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Henny Schermann, juive et lesbienne


Henny Schermann, vendeuse à Frankfurt am Main, fut arrêtée par les nazis en 1940. et assassinée à Ravensbrück en 1942.

Les parents de Henny s'étaient rencontrés peu après que son père eut émigré de Russie. Henny fut la première des trois enfants de ce couple juif. Francfort était un important centre économique et culturel.

1933-39 : Après l'accession des Nazis au pouvoir commença la persécution de nombreux groupes "d'indésirables" parmi lesquels les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels, les handicapés, ainsi que les politiciens de gauche. Après 1938, pour identifier les Juifs, un décret Nazi fut promulgué prévoyant que "Sara" devait être ajouté comme deuxième prénom de toutes les femmes juives sur leurs papiers officiels. Henny, alors âgée de vingt-quatre ans, travaillait comme assistante dans une boutique et vivait avec sa famille à Francfort.

1940-44 : Au début de l'année 1940, Henny fut arrêtée à Francfort et déportée dans le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Derrière la photo où on la voit prisonnière, il était écrit : "Jenny (sic) Sara Schermann, née le 19 février 1912 à Francfort sur le Main. Vendeuse célibataire à Francfort sur le Main. Lesbienne licencieuse, ne fréquente que les bars [homosexuels]. A refusé le prénom 'Sara'. Juive apatride."

Henny fit partie des nombreuses prisonnières de Ravensbrück sélectionnées en vue de leur extermination. En 1942, Henny fut gazée dans le centre d'exécution de Bernburg (Copyright © United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C. Translation Copyright © Mémorial de la Shoah, Paris, France).

A noter que :

* Après la prise de pouvoir du parti national-socialiste en 1933, toutes les femmes juives furent contraintes, par décret, d'apposer le nom de Sara après leur nom original. Il s'agissait là d'une marque infamante d'appartenance au peuple juif. Shermann refusa d'utiliser ce second nom et continua de fréquenter les bars homos interdits de Francfort.

* L'hôpital psychiâtrique de Bernburg, à proximité de Magdeburg, était spécialisé dans l'élimination des éléments asociaux. C'est là que Henny Schermann fut gazée.

* Schermann a sans nul doute été exécutée parce qu'elle était juive. Mais les données reprises sur la photo signalétique, l'intérêt direct du médecin eugéniste de Ravensbrück et l'envoi à l'hôpital psychiatrique de Brenburg témoignent de la répression particulière de l'homosexualité féminine, coupable, selon l'idéologie nazie, de faire baisser les taux de natalité du Reich et d'affaiblir la race aryenne. Il va de soi que dans le cas d'une femme juive, ces dernières considérations n'entrent pas en ligne de compte.

Sources : Ravensbrueck, Allemagne, 1941. Stadtarchiv Nuernberg/UNITED STATES HOLOCAUST MEMORIAL MUSEUM #71929a ; United States Holocaust Memorial Museum ; Gay Kosmopol.

Photos : Photos d'identification de Henny Schermann, vendeuse à Frankfurt am Main.

Les stages de guérison à Sachsenhausen


Avant la guerre, à l'époque où se déroulaient les Jeux olympiques de Berlin, les autorités avaient procédé à un ratissage des routes et des agglomérations urbaines en faisant arrêter les mendiants, les vagabonds ainsi que les prostituées et les homosexuels devenus par trop envahissants. On les avait expédiés dans les camps de concentration pour les rééduquer et les adpater à des occupations plus utiles. A Dachau, où les homosexuels étaient infiniment moins nombreux qu'à Sachsenhausen, leur présence posait déjà un problème sérieux à l'administration. Le commandant et le chef de la garde du camp jugeaient préférable de les disperser dans les différentes baraques ; moi, j'étais d'un avis contraire : je ne les connaissais que trop bien d'après mes expériences du pénitencier. Effectivement, au bout de peu de temps, les rapports en provenance de tous les blocs venaient nous signaler que des relations homosexuelles s'établissaient entre les internés. On eut recours à des sanctions qui ne produisirent pas le moindre effet : la contagion se répandait rapidement.

