoners, such as Walter Poller who worked as a doctor's secretary in the sick-bay in 1939 and 1940, indicate that most of the homosexuals deported to Buchenwald were castrated.(4) But it has since become known that they were also used for the dreadful typhus fever experiments. As these were very incompletely documented, we cannot definitively gauge the scale on which they were carried out.(5) So far five homosexual men have been identified in this context; and the refusal to hand over the dead body of Karl Willy A. suggests that he too should be counted among the victims.

The situation of homosexuals at Buchenwald concentration camp
Report from spring 1945 (Extracts)(6)

[... ] Until autumn 1938 homosexuals were divided among the political blocks, where they went relatively unnoticed. In October 1938 they were sent en masse to the punishment battalion and had to work in the quarry, whereas previously all other units had been open to them. Apart from a few recorded cases, every member of the punishment battalion had the prospect of being transferred after a certain time to a normal block where living and working conditions were significantly better, but this possibility did not exist for homosexuals.

Precisely during the hardest years they were the lowest caste in the camp. In proportion to their number they made up the highest percentage on transports to special extermination camps such as Mauthausen, Natzweiler and Gross Rosen, because the camp always had the understandable tendency to ship off less important and valuable members, or those regarded as less valuable. In fact, the wider deployment of labor in the war industry brought some relief to this type of prisoner too - for the labor shortage made it necessary to draw skills from the ranks of such people, although in January 1944 the homosexuals, with very few exceptions, were still going to the 'Dora' murder camp, where many of them met their death. The striking fates of a few homosexuals at Buchenwald may afford some insight into the conditions.

L. Adloff, a librarian at the State Library in Berlin and a collaborator of the left-leaning periodical Die Weltbühne, was arrested as a political suspect in 1938; he was also under suspicion of homosexuality. In summer 1938 he was sent as a political to Buchenwald concentration camp. In October 1938, when all homosexuals and others under suspicion were sent to the punishment battalion, he had the sign of homosexuals, a pink triangle, put on him and went to work in the quarry. In January 1939 he was sent to Mauthausen concentration camp, where terrible conditions prevailed. While working in the quarry there he suffered a leg injury which developed into a huge inflammation, and in the same year he was shipped as an invalid to the concentration camp at Dachau. After severe mistreatment at the hands of the Dachau sick bay kapo 'Heathen joe' [Heiden-Sepp], he was sent as an invalid to Buchenwald camp, then returned as an invalid to Dachau, then sent back to Buchenwald in autumn 1941 where he finally remained and died. This constant moving of broken people had the result that they died off like flies with every change of conditions. In Dachau in 1941 he picked up a sentence for some trifling incident, and although he was already punished in Dachau he received 25 lashes twice more in Buchenwald as well as a few weeks in a detention cell. Jail was then an absolutely deadly place to be: he had long been written off in his block before the sheer miracle of his return. But meanwhile the leg inflammation, which had never healed, developed in such a way as to cause serious damage to his heart. As he was a naturally strong person and had enormous will-power, he pulled himself along for another month until pleurisy prepared the end in April 1943.

