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Victimes du nazisme, tout simplement...

"Et quand on se demande à propos des "triangles roses" si l'on peut considérer sous un même angle celui qui risque sa vie et celui qui a été puni pour "déviation", c'est assurément raisonner d'une manière qui outrage la vérité de l'Histoire, car c'est aussi pour leur "déviation" que les Juifs et les Tziganes ont été "punis", et non pour "fait de guerre".

Le supplice de la Déviation par rapport à la pureté de la race, déviation par rapport à la reproduction de la race, la motivation était semblable, et, dans l'analyse, il n'est pas possible d'opérer des distinctions, car ce serait trahir la vérité de l'entreprise voulue et organisée par les nazis afin de faire triompher la "race des seigneurs" par l'élimination de tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, constituaient un obstacle à cet objectif.

Alors, effectivement, "Juif ? Homosexuel? Simple citoyen ? La question ne se pose même pas. Victime du nazisme, tout simplement".

Victime du nazisme, tout simplement...

Et c'est bien à cette conclusion - à cette seule conclusion - que doit parvenir tout honnête homme, s'il ne veut pas mentir à la réalité de l'Histoire, c'est-à-dire en définitive à lui-même.

Aussi, quand on évoque la déportation des homosexuels dans les camps de concentration nazis, convient-il de se rappeler avec Baudelaire que l'on ne peut être à la fois "la plaie et le couteau", "le soufflet et la joue", "la victime et le bourreau" !

Et, si certains avaient aujourd'hui la tentation de faire encore référence aux vieilles théories du siècle dernier, en traitant les homosexuels "d'infirmes", comme le fit en 1982 l'évêque de Strasbourg, Mgr Elchinger, il serait alors à constater que la pensée de Himmler continue de sévir dans les esprits, et qu'il y a ainsi danger d'un retour au fascisme hitlérien.

Il se comprend donc que le recours à de telles références soulève indignation et condamnation, car il s'agit là effectivement d' « un langage qu'on croyait à tout jamais disparu », mais qui pourtant se maintient avec insistance.

Et l'on partage ainsi la légitime colère de ce rescapé de l'enfer nazi (Pierre Seel) qui devait rappeler à Mgr Elchinger combien il était ignominieux de traiter les homosexuels "d'infirmes", alors qu'ils avaient tant eu déjà à souffrir de l'arbitraire de telles sottises.

"J'ai décidé, écrira-t-il ainsi à ce prélat, d'apporter mon appui le plus total aux nombreuses voix de tous ceux et celles qui se sont sentis offensés par votre déclaration du 8 avril 1982.

"Victime du nazisme, je dénonce publiquement avec toute ma force que de tels discours ont favorisé et justifié l'extermination de millions d'infirmes pour des raisons politiques, religieuses, raciales ou de comportement sexuel.

"Je ne suis pas un infirme et je ne suis atteint d'aucune infirmité. Je n'ai pas envie de retourner dans les infirmeries où l'on a soigné mon homosexualité et précisément dans un lieu qui se trouve non loin de la capitale alsacienne.

"C'était en 1941, je n'avais que dix-huit ans ! Arrêté, torturé, frappé, emprisonné, interné en dehors de toute juridiction sans aucune défense, ni procès ni jugement...

"Je suis trop fatigué ce soir pour vous rappeler toutes les tortures morales et physiques et les souffrances indescriptibles et indicibles que j'ai alors endurées.

"Depuis lors toute ma vie a été vécue dans la terrible douleur partagée avec ma famille par suite de cette arrestation arbitraire...

"Votre déclaration du 8 avril 1982 a éveillé en moi une foule de souvenirs atroces et j'ai encore décidé à cinquante-neuf ans de sortir de l'anonymat.

"Dans ma vie et jusqu'à ce jour je n'ai pas connu la haine pour qui que ce soit. Et pourtant souffrant du désarroi profond dans lequel nous plonge cette homophobie toujours présente, je tremble en pensant à tous les homosexuels disparus et à tous ceux qui à travers le monde sont, hélas! encore torturés ou exterminés avec tant d'autres minorités."

Mais de ceux-là aussi, on ne parlera jamais !

Il est vrai que "l'Histoire a son cimetière des oubliés"...

Mais il serait trop facile de pleurer sur cette constatation et d'en accepter placidement la fatalité, comme si le maintien de cette situation échappait au pouvoir humain. Or il faut bien se persuader que "les oublis ne sont jamais le fait de l'Histoire, qui est aveugle, sans conscience, mais des hommes qui font l'Histoire".

Et, si l'on constate que "l'Histoire a toutes les ruses pour écarter ceux dont elle veut rejeter le souvenir", c'est précisément parce que "les hommes ont leurs raisons pour choisir ou refuser leurs souvenirs", et qu' "ils n'aiment pas que reprennent la parole ceux qu'ils ont décidé d'oublier", laissant ainsi apparaître que "la police des ondes de l'au-delà est leur affaire". Mais au prix de quels mensonges et de quels truquages !