Sur ma proposition, on les réunit dans un seul bloc. On leur désigna un chef de chambrée qui savait les manier. On les fit travailler en les séparant des autres internés : pendant un bon moment ils furent chargés de tirer le rouleau compresseur sur la route. On leu adjoignit quelques prisonniers qui s'adonnaient au même vice et qui se trouvaient dans d'autres secteurs. D'un seul coup, l'épidémie avait disparu, abstraction faite de quelques cas isolés. Quant à ceux qu'on avait rassemblés dans une seule baraque, ils étaient soumis à une surveillance suffisamment sévère pour leur enlever toute possibilité de se livrer à leur vice.

(...) A Sachsenhausen, les homosexuels avaient été, dès le début, internés dans un seul baraquement. Ils travaillaient, séparés des autres, dans une carrière de terre glaise. Ce n'était pas un travail facile : chacun d'eux devait extraire une quantité définie pour remplir un certain nombre de wagonnets. Ils étaient donc exposés à toutes les intempéries, car il leur incombait de fournir le matériau nécessaire à la marche ininterrompue de la poterie. Eté comme hiver, le régime était le même.

Ce travail pénible destiné à les rendre "normaux" n'exerçait pas la même influence sur les diverses catégories d'homosexuels.

Il était nettement salutaire pour les "tapettes", les prostitués de sexe masculin qui préféraient leurs occupations lucratives au travail le plus facile. Ce n'était pas de vrais invertis : le vice n'était pour eux qu'une profession.

Les dures conditions de l'existence dans un camps et le travail difficile agissaient sur eux favorablement. En grande majorité, ils s'adonnaient assidûment au travail et prenaient soin de ne pas se faire remarquer afin d'obtenir rapidement leur libération. Ils évitaient de frayer avec les homosexuels authentiques pour prouver qu'en réalité ils n'avaient rien de commun avec eux.

Beaucoup d'entre eux furent effectivement libérés sans courir le risque de retomber dans leur vice. La leçon avait bien servi, d'autant qu'ils étaient pour la plupart très jeunes.

Il y avait une autre catégorie qu'on pouvait rééduquer : les hommes qui s'étaient découvert un penchant pour l'homosexualité après avoir été dégoûtés par des rapports trop fréquents avec les femmes et qui espéraient trouver un nouvel excitant dans leurs vies de parasites.

Par contre, ceux qui s'étaient laissé entraîner d'une façon durable à leurs penchants vicieux restaient incurables. Il y avait très peu de différence entre eux et les vrais homosexuels, qui étaient d'ailleurs très rares. Le travail le plus pénible, la surveillance la plus sévère ne contribuaient en rien à leur guérison. Dès qu'ils en trouvaient la moindre occasion, ils retombaient dans les bras des uns des autres. Tant que leur déchéance n'était pas trop accentuée, ils continuaient à s'adonner à leur vice. On les reconnaissait de loin. Leurs manières efféminées, leur afféterie, leur façon doucereuse de s'exprimer, leur maintien aimable à l'égard de ceux qui étaient invertis ou avaient un penchant pour l'homosexualité les distinguaient nettement de ceux qui s'étaient détournés du vice, qui voulaient s'en guérir définitivement et qui offraient à l'observateur tous les symptômes d'une guérison rapide.

Tandis que les hommes animés d'une ferme volonté de renoncer à leurs habitudes se montraient capables de supporter le travail le plus dur, on voyait les autres dépérir lentement. Selon leur constitution, leur déchéance physique était plus ou moins rapide. Incapables de renoncer à leur pratique, ils savaient qu'ils ne seraient pas libérés et cette tension psychologique contribuait sérieusement au dépérissement physique de ces natures, généralement hypersensibles. Il n'était pas difficile de prévoir une issue fatale chaque fois que la maladie ou la mort enlevait à l'un de ces hommes son "ami ". Beaucoup d'entre eux se sont suicidés. Dans la situation où ils se trouvaient, "l'ami" représentait tout pour eux. Dans plusieurs cas, nous avons vu deux amis se donner simultanément la mort.