In the spring of 1942 a Berlin writer called Dähnke was sent to the camp as a homosexual. The main reason for his internment, however, was political statements which had brought him to the attention of the Gestapo. One morning, after he had been working for several months in the quarry, he was taken by someone on fatigue duty to the sick bay and presented to the camp doctor as suffering from TB. As a matter of fact he was having chest trouble. The camp doctor at first wanted to put him in the TB unit for treatment, but when D., not knowing how things stood, mentioned that he was really there for political reasons, the doctor sat up and took notice, realized that he was dealing with a homosexual, and had him taken into the room reserved for the death list. Two days later he was given the lethal injection. H. D., an office worker born in 1915, was arrested on 20.4.1938 because of an illegal trip abroad to Prague. He had tried to make contact with the Russian Consulate in Prague so as to get away from Germany; the Gestapo suspected him of being an underground Communist courier. At the same time, a friend with whom he had been in a relationship of trust was arrested and forced to confess. The charges of high treason had to be dropped, because nothing could be proved against D. and nothing could be got out of him. So he only received three-and-a-half years' imprisonment for unnatural sex acts. After serving his sentence, he was sent to Buchenwald in November 1941. The first impression he had was of the bodies of various people who had died in the punishment battalion, which were thrown in front of the door like sacks of flour. On the same evening a young homosexual hanged himself - everyone calmly went on eating, nobody cared a jot about it. Still on the same evening, a prisoner who had already been there a long time told him that he would have to work in the quarry, that the kapo was a terrible man, that especially §176 people (relations with juveniles) were done for, and that he should be careful although there was no point in keeping quiet about anything. After an agonizing sleepless night, D. decided to prepare himself for every eventuality: he mentioned to the kapo that he had been told such and such and that he did not want to hang himself, and asked him for advice about what he should do. But he got the exact opposite of what he wanted. The kapo, Herzog, was a former member of the foreign legion, extremely brutal, apparently homosexual-sadistic and with a frightening tendency to become frenzied; if someone was beaten by him it was all over. Herzog was determined to find out who had spoken to D. and he threatened him with some terrible things. But as D. realized that it would mean curtains for his comrade in suffering, he refused to reveal the name of the man who had warned him. The next day he was sent to work on the quarry wagon - an exhausting and dangerous job. Anyone who could not keep going was tossed on the wagon and then dumped on a heap of stones. Then Herzog either trampled them to death without further ado, or poured water down their throat for so long that they suffocated. If anyone still survived, Herzog treated him as a malingerer and crushed him underfoot. Although D. was young and strong, the work exhausted him so much that only the end of the day saved him from collapse. Next morning the friend who had warned him, now grateful for his silence, took him to another part of the quarry where the work was a little easier and where he was out of the kapo's line of sight for the next few weeks. After three weeks or so, however, Herzog remembered him, again asked for the name and presented him with an ultimatum: at a certain hour he would drive him through a cordon of duty sentries. D. knew this was deadly serious and he was ready for anything. He was saved by a sheer miracle. An hour before the appointed time, Herzog was called to the door and quite unexpectedly released from the camp. (The word later went round in the camp that he had been stabbed to death in his home area.) On 4.1.42 D. was sent to the typhus fever experimental ward, where young homosexuals were favorite guinea-pig material. He came through the illness but suffered from heart trouble as a result. On 15.7.42 he was discharged from the ward to perform light quarry work. Meanwhile things had become quite wild in the block. Assisted by isolation from the other camp and more supported than supervised by the SS, a number of bandits were completely terrorizing the workforce, stealing the packets they were supposed to receive since winter 1941, and holding real orgies of brutality and the most shameless sadism. Sexual abuse and the foulest murder were the order of the day. The battle still raging between politicals and the Greens (criminals) who wanted to get control still tied the hands of the Reds for the time being. Only after some months was it possible to clean out the Augean stables - which was made casier by the fact that some of the guys were sending each other to kingdom come. One incident described by D. throws a revealing light on the conditions. The punishment battalion was not allowed to smoke. But people on the typhus ward bought things like everyone else, and that included tobacco. As they had also not been allowed to smoke on the typhus ward, they all naturally had a small stock of tobacco and cigarettes. The first thing the block elder, a former SS man, did was to ask all those who returned to hand over their tobacco. When they hesitated for a moment, he singled one out, spread him over a table and counted out 25 lashes - whereupon the tobacco and cigarettes shifted double-quick into his pocket.

The liquidation methods had meanwhile changed somewhat. Until early 1942 a sorting of new arrivals had undoubtedly been carried out in the political department. People - especially §176 homosexuals - were called to the door a few days after their arrival and moved into the cells. Some days later came the announcement of death. From spring 1942 the cell murders stopped. But to make up for it the second camp Führer, Gust, turned to the now compliant quarry kapo, Müller, generally known as 'Waldmüller' [forest miller]: he came to see him nearly every day, shook hands and regaled him with cigarettes, and no doubt gave him instructions. The number of people 'shot white attempting to escape' was terrifyingly high in the summer of 1942. For the sake of appearances, it was felt necessary to post quarry trustees as sentries to hold people back. D., who stood out from the others by his human qualities, was made a sentry and witnessed some hideous scenes. [...]