Or, a justement proclamé Simone Veil, qui fut elle-même déportée, "se souvenir, c'est aussi tirer la leçon de l'Histoire, pour que de telles catastrophes ne puissent plus se reproduire". Mais "tirer la leçon de l'Histoire, c'est refuser la falsification".

Source : Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

Illustration : Le supplice de la "forêt chantante", lithographie de Richard Grune, déporté au titre du §175, (1945). (Orig : Schwules Museum, Berlin).

Magnus Hirschfeld : un aniversario desconocido

La conmemoración del final de la II Guerra Mundial ha vuelto a traer el recuerdo de los campos de exterminio nazi y de los dramáticos acontecimientos que allí ocurrieron. Una vez más hemos visto que el genocidio del pueblo judío ha sido recordado y condenado, así como algunas otras referencias a colectivos como los gitanos, polacos, rusos, etc. olvidándose, como suele ser tradicional, de los gais pese a que se trata de un grupo que fue reprimido desde la llegada de Hitler al poder y reducido a campos de internamiento desde 1940. Si este hecho es capaz de permanecer totalmente oculto, mas difícil es todavía conocer que este año coincide también con el 60 aniversario de la muerte de Magnus Hirschfeld, judío, homosexual, sexólogo, socialista y fundador del movimiento de liberación gai en Alemania a principios de siglo. Aprovechando que este año ha sido declarado también como el Año contra la intolerancia , puede ser una buena ocasión para dar a conocer algunos datos sobre su obra y actividades socio-políticas.

El doctor Magnus HirschfeldMagnus Hirschfeld nació en 1868 en Kolberg, actualmente polaca, en el seno de una familia de clase media. Al igual que su padre, estudió medicina en diversas universidades Breslau, Estrasburgo, Heidelberg, Berlín. Entabló amistad con personajes importantes de la política y la cultura del momento como Visen, Babel, Cesare Lombroso, etc. Pronto fue conocido por su militancia en defensa de los derechos de los gais al ser junto con Eduard Oberg, Max Spohr y Franz Josef Von Bülow el fundador del Comité Científico-Humanitario (WhK) en 1897, desde donde se llevarían a cabo numerosas actividades hasta su destrucción en 1933 por los nazis, tanto desde el punto de vista socio-político, planificando las sucesivas campañas por la abolición del Art. 175 del Código Penal que castigaba las prácticas homosexuales, como trabajos mas relacionados con el mundo de la investigación médica: encuestas, charlas, cursillos, atención médica a pacientes, etc.

Para poder comprender la importancia de estos hechos hay que recordar que, en este período, la homosexualidad había dejado de ser perseguida por criterios de tipo religioso pero había empezado a ser calificada como un “estigma funcional de degeneración y una tara neuropsicopatológica”, en palabras de Krafft- Ebing.

Escalones intermedios

Por su parte, Hirschfeld sostenía que la homosexualidad no podía considerarse como una enfermedad, sino que formaba parte de lo que denominaba unos “escalones intermedios entre el hombre completo y la mujer completa”, de tal modo que estaría motivada no por un proceso de perversión, como se sostenía en su época, sino por ciertas condiciones endocrinas que se podían explicar científicamente. Por ello, una de sus actividades más importantes fue precisamente el trabajo de investigación por la vía de las encuestas. Estaba convencido de que así podría llegar a comprender el carácter natural de la homosexualidad, con lo que, de este modo, se pondría fin al proceso de su criminalización. En esta línea, Hirschfeld no se planteaba curar la homosexualidad “sino ayudar a los homosexuales a aceptarse y vivir en cuanto tales en una sociedad hostil. Su terapia consistía en situar al paciente en un medio acorde con su manera de ser”.

En su trabajo como encuestador se le puede considerar también como un pionero y un precursor, anticipándose en muchos años al de Masters y Johnson. De este modo encuestó a 3000 estudiantes berlineses en 1903 y a 5721 trabajadores del metal en 1904 sobre su orientación sexual lo que, de inmediato, le supuso una denuncia de un pastor protestante que le acusaba de escritos obscenos e insultos. En el juicio Hirschfeld defendió su trabajo como una contribución para anular la idea errónea que la sociedad tenía sobre la homosexualidad. Durante todos estos años, en su trabajo constante, Hirschfeld no desdeñó ningún medio para dar a conocer sus posiciones, así, el Comité Científico- Humanitario publicaba cada año un Anuario para los tipos sexuales intermedios que, con diversa regularidad se publicó desde 1899 hasta 1923. En él aparecían recogidos informes sobre las actividades del Comité así como estudios referidos al mundo de la homosexualidad desde los campos literario, histórico, científico y político. Publicó folletos como ¿Qué debe saber el pueblo de los derechos sexuales? Editado en 1901 por primera vez e, incluso llegó a utilizar el cine colaborando en la producción de Anders als die Ander (Distintos de otra gente), junto con Richard Oswald, también miembro del Comité. Se trata de la primera película que trata el tema de la liberación gai, que fue proyectada por primera vez ante la prensa en 1919. Aunque se trata de un film militante que acaba con un discurso del Hirschfeld sobre los derechos del tercer sexo , el argumento nos presenta a un protagonista que ve desfilar en sueños a una serie de víctimas de la homofobia, lo que le conduce finalmente al suicidio.