En 1944, le Reichsführer organisa à Ravensbrück des "stages de guérison ". Un certain nombre d'homosexuels qui n'avaient pas donné de preuves définitives de leur renonciation au vice furent appelés à travailler avec des filles et soumis à une observation très stricte. On avait donné aux filles l'ordre de se rapprocher, sans en avoir l'air, de ces hommes et d'exercer sur eux leurs charmes sexuels. Ceux qui s'étaient vraiment améliorés profitèrent de l'occasion sans se faire prier; quant aux incurables, ils ne gratifiaient pas les femmes d'un seul regard. Si celles-ci se montraient trop provocantes, ils s'en détournaient avec dégoût et horreur. Après les avoir soumis à cette épreuve, on procéda à une sélection de ceux qui paraissaient mériter la libération. Mais, à titre de vérification, on fournit à ces derniers une nouvelle occasion d'entrer en rapport avec des êtres du même sexe. Presque tous la dédaignèrent et se refusèrent farouchement à céder aux provocations de vrais invertis. Mais il y eut aussi des cas limites, des hommes qui voulaient profiter des deux possibilités : on pourrait peut-être les désigner comme "ambivalents".

En tout cas cette possibilité d'observer la vie et le comportement des internés homosexuels de toutes les catégories m'a paru extrêmement instructive.

Source: "Le commandant d'Auschwitz parle", Rudolf Höss, Editions Maspéro, Paris, 1985.

Photo (en haut) : Entrée (actuelle) du camp de concentration de Sachsenhausen (vue de l'intérieur du camp).

Photo (en bas, à gauche) : Rudolf Höss, lors de son témoignage en 1946 devant le tribunal de Nuremberg.

Lesbiennes sous le IIIe Reich : disparaître ou mourir

Bien peu d'historiens se sont intéressés au sort réservé aux lesbiennes durant le IIIe Reich. Rafles, internement, viols, «thérapies» par la prostitution, tel était leur lot sous le régime nazi. Les travaux d'une chercheuse allemande, Claudia Schoppmann, révèlent des pratiques peu connues du grand public.

Que sait-on de la vie des lesbiennes sous le régime nazi ? Pratiquement rien. Le sort des lesbiennes a rarement intéressé les chercheurs. On dit même souvent qu'elles n'auraient pas souffert. Étonnant quand on sait que l'idéologie nationale-socialiste considérait l'homosexualité comme une tare et que toute femme ne respectant pas son rôle de femme mariée et de mère pour perpétuer la race pure, attirait les soupçons.

Rendre compte de la persécution des lesbiennes, en l'absence de documents concrets, de lettres, de témoignages, reste un défi pour les historiens. Presque seule à s'intéresser à ce versant de l'Histoire, une chercheuse allemande, Claudia Schoppmann, nous livre pourtant de précieuses informations(1). Faute de données, Claudia Schoppmann se tourne en effet vers le témoignage pour restituer une image de l'histoire collective des lesbiennes qui, autrement, risquerait de se perdre.

L'un de ses ouvrages, Zeit der Maskierung: Lebensgeschichten lesbischer Frauen im «Dritten Reich», traduit en anglais(2) mais malheureusement pas encore en français, est un recueil de récits poignants qui dessinent une histoire de la répression des lesbiennes allemandes sous le joug nazi. Dans ces témoignages, on retrouve l'effervescence et l'ambiance euphorique du Berlin lesbien des années 20. La ville compte un nombre impressionnant de bars, de clubs, d'associations, de magazines destinés aux lesbiennes. Cet essor et ce dynamisme se heurtent malgré tout à de virulentes attaques lesbophobes.

Dès 1909, le gouvernement essaie d'inclure les femmes dans le fameux paragraphe 175, qui condamne les activités homosexuelles entre hommes. Plus tard, pendant des années, des juristes, des criminologues, des théoriciens du parti nazi font de nouveau pression pour que l'homosexualité féminine entre dans le paragraphe 175. Pour eux c'est «une menace morale à la pureté de la race», une façon de «soustraire les femmes aux hommes et à l'institution du mariage».

Le lesbianisme n'entrera pourtant jamais dans le paragraphe 175, pour plusieurs raisons : dans la société allemande, les femmes sont exclues des postes politiques et administratifs importants. Leur influence est donc peu redoutée. De plus, d'après des conclusions médicales de la fin du XIXe siècle, l'homosexualité féminine ne serait pas antinomique avec le désir de se marier et de fonder une famille. Cette théorie conforte l'idéologie nazie qui préfère croire que l'homosexualité se soigne. La thèse d'une homosexualité innée répandue en Allemagne pourrait mettre à mal le concept de «race maîtresse pure». Enfin, les relations «intimes» entre femmes sont trop courantes, trop difficiles à identifier. Le meilleur moyen de ne pas «encourager la diffusion de l'épidémie» chez les femmes est donc de la passer sous silence.