In autumn 1942 these quarry shootings came to an end. The greater use of prisoners' labour forced the SS to be a little more sparing with its 'human material', and the forces of order in the camp finally managed to wrest away its instruments of murder. Later, when conditions eased a little, D. managed to get sent to a better unit, to hold on in the camp by keeping a clean slate, and to appear as a witness at trials as one of the few to have survived.


(1) See in general R. Lautmann/W. Grischkat/E. Schmidt, 'Der Rosa Winkel in nationalsozialistischen Konzentrationslagern', in R. Lautmann, ed., Seminar: Gesellschaft und Homosexualität, Frankfurt/Main 1977, pp. 325-365.

(2) G. Grau, 'Homosexuelle im KZ. Buchenwald', in S. N. Rapoport and A. Thom, eds., Das Schicksal der Medizin im Faschismus, Berlin 1989, pp. 67-69; and W. Röll, Homosexuelle Häftlinge im KZ. Buchenwald, Weimar-Buchenwald 1991.

(3) For an account of the 'Dora'camp (but without any reference to the group of homosexual prisoners), see E. Pachaly and K. Pelny,'KZ Mittelbau Dora. Terror und Widerstand', Buchenwaldheft 28, Weimar-Buchenwald 1987.

(4) W. Poller, Arztschreiber in Buchenwald, Hamburg 1947.

(5) On the typhus experiments in general see W. Scherf, 'Die Verbrechen der SS-Ärzte im KZ Buchenwald. Der antifaschistische Widerstand. 2. Beitrag: juristische Probleme', diss., criminal law department, Humboldt University, Berlin 1987.

(6) Passages omitted here do not specifically refer to the situation of homosexual prisoners at Buchenwald. Cf. the unabridged version and commentary in Zeitschrift fur Sexualforschung, Vol. 2, 1989, pp. 243-253.


Source: Hidden Holocaust ?, Günter Grau, Cassell, 1995. Translated from German by Patrick Camiller.

Les stages de guérison à Sachsenhausen


Avant la guerre, à l'époque où se déroulaient les Jeux olympiques de Berlin, les autorités avaient procédé à un ratissage des routes et des agglomérations urbaines en faisant arrêter les mendiants, les vagabonds ainsi que les prostituées et les homosexuels devenus par trop envahissants. On les avait expédiés dans les camps de concentration pour les rééduquer et les adpater à des occupations plus utiles. A Dachau, où les homosexuels étaient infiniment moins nombreux qu'à Sachsenhausen, leur présence posait déjà un problème sérieux à l'administration. Le commandant et le chef de la garde du camp jugeaient préférable de les disperser dans les différentes baraques ; moi, j'étais d'un avis contraire : je ne les connaissais que trop bien d'après mes expériences du pénitencier. Effectivement, au bout de peu de temps, les rapports en provenance de tous les blocs venaient nous signaler que des relations homosexuelles s'établissaient entre les internés. On eut recours à des sanctions qui ne produisirent pas le moindre effet : la contagion se répandait rapidement.

Sur ma proposition, on les réunit dans un seul bloc. On leur désigna un chef de chambrée qui savait les manier. On les fit travailler en les séparant des autres internés : pendant un bon moment ils furent chargés de tirer le rouleau compresseur sur la route. On leu adjoignit quelques prisonniers qui s'adonnaient au même vice et qui se trouvaient dans d'autres secteurs. D'un seul coup, l'épidémie avait disparu, abstraction faite de quelques cas isolés. Quant à ceux qu'on avait rassemblés dans une seule baraque, ils étaient soumis à une surveillance suffisamment sévère pour leur enlever toute possibilité de se livrer à leur vice.

(...) A Sachsenhausen, les homosexuels avaient été, dès le début, internés dans un seul baraquement. Ils travaillaient, séparés des autres, dans une carrière de terre glaise. Ce n'était pas un travail facile : chacun d'eux devait extraire une quantité définie pour remplir un certain nombre de wagonnets. Ils étaient donc exposés à toutes les intempéries, car il leur incombait de fournir le matériau nécessaire à la marche ininterrompue de la poterie. Eté comme hiver, le régime était le même.

Ce travail pénible destiné à les rendre "normaux" n'exerçait pas la même influence sur les diverses catégories d'homosexuels.