Les lesbiennes échappent ainsi aux graves condamnations infligées aux hommes homosexuels: 50 000 d'entre eux sont condamnés sous le paragraphe 175, parmi eux, 15 000 sont internés en camps de concentration et les deux tiers n'en reviennent pas. En revanche, ce silence autour des lesbiennes ne permet pas de mesurer l'étendue de leur persécution, le plus souvent cachée sous des prétextes divers, ni de dégager des chiffres.

Rafles dans les bars

L'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933 frappe de plein fouet la communauté lesbienne. Les rafles dans les lieux lesbiens sont si fréquentes qu'ils ferment tous rapidement. A Berlin, seuls deux ou trois bars – des arrières salles – ouvriront dans la clandestinité. La presse lesbienne est interdite, les associations dissoutes et un témoignage prouve que les nazis dressent des listes de lesbiennes.

De nombreux témoignages recueillis par Claudia Schoppmann montrent que les lesbiennes vivent dans la peur des dénonciations. Elles craignent également, à juste titre, les licenciements, car les lesbiennes sont licenciées quand elles sont «découvertes» sur leur lieu de travail. La plupart des femmes interrogées racontent qu'afin de passer inaperçues, elles changent leur apparence et adoptent une allure féminine correspondant aux canons nazis. La pression sociale sur les lesbiennes est telle que nombreuses sont celles qui se marient, certaines avec des homosexuels. Finalement, le seul moyen de ne pas être persécutée en tant que lesbienne, c'est de rentrer dans le rang… et de ne plus l'être.

On sait que de nombreuses lesbiennes sont pourtant arrêtées, emprisonnées ou envoyées en camps de concentration. On trouve dans Zeit der Maskierung le récit de Lotte Hahm, une des plus grandes militantes lesbiennes berlinoises, arrêtée avant la guerre et envoyée en camp de travail pendant plusieurs années en raison de ses activités, entre autres la gestion d'associations et de clubs.

La présence de blocs réservés aux lesbiennes est attestée dans certains camps, comme à Bützow (ex-R.D.A.) où les lesbiennes étaient maltraitées et humiliées. Les SS incitaient les prisonniers du camp à les violer. Dans le camp de femmes de Ravensbrück, les lesbiennes portaient un triangle rose avec le sigle «LL» (Lesbische Liebe, amour lesbien) (3). Mais le plus souvent, les lesbiennes portent le triangle [noir] des «asociales». Ce terme désigne tous ceux qui ne se conforment pas aux normes; il comprend les sans abris, les chômeurs, les prostituées [...].

Contraintes à la prostitution

Claudia Schoppmann rapporte le témoignage d'un homosexuel (4), Erich H, qui a rencontré Else (on ne connaît pas son nom de famille) dans un camp. Elle travaillait à Potsdam comme serveuse et vivait avec son amante. Elle est arrêtée apparemment en raison de son homosexualité mais est enregistrée à Ravensbrück comme «asociale». Elle est ensuite emmenée au camp de Flossenbürg où la plupart des prisonniers sont des hommes «asociaux» ou «criminels». C'est au bordel du camp qu'ils se rencontrent, en 1943. Des bordels sont en effet mis en place, à partir de 1942, dans bon nombre de camps de concentration. On y voyait le moyen d'accroître l'efficacité des travailleurs forcés dans l'industrie de l'armement. D'après Claudia Schoppmann, Himmler considérait aussi les bordels comme un moyen de combattre l'homosexualité masculine.

Un grand nombre de prisonnières sont forcées d'entrer dans les bordels des camps. D'après Erich H «les nazis aimaient tout particulièrement faire travailler des lesbiennes dans les bordels. Ils pensaient que ça les remettait dans le droit chemin.» Après avoir passé plusieurs mois au bordel de Flossenbürg, on pense qu'Else a ensuite été déportée dans un camp d'extermination (Auschwitz) et qu'elle y est morte. C'était en effet le sort réservé au bout de six mois à toutes celles qui étaient envoyées dans les bordels.