Il était nettement salutaire pour les "tapettes", les prostitués de sexe masculin qui préféraient leurs occupations lucratives au travail le plus facile. Ce n'était pas de vrais invertis : le vice n'était pour eux qu'une profession.

Les dures conditions de l'existence dans un camps et le travail difficile agissaient sur eux favorablement. En grande majorité, ils s'adonnaient assidûment au travail et prenaient soin de ne pas se faire remarquer afin d'obtenir rapidement leur libération. Ils évitaient de frayer avec les homosexuels authentiques pour prouver qu'en réalité ils n'avaient rien de commun avec eux.

Beaucoup d'entre eux furent effectivement libérés sans courir le risque de retomber dans leur vice. La leçon avait bien servi, d'autant qu'ils étaient pour la plupart très jeunes.

Il y avait une autre catégorie qu'on pouvait rééduquer : les hommes qui s'étaient découvert un penchant pour l'homosexualité après avoir été dégoûtés par des rapports trop fréquents avec les femmes et qui espéraient trouver un nouvel excitant dans leurs vies de parasites.

Par contre, ceux qui s'étaient laissé entraîner d'une façon durable à leurs penchants vicieux restaient incurables. Il y avait très peu de différence entre eux et les vrais homosexuels, qui étaient d'ailleurs très rares. Le travail le plus pénible, la surveillance la plus sévère ne contribuaient en rien à leur guérison. Dès qu'ils en trouvaient la moindre occasion, ils retombaient dans les bras des uns des autres. Tant que leur déchéance n'était pas trop accentuée, ils continuaient à s'adonner à leur vice. On les reconnaissait de loin. Leurs manières efféminées, leur afféterie, leur façon doucereuse de s'exprimer, leur maintien aimable à l'égard de ceux qui étaient invertis ou avaient un penchant pour l'homosexualité les distinguaient nettement de ceux qui s'étaient détournés du vice, qui voulaient s'en guérir définitivement et qui offraient à l'observateur tous les symptômes d'une guérison rapide.

Tandis que les hommes animés d'une ferme volonté de renoncer à leurs habitudes se montraient capables de supporter le travail le plus dur, on voyait les autres dépérir lentement. Selon leur constitution, leur déchéance physique était plus ou moins rapide. Incapables de renoncer à leur pratique, ils savaient qu'ils ne seraient pas libérés et cette tension psychologique contribuait sérieusement au dépérissement physique de ces natures, généralement hypersensibles. Il n'était pas difficile de prévoir une issue fatale chaque fois que la maladie ou la mort enlevait à l'un de ces hommes son "ami ". Beaucoup d'entre eux se sont suicidés. Dans la situation où ils se trouvaient, "l'ami" représentait tout pour eux. Dans plusieurs cas, nous avons vu deux amis se donner simultanément la mort.

En 1944, le Reichsführer organisa à Ravensbrück des "stages de guérison ". Un certain nombre d'homosexuels qui n'avaient pas donné de preuves définitives de leur renonciation au vice furent appelés à travailler avec des filles et soumis à une observation très stricte. On avait donné aux filles l'ordre de se rapprocher, sans en avoir l'air, de ces hommes et d'exercer sur eux leurs charmes sexuels. Ceux qui s'étaient vraiment améliorés profitèrent de l'occasion sans se faire prier; quant aux incurables, ils ne gratifiaient pas les femmes d'un seul regard. Si celles-ci se montraient trop provocantes, ils s'en détournaient avec dégoût et horreur. Après les avoir soumis à cette épreuve, on procéda à une sélection de ceux qui paraissaient mériter la libération. Mais, à titre de vérification, on fournit à ces derniers une nouvelle occasion d'entrer en rapport avec des êtres du même sexe. Presque tous la dédaignèrent et se refusèrent farouchement à céder aux provocations de vrais invertis. Mais il y eut aussi des cas limites, des hommes qui voulaient profiter des deux possibilités : on pourrait peut-être les désigner comme "ambivalents".

En tout cas cette possibilité d'observer la vie et le comportement des internés homosexuels de toutes les catégories m'a paru extrêmement instructive.

Source: "Le commandant d'Auschwitz parle", Rudolf Höss, Editions Maspéro, Paris, 1985.

Photo (en haut) : Entrée (actuelle) du camp de concentration de Sachsenhausen (vue de l'intérieur du camp).

Photo (en bas, à gauche) : Rudolf Höss, lors de son témoignage en 1946 devant le tribunal de Nuremberg.

Triangles roses et signes distinctifs

Les populations [des camps] de doivent pas pour autant ne pas être identifiées, et même si leur destin commun semble scellé entre les barbelés. Identification indique marquage, pour une stigmatisation spécifique. Jean Vigreux rajoute : "Le déporté porte sur son pyjama rayé le triangle ou l'étoile qui stigmatisent. C'est une hiérarchie raciste et sociale établie et voulue par les nazis. Chaque déporté en camp de concentration ou d'extermination était confronté à la mort. Mort par la faim, mort par épuisement, mort par les maladies, par les expériences médicales, par les tortures ou les exécutions sommaires. Ou encore la mort par les chambres à gaz".

Un marquage sur les vêtements s'élaborera en effet peu à peu pour les détenus en camp d'internement et de concentration. Dans son livre sur "l'organisation de la terreur" paru en 1995 aux éditions Calmann-Lévy, l'historien Wolfgang Sofsky note : "Avec la réorganisation des camps, la SS introduisit en 1936 un système de catégories permettant de caractériser les groupes de détenus. Sur la partie gauche de la poitrine et sur la jambe droite des pantalons on cousait, à côté du numéro du détenu, un triangle de couleur (...) Les 'adversaires politiques', la première catégorie à être entrée dans les camps, restèrent d'abord sans signe distinctif. C'est seulement en 1937 qu'on introduisit pour eux le triangle rouge". Il précise : "L'élément décisif pour la figuration des classes sociales était le système des classifications, la taxinomie des couleurs, des triangles et des signes distinctifs."

Les autres détenus "criminels" recevaient ainsi un triangle vert, les "asociaux" un triangle noir, les homosexuels un rose, les émigrés un bleu, les Tziganes d'abord un triangle brun puis noir. Les Juifs portaient l'étoile de David à six branches. Les étrangers, le plus souvent identifiés comme "politiques", avaient sur le triangle rouge l'initiale indiquant leur nationalité, un "F" pour les Français, un "P" pour les Polonais, un "S" pour les Espagnols. Les prisonniers placés en compagnie pénitentiaire étaient signalés par un point noir au sommet de leur triangle. Les détenus des convois "nuit et brouillard" étaient marqués de larges bandes rouges, portaient une croix sur le dos et, à droite et à gauche, les lettres "NN" (pour "Nacht und Nebel"), que l'on retrouvait sur les jambes du pantalon. Quant à ceux qui étaient soupçonnés de vouloir s'évader, ils étaient signalés par une cible rouge et blanc sur la poitrine et sur le dos, pour être visés par les mitraillettes au moindre mouvement de foule suspect, comme sur un stand de foire.

Mais ces codifications visuelles étaient finalement moins à l'usage des SS pour mieux identifier ces populations captives dans la gestion des camps que pour créer en permanence un différentiel entre les détenus et entretenir entre eux une méfiance par la visibilité, la mise en blason, oserions-nous dire, de ces différences sociales. Elles signifiaient également une hiérarchie de l'avilissement à disposition des kapos.

Le triangle rose, à la couleur de petite fille dans le but de ridiculiser la masculinité, se généralisera peu à peu dans les camps après que de nombreuses lesbiennes aient porté le triangle noir des asociaux ou que la barrette bleue ait marqué certains homosexuels, confondus avec les catholiques réfractaires, comme Pierre Seel dans le camp alsacien de Schirmek. D'autres étiquetages existèrent, encore plus infâmes : un témoignage recueilli dans les archives du Mémorial de l'Holocauste de Washington, celui d'Erwin Forly, tchèque déporté pour homosexualité à Auschwitz, parle d'un étiquetage spécial : "Certains premiers déportés homosexuels durent porter autour de leurs hanches un tissu jaune arborant un 'A' majuscule. Il représentait l'initiale de 'Arschficker', littéralement 'baiseur de cul'." Mais quand le triangle rose sera finalement adopté dans la plupart des camps, il ne sera pas pour autant un triangle comme les autres. Pour être plus visible de loin, il faisait trois centimètres de plus de côté que tous les autres triangles. Comme le dit Heinz Heger : "les pédés, il fallait les reconnaître de loin !"