Si elles ont le malheur d'être juives, les lesbiennes sont évidemment particulièrement menacées. Claudia Schoppmann évoque le cas d'Henny Schermann internée en mars 1940 et de Mary Pünjer internée en octobre 1940, toutes deux à Ravensbrück. Elles sont sélectionnées par Friedrich Mennecke, qui les déclare «indignes de vivre», comme des dizaines de milliers d'autres «patients». Le «diagnostic» d'Henny Schermann la décrit ainsi: «lesbienne compulsive; fréquentant seulement ce genre de bars et de clubs. N'utilisait pas son prénom Sara. Juive apatride (5).» Quant à son avis sur Mary Pünjer: «Lesbienne très active. Fréquente sans cesse les clubs lesbiens et s'exhibe avec ses congénères.» Elles sont envoyées à la chambre à gaz au début de 1942.

Combien de lesbiennes ont-elles été tuées comme elles sous le IIIe Reich? Combien ont été violées, combien ont dû se cacher parce qu'elles étaient lesbiennes? La lesbophobie, qui n'est pas une prérogative du IIIe Reich, rend aujourd'hui toute évaluation impossible. Pourtant, il serait dangereux de minimiser la persécution des lesbiennes, sous prétexte qu'elle a été effacée par leurs tortionnaires et par l'Histoire. (...)

1/Lire aussi les travaux en allemand de la sociologue Ilse Kokula
2/ Days of Masquerade: Life stories of lesbians during the Third Reich
3/ Ilse Kokula, Der Kampf gegen Unterdrückung, Verlag Frauenoffensive
4/ Tiré de Ganz normal anders. Auskünfte schwuler Männer aus der DDR de Jürgen Lemke
5/ A partir de 1941, tous les juifs sont déchus de la nationalité allemande

Texte : Edna Castello pour 360° Magazine, octobre 2004.

Illustration : L'idéal féminin du IIIe Reich. "La fiancée du paysan", toile de Sepp Hilz. (orig : L'Art Nazi, A. Guyot et P. Restellini, Editions Complexe 1996).

Days of masquerade: the lives of lesbians during the Third Reich


On November 30, 1940, Elli Smula and Margarete Rosenberg were brought to the Ravensrück Women's Concentration Camp north of Berlin. Smula had just turned 26, Rosenberg 30. Camp records list the reason for their arrest as "lesbian." As in all concentration camps, the SS assigned different colored triangles to prisoners in Ravensbrück; it was a way of playing one against the other made it easier to prevent resistance. Elli Smula and Margarete Rosenberg received red triangles, that is, they were categorized as "political" prisoners. The pink triangle designating those arrested because of their actual or alleged homosexuality was reserved for men, so lesbians did not make up a separate category of prisoners. No one knows what Elli Smula's and Margarete Rosenberg's lives were like before they were arrested, nor how and if they survived the camp. Just as little is known of the circumstances leading to their arrest. Had they attracted the attention of the block leader and been denounced. Or had they perhaps been arrested during a raid of a homosexual establishment? (...)

How did women's lives change after the Nazis came to power? What became of the small amount of freedom they had struggled to attain, particularly during the Weimar Republic? What consequences did they suffer as a result of homophobic Nazi ideology? (...)

In attempting to reconstruct the lives of lesbians during the "Third Reich", one is confronted with many obstacles. First of all, hardly any relevant files and documents still exist; moreover, because of continuing discrimination, few women have written personal accounts in this regard and finding those willing to talk about their experiences from that time is a difficult task. (...)

After the First World War and the establishment of the Weimar Republic, lesbians started to come together and form organizations to an extent that had never before existed in Germany. This was possible due to achievements of democracy, such as women's suffrage and freedom of assembly, speech, and the press. As early as the turn of the century, lesbians -- even if in small numbers -- started joining homosexual groups that had been founded by men, such as the Scientific Humanitarian Committee (Wissenschaftlich-humanitäres Komitee), started in 1897 by the homosexual physician and sexologist Magnus Hirschfeld (1868-1935). The main goals of the committee were the repeal of Paragraph 175 of the German Criminal Code, which made homosexual activities between men punishable, and educational and outreach work to raise the public consciousness regarding homosexuality. The strong orientation toward penal reform and academic structure of this organization, which tried to win prominent personalities to support its struggle, were among the reasons why women, who were not admitted to universities until 1908, were not represented in these groups to a greater extent. In addition, according to laws regulating the formation of organizations, women were prohibited from (any form of political) organizing in most German states until 1908. In order to create meeting places despite these restrictions, women formed clubs that were officially registered, for example, as bowling clubs or savings clubs.

The image that lesbians had of themselves was generally modeled after the ideal of the financially independent, working woman, often the androgynous "garçonne" type as personified by Marlene Dietrich. They usually saw themselves as belonging to the "third sex". This theory, which declared homosexuals to be a category beyond that of man or woman, became popular through Magnus Hirschfeld. He considered homosexuality innate, a "sexual variation in nature", and thus neither pathological nor criminal, neither immoral nor sinful -- as had been propagated by the spirit of the times. Hirschfeld's theories contributed to the development of a positive self-image among homosexuals.

Berlin was without a doubt the center of homosexual culture and its emancipation movement, as these were facilitated by the anonymity of a large metropolis and a progressive climate. In contrast, the social controls of the family and the environment were much more repressive in small town and rural areas. (...)

[Berlin's lesbian] clubs and bars catered to a different women's social milieu. They often organized social and cultural events, thus supporting the process of political emancipation. Some of these clubs were part of larger organizations representing both lesbians and gay men, such as the Human Rights League (Bund für Menschenrechte, BFM), founded in 1923. According to league records, membership reached 48,000 at times. The league's main aims were the struggle against Paragraph 175, public education regarding homosexuality and organizing homosexual men and women. (...)

Despite some restrictions, the freedom of the press enjoyed during the Weimar Republic enabled the printing of [homosexual] magazines which had a combined circulation in the millions. Some of them were targeted specifically at lesbians and were available in Berlin at newsstands or by subscription. (...)

But this freedom, which -- in spite of mass unemployment and inflation -- homosexual men and women had struggled to attain during the Weimar Republic, was not inalienable. Numerous antihomosexual and antifeminist pamphlets were also printed. Ehrhard F. W. Eberhard for example, in his book on the "women's movement and its erotic foundation", (1) which contained a never-ending collection of antifeminist prejudices, attacked the women's movement, holding it responsible for almost all real or alleged ills in the republic, which he hated as well. According to Eberhard, not only did the women's movement unduly question all prevailing power structures, but, supposedly, undermined by lesbians, he accused it of "seducing" women into withdrawing themselves from men and the institution of marriage. As regards lesbianism, the author felt it was actually "pseudohomosexuality" -- to a much greater degree than was the case for men. It was, therefore, an acquired vice. Like some contemporaries, Eberhard demanded the inclusion of women under Paragraph 175. To him, female homosexuality represented "a serious moral threat" to society, and the influence of the women's movement was to be restricted, "in the interest of a healthy development of social life".

The Protection of Youth from Obscene Publications Act, passed in 1926, was also an effective means of attacking the homosexual media and its public visibility. (...) Die Freundin was banned from publication for a year, starting in June 1928, and in June 1931 Garçonne was no longer permitted to be sold publicly, that is, it was only available under the counter for informed customers. (...)

There were also clubs dedicated to combating the existence of homosexuals organizations. Among these were the German Association for the Improvement of the Species and the Science of Heredity (Deutscher Bund für Volksausfartung und Erbunke) or the Catholic Association to Protect the People (Volkwartbund). The latter published the Volkswart, a monthly journal dedicated to fighting public immorality, and publicized other similar literature, such as the memorandum "Paragraph 175 must stay!" (2) which opposed the demand to repeal Paragraph 175.

Actions against homosexuals covered a wide range: in 1932 public dance events and meetings were prohibited by Rudolf Diels, chief of the political police in Berlin and after 1933 first head of the Gestapo. Other actions included raids of bars and clubs and even physical assaults; for example, Magnus Hirschfeld was critically beaten in 1920 in Munich by a group of nationalist students after he had given a lecture.

Only a few Nazi statements on homosexuality from the 1920s are known. Most of them were made in connection with the planned reform of Paragraph 175 and thus were aimed predominantly against gay men. On June 22, 1927, a "counter draft" of the sexual criminal code, which was prepared by a committee of which the Human Rights League and the Scientific Humanitarian Committee were members, was debated for the first time in the Reichstag. It demanded decriminalization of homosexual activities between adult men. On the same day, the Nazi Party (NSDAP), which already had fourteen seats in the Reichstag, had Wilhelm Frick -- minister of the Interior starting in 1933 -- declare "that these people of Paragraph 175, that is, unnatural sex acts among men, must be persecuted with all severity, as this vice will lead to the downfall of the German people." (...)