Tout sur-marquage fait partie du fonctionnement du camp, cet espace captif où il est impératif pour survivre d'avoir plus stigmatisé que soi. Finalement, le plus grand marquage est entre hommes et sous-hommes, comme le décrit Wolfgang Sofsky : "Au sommet, l'opposition raciste entre l'être humain et les sous-hommes. Les Slaves, les Tziganes, les Juifs tendaient à ne pas être du tout considérés comme membres de la société humaine. Ils constituaient une catégorie placée en marge, sinon au delà de toute socialité. La persécution prenait ici le caractère d'une élimination systématique. Le critère racial dominait tous les autres. Un juif de Belgique ou de France également classé dans la catégorie 'opposant politique' ou 'criminel' était d'abord un juif (...) En bas de l'échelle de la déviation se tenaient enfin les '175', les homosexuels. Bien qu'ils n'aient pas représenté un risque politique, ils occupaient une position marginale analogue à la catégorie des 'sous-hommes'. Les opposants idéologiques et politiques, autant qu'ils aient pu être combattus par les SS, faisaient partie de la société du camp. On les opprimait mais on les redoutait aussi. On ne livrait pas de véritable combat, en revanche, contre les groupes marginaux des asociaux et des homosexuels : ils étaient anormaux, nuisibles, superflus. A eux, le pouvoir du camp n'octroyait que la moquerie, le mépris et la mort".

A partir de 1933, les camps de concentration de Dachau et d'Orianenburg reçoivent de nombreux homosexuels, dont de nombreux militants et d'autres qui avaient pris le risque de la visibilité, la torture et la délation faisant le reste. L'historien Eugène Kogon, chargé par les Alliés d'un rapport après le procès de Nuremberg et auteur de 'L'Etat SS', a pu identifier quant à lui d'autres destinations pour les homosexuels : "Concernant les transports vers les camps d'extermination tels ceux de Nordhausen, de Natzweiler ou de Gross-Rosen, les homosexuels fournissaient le plus fort pourcentage". Eugène Kogon rajoute : "Le camp avait cette tendance compréhensible de se séparer d'éléments considérés comme moins importants, de peu de valeur ou sans valeur".

Une cruauté spécifique et meurtrière concerne donc les homosexuels, que confirme l'autrichien Heinz Heger, détenu à Auschwitz : "Jusqu'en 1942, afin de réduire le nombre de prisonniers, il était usuel que chaque camp envoie à différents moments un contingent d'une centaine de déportés ou davantage vers les camps d'extermination où ces derniers étaient gazés ou injectés. Le choix de ceux qui devaient être liquidés relevait de la responsabilité du secrétariat du camp des prisonniers, à la tête duquel se trouvait le doyen. Lorsque celui-ci était un déporté politique, on a toujours pu constater que la plus grande partie des déportés envoyés à l'extermination était formée, et de loin, de déportés au triangle rose". De la sorte, les déportés pour homosexualité se retrouvaient par exemple dans la carrière de pierres de Buchenwald. Détenu au bloc 36, l'homosexuel Jaroslav Bartl témoigne : "Nous travaillons dans la carrières de pierres dans des conditions impossibles, sous les hurlements et les violences des contremaîtres, et sous la menace des fusils SS. Les blessures et les accidents mortels étaient quotidiens. Le kapo recevait chaque matin une liste de détenus, avec leur numéro, qui ne devaient pas rentrer".

Source : Les Oubliés de la Mémoire, Jean Le Bitoux, Editions Hachette Littératures, 2002.

Photo : Nomenclature des signes distinctifs des déportés.