Homosexuality was included under the heading "illicit sexuality", which for the Nazis meant all nonmarital sexual activities not primarily aimed at procreation. The necessary" liberation of the people" -- that is, from the regulations of the 1919 Treaty of Versailles -- and the aggressive conquest of the new "living space" [Lebensraum] they sought allowed no room for a self-determined form of sexuality and not, therefore, for homosexuality.

In response to the acceptance by the Criminal Code Committee in October 1929 of the counter draft, which provided for impunity for homosexual activities by consenting adults and recommended to the Reichstag the repeal of Paragraph 175, the NSDAP issued another statement. The article appeared in the Völkischer Beobachter (Nationalist Observer), which was very effective for propaganda purposes:

We will see to it that all evil efforts of the Jewish soul to thwart the divine idea of creation through physical relations with animals, siblings, and the same sex will soon be characterized by law as what they truly are, that is, as contemptible aberrations of Syrians, as the most serious of crimes, to be punished by hanging or expulsion.(3)

Whereas in 1928 talk was only of the "reprehensibility" of male-male and female-female love, but not of concrete countermeasures, this tirade of hatred -- which in advance proclaimed the certainty of Nazi victory -- threatened the death penalty. At the same time, homosexuality was declared a "Semitic invention" and foreign to the German national body" (deutscher Volkskörper).

Conspicuously, the NSDAP refrained from making public statements on homosexuality beginning in 1931. This had to do with the "discovery" of SA Chief of Staff Ernst Röhm's homosexuality on the basis of published letters. That revelation created quite a stir, quite inconvenient for the Nazis, in the media in 1931-1932. The Social Democratic Party, in particular, published a series of articles on "Fascism and Homosexuality" in their newspaper The Munich Post and elsewhere, aimed at attacking the Nazis' double standard, whereby they publicly condemned homosexuality yet tolerated it without a word in their own ranks. The Social Democrats wanted to discredit the Nazis politically; but they used the homophobia of the majority of the public to that purpose, thus contributing to propaganda against homosexuals. The German Communist Party expressed similar opinion albeit less often. Hitler and Himmler themselves stood protective behind Röhm, as Hitler did not think the political takeover would be possible without him. This, however, did not change the declaration in principle of a war on homosexuality, especially its visible and politically organized form. The Nazis wanted to eliminate homosexuality, since its sheer existence challenged their sexual mores, which were based on production of "genetically healthy" "Aryans". They did not need to develop any explicit Nazi ideology regarding homosexuality, however, but were able to draw on the deeply rooted prejudices of the population: homophobia was encouraged by the Church and homosexuality considered pathological by the medical profession. Neither the Nazis coming to power nor the end of the war represented the fundamental ideological break in attitude toward homosexuality. What was specific to the nazis was their way of implementing this ideology in practice.

Despite Nazi propaganda slogans calling for the extermination of homosexuals, there was no uniform policy dictating their treatment. This can be seen especially with respect to the different measures against homosexual men, on the one hand, and homosexual women, on the other. This distinction in the persecution of homosexuals was fundamentally different from the racist war of extermination fought against the Jewish and the Gypsy (Roma and Sinti) populations. Even in the Nazi state, which exemplified injustice par excellence, there was no persecution of lesbians, whereas approximately fifty thousand men were convicted under Paragraph 175 of the Criminal Code and ten to fifteen thousand were interned in concentration camps, two-thirds of whom did not survive.

The homosexual policy of the Nazis did not aim to see all homosexuals killed. (...) It was a commonly held belief that the large majority of homosexuals had been "seduced" and were thus considered "educable". The proportion of those whose homosexuality was "innate" and who were therefore to be "eradicated" was estimated at about 2 percent. Although claims that homosexuality was genetic were in line with biological ideology fostered during the Third Reich, it did not seem politically prudent for the Nazis to favor a theory expounding that in the "Master Race" an "epidemic" as widespread as homosexuality -- there were an estimated two to four million homosexuals -- was innate and therefore "incurable".