Les homophiles dans les camps d'Hitler


Quand s'ouvrirent, en 1945, les camps de concentration allemands, une vague d'effroi parcourut l'Allemagne et le monde entier. Mais bientôt l'indignation, la pitié et l'horreur s'effacèrent dans la misère générale qui suivit la guerre, dans le souci quotidien de la nourriture et du logement. Les procès de Dachau restèrent inconnus de larges milieux, et il ne fallut pas beaucoup de temps pour que certains se mettent à manifester des doutes quant à la gravité réelle des horreurs des camps. Trop de gens avaient un intérêt puissant à minimiser les atrocités commises, et à les laisser tomber dans l'oubli le plus vite possible. Quelques livres parurent, pas toujours objectifs, et souvent présentés dans le but de "faire sensation". Les survivants des horreurs des camps, de leur côté, essayaient de trouver leur place dans la nouvelle société en formation -- notamment des Juifs, les plus durement touchés, des étrangers déplacés, des communistes, des socialistes -- et tentaient de réclamer des indemnités, le plus souvent sans beaucoup de succès.

Les criminels de droit commun eux-mêmes (si nombreux dans les camps de concentration, et qui au début nuisirent beaucoup à la réputation des anciens internés libérés), souteneurs, assassins et voleurs professionels, retrouvèrent bientôt leur ancienne vie et disparurent de la vue. Les liens de camaraderie, déjà pas très solides dans les camps, où la misère commune éveillait trop souvent les plus bas instincts, se délièrent rapidement. Et c'est tout juste si les récents procès des anciens médecins des camps de concentration ont éveillé un faible regain de curiosité et d'intérêt pour ces événements du passé.

Or, parmi tous les groupes de victimes, il en est un qui n'apparut jamais dans la lumière de la publicité, qui ne se plaignit pas des dommages subis, qui ne rencontra aucune compréhension auprès des journaux ni des administrations ni des organisations de défense des intérêts des anciens internés : ce sont les homophiles. Parce que l'article 175 du Code pénal allemand (cet article 175 autour duquel on discute depuis des dizaines d'années) fait des homophiles des criminels, ceux-ci ne trouvèrent dans le public aucune pitié, et bien entendu ne purent prétendre à aucun dédommagement. Jusqu'à ce jour, personne n'a cherché à savoir combien d'homophiles furent les victimes des poursuites nazies, ni ce qu'ils ont retrouvé de leur existence et de leurs biens, quand ils ont survécu. Les procès des anciens médecins des camps viennent de nous rappeler que des milliers d'homophiles furent châtrés de force, souvent dans des conditions bestiales. Dans les camps, ils étaient souvent désignés pour de mauvais traitements particuliers. L'auteur de ces lignes a vu lui-même comment, à plusieurs reprises, un jeune homme d'allure un peu féminine dut danser devant les SS pour être ensuite pendu, les mains et les pieds liés, à une poutre du corps de garde, et battu de façon horrible. Il se rappelle aussi les "parades de latrines", dans un des premiers camps (Sonneburg), pour lesquelles le commandant choisissait toujours les homophiles.

Il ne faut pas oublier qu'il s'agissait souvent d'hommes qui étaient d'honorables citoyens, d'une culture élévée et occupant des situations importantes dans la société et dans l'Etat. L'auteur de cet article a connu un prince prussien, des sportifs importants, des professeurs, des instituteurs, des ingénieurs, des artisans, des ouvriers de toutes les catégories, et naturellement aussi des prostitués, pendant les sept années qu'il a passées dans différents camps. Bien sûr, tous n'étaient pas des gens de valeur, mais la plus grande partie d'entre eux était complètement perdue et isolée dans le monde des camps de concentration. Pendant leurs rares heures de loisir, ils vivaient la plupart du temps isolés. C'est ainsi que j'ai connu la tragédie d'un très civilisé attaché d'ambassade étrangère, qui restait absolument muré et inabordable dans un désespoir sans limite et sans issue; il n'arrivait pas à réaliser la possibilité des cruautés atroces qu'il voyait autour de lui ; et un jour, sans raison apparente, il s'écroula, mort.

Il m'est impossible de me rappeler tous ces camarades, toutes ces infamies, toutes ces morts, sans, aujourd'hui encore, sombrer dans un profond désespoir.