One of the most significant measures in Nazi sexual policy as the destruction of the public, organized homosexual movement, since its emancipatory demands and infrastructure made it a visible contradiction to the Nazi sexual mores. Large organizations [...] were either disbanded or they dissolved. Even smaller groups were not able to survive. The communication network was destroyed; bars and restaurants were closed or kept under surveillance. Raids and denunciations created a climate of fear, leading more and more homosexuals to become withdrawn and live a life of masquerade, hiding their homosexuality in public. Some broke off all contacts for fear of being discovered, even changing their places of residence. The beginnings of a collective lesbian lifestyle and identity, which had been developing since the turn of the century, especially thriving during the Weimar Republic, were destroyed, the impact of which would last far beyond the end of the Third Reich.

An important factor in determining the living conditions of lesbians who were not endangered because of their ethnic background, party membership, or other reasons was their gender, their status as women. Nazi ideology saw the "Aryan" woman as predestined to motherhood as marriage as a matter of principle. There was also a strict separation between living and working spheres for men an women. (...) The population policy aimed at raising the birthrate was a necessary prerequisite for the aggressive expansionist politics of the Nazis, especially in view of the fact that the birthrate declined an estimated fourteen million in the period from 1915 to 1933 as compared to the eighteen years before. Under these circumstances, marriage and motherhood were of the highest political priority. (...) Marriage that nevertheless remained childless were therefore subject to harsh attack. (...) Lesbians in particular were targets of the propaganda against unmarried and childless women, since they obviously remained unmarried more often than heterosexual women. After 1933 many lesbians married in order to avoid social pressure. The more fortunate were able to marry gay men, for whom marriage also represented great, albeit not absolute, protection. (...)

The Nazis claimed not only that the women's movements was "infiltrated by lesbians", but that it had supported the concerns of lesbians, even though this cannot be substantiated for the 1920s. The movement had fought for better educational and vocational opportunities for women. This was particularly important for lesbians, who had no other means of support and where thus dependant on employment. However, their lesbianism and the social discrimination they experienced were not movement issues since homosexuality was too much a taboo, even within the movement. With the destruction of the women's movement, forcing it into conformity, and the subordination of Nazi women's organizations to male leadership, the Nazis saw less need to criminalize lesbians. (...)

The Nazi state assumed that women were "naturally" dependent on men, especially in terms of sexuality, and efforts were made to reinforce this as far as possible. Based on centuries-old patriarchal tradition that declared passivity a female trait, a self-assured sense of female sexuality, including homosexuality, was unfathomable. All of this led a majority of Nazis to believe that female sexuality did not represent a threat to the "German national community".



(1) Ehrhard F. W. Eberhard, Die Frauenbewegug und ihre erotischen Grundlagen (Vienna and Liepzig, 1924).
(2) Ernst Lennartz et al., 175 muss Bleiben! memorandum of the Association to Combat Public Immorality, adressed to the German Reichstag, Cologne, 1927
(3) Völkischer Beobachter, August 2, 1930


Source : Days of masquerade - Life stories of lesbians during the Third Reich: An Introduction, Claudia Schoppmann, Columbia University Press, 1996, translated by Allison Brown.

Picture: (top) Renée Sintenis (1888-1965), sculptor, photographed with a group of friends.
"Même un paysage tranquille, même une prairie avec des vols de corbeaux, des moissons et des feux d'herbe, même une route où passent des voitures, des paysans, des couples, même un village pour vacances, avec une foire et un clocher peuvent conduire tout simplement à un camp de concentration. Le Struthof, Oranienburg, Auschwitz, Neuengamme, Belsen, Ravensbrück, Dachau, Mauthausen furent des noms comme les autres sur les cartes et les guides."

Texte : Nuit et Brouillard, Jean Cayrol, Fayard, 1997 (texte du film d'Alain Resnais).

Photo : Trois photos du camp de concentration d'Oranienburg, près de Berlin, prises en 1933. Le système est alors embryonnaire. Placés sous la supervision de la police et des SA, les premiers détenus (essentiellement des opposants politiques) arrivent au camp dès mars 1933. Le 20 mars 1933, soit moins de deux mois après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, les nazis ouvrent le camp de concentration de Dachau, près de Munich.