Mais tout cela n'a été possible qu'a cause des possibilités légales qu'offrait aux bourreaux sadiques du IIIe Reich l'article 175. Je suis aujourd'hui un vieil homme. Dans ma jeunesse j'ai connu les activités et les combats des milieux homophiles -- alors unis --, sous Magnus Hirschfeld, Adolf Brand, Fritz Radszuweit, et d'autres, qui donnent leurs noms honorables pour lutter en faveur du droit. J'ai travaillé avec eux, j'ai espéré avec eux en la compréhension et la justice. Maintenant, le maintien ou la suppression de l'article 175 ne me concernent plus guère personnellement. Mais j'espère pour tous ces être humains, connus ou inconnus, que finalement, malgré tout, la raison, les progrès de la science et le courage des médecins l'emporteront. De cette façon, les victimes de tous ces camps de concentration ne seront pas mortes en vain.


Source: Les Homophiles dans les camps de concentration de Hitler, B. M., "Die Runde" (Bert Micha), Arcadie, no. 82 (octobre 1960), p. 616-618.

Illustration : Kommando, dessin de Walter Timm, 1945, condamné au titre du §175 et déporté au camp de Sachsenhausen de 1943 à 1945.
"Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration. Le Struthof, Oranienburg, Auschwitz, Neuengamme, Belsen, Ravensbrück, Dachau, Mauthausen furent des noms comme les autres sur les cartes et les guides."

Texte : Nuit et Brouillard, Jean Cayrol, Fayard, 1997 (texte du film d'Alain Resnais).

Photo : Trois photos du camp de concentration d'Oranienburg, près de Berlin, prises en 1933. Le système est alors embryonnaire. Placés sous la supervision de la police et des SA, les premiers détenus (essentiellement des opposants politiques) arrivent au camp dès mars 1933. Le 20 mars 1933, soit moins de deux mois après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, les nazis ouvrent le camp de concentration de Dachau, près de Munich.
"Les homosexuels masculins firent partie des premières catégories de détenus à rejoindre les camps. Les premiers déportés homosexuels ont été internés cinq ans avant le début de la déportation des Juifs pour des motifs raciaux. Dachau a accueilli ses premiers détenus homosexuels dès 1934."

"Dans leur grande majorité, les lesbiennes déportées dans les camps l'ont été pour des motifs autres que le délit d'homosexualité."

Texte : De l'Eldorado au IIIe Reich, conférence de Gerard Koskovich (lien).

Photo : Mirador du camp de Dachau (orig : USHM)
Arbeit macht frei (Le travail rend libre).

"Les homosexuels masculins étaient affectés dans des proportions considérablement plus élevées aux travaux des Kommandos les plus pénibles et les plus dangereux, parmi lesquels la carrière et le rouleau compresseur de Dachau, la carrière de Sachsenhausen, les excavations de Dora, la carrière de Buchenwald ou les escoudades qui devaient ramasser les bombes intactes après les raids Alliés sur Hambourg."

Texte : De l'Eldorado au IIIe Reich, conférence de Gerard Koskovich (lire).

Photo : Déportés tchèques au travail dans la carrière de pierres d'Oranienburg. (orig : Schwules Museum, Berlin)
"Contrairement aux Juifs et aux Tziganes, les homosexuels n'ont jamais fait l'objet de mesures d'extermination systématique dans des camps conçus comme de véritables usines de la mort. Cependant, leur taux de survie était inférieur à celui de tout autre groupe de prisonniers n'appartenant pas à ces deux catégories raciales."

Texte : De l'Eldorado au IIIe Reich, conférence de Gerard Koskovich (lire).

Photo : Fours crématoires au camp de Dachau, juillet 1945 (orig : USHM)

"On hésite à les appeler des vivants : on hésite à appeler mort une mort qu'ils ne craignent pas parce qu'ils sont trop épuisés pour la comprendre. Ils peuplent ma mémoire de leur présence sans visage, et si je pouvais résumer tout le mal de notre temps en une seule image, je choisirais cette vision qui m'est familière, celle d'un homme décharné, le front courbé et les épaules voûtées, dont le visage et les yeux ne reflètent nulle trace de pensée."

Texte : Si c'est un homme, Primo Levi, Julliard, Paris, 1987.

Photo : Survivants du camp de Dachau, mai 1945. (orig : Faschismus, Renzo Vespigiani. Elefanten Press, Berlin)