Con respecto a su actuación en el campo político, el comité impulsó desde finales del s XIX una campaña permanente por la derogación del Art 175 del Código Penal del Imperio Alemán. Se trataba de “eliminar la condición criminal de los actos homosexuales, excepto en aquellos en los que se hubiera usado la fuerza, se produjesen molestias públicas o tuviesen lugar entre un adulto y un menor de 16 años”. En su lucha intentó ganarse el apoyo de otros movimientos impulsores de reformas como la lucha de las mujeres a favor del aborto y el Partido Socialdemócrata (SPD). Aunque en esta época la prensa socialdemócrata presenta la homosexualidad como un vicio y una degeneración de la clase dominante, algunos de sus líderes mas cualificados sostenían posiciones más avanzadas como Bernstein que en 1895 escribió un artículo en defensa de Oscar Wilde en el que abordaba la cuestión desde el punto de vista de la evolución de las costumbres, pronunciándose en contra de toda legislación represiva. Por su parte Bebel llegó a hacer una intervención en el Reichtag defendiendo la propuesta presentada por el Comité, en la cual afirmó que “ el número de personas (gais) es tan grande y cala tan profundamente en todos los círculos sociales, que si la policía llevase a cabo su deber, tal y como marca la ley, el estado prusiano se vería en la necesidad de construir dos nuevas penitenciarías para quienes han infringido el art 175, solo en Berlín”.

La lucha contra el artículo 175

Hasta el inicio de la I Guerra Mundial se sucedieron las actuaciones, creando para ello un Frente Unido al que se unieron las lesbianas, cuya situación era distinta al no aplicarse sobre ellas el artículo 175, dando origen a un movimiento reivindicativo muy importante capaz de presentar sus demandas a la Administración Local, los Landers, Tribunales, policía, etc. Sin embargo, los resultados fueron escasos debido a la inflexibilidad del régimen prusiano. El número de personas condenadas a causa del artículo 175 se calcula que fue de unas 15 000, para el período comprendido entre 1882-1918, afectando a gais y prostitución masculina.

Sin embargo, el momento más importante de sus actividades coincide con el período de la República de Weimar, que supuso el inicio de una nueva coyuntura política en la que se manifestaron con fuerza diferentes movimientos sociales. Este es el momento en que Hirschfeld fundó el Instituto para la Reforma Sexual , con sede en Berlín. Se trata de la época dorada del movimiento, el momento en que se rodó la película antes citada, cuando en Viena comienza a desarrollar sus actividades el pionero Karl Kraus en defensa de gais y prostitutas, cuando se publica Muerte en Venecia, de Thomas Mann, diversos intelectuales como André Guide o Stephan George no ocultan su orientación sexual, cuando Berlín se convierte en la capital del mundo gai, con un importante número de locales de ambiente; en esta época la Liga para los Derechos de los Hombres contaba con cerca de 50 000 afiliados y en 1930 la revista Die Inse, dirigida por Friedrich Randszuweit, alcanza una tirada mensual de 150 000 ejemplares. Sin embargo, todas estas actividades no consiguieron que el objetivo fundamental del movimiento, la derogación del artículo 175, se llevara a cabo.

En 1929 se efectuó una votación en el Reichstag para la eliminación del artículo 175 que salió derrotada. La izquierda, formada ahora por socialistas y comunistas, se mostró partidaria dela total despenalización. Por su parte el Zentrum, partido mayoritario, de inspiración católica, se decantó por el mantenimiento, pues consideraba el tema como inmoral y anticristiano.

Toda esta actividad provocó la aparición, también, de numerosos enemigos; así, en 1921 Hirschfeld fue apaleado y abandonado en la calle con el cráneo abierto, dándole por muerto, por miembros del partido nazi; dos años después, en Viena, fue tiroteado, etc.

Durante estos años los nazis no tuvieron una actitud lineal, ni coherente con el tema gai, de ahí que en 1937 Himmler tuviera que reconocer que, al comienzo, eran totalmente ignorantes en este asunto. Cuando se produjo el debate parlamentario de 1929, lo nazis se inhibieron, no llegando ni siquiera a pronunciarse. Desde luego, si no tomaron postura por la supresión fue por no coincidir con Hirschfeld, judío y socialista.

Su actitud fue totalmente ambigua. Por un lado, sus militantes agredieron en alguna ocasión a Hirschfeld y en 1928 amenazaban: “ Nosotros os rechazamos, porque cualquier práctica, cualquier pensamiento de amor homosexual es nuestro enemigo”.

Sin embargo, al mismo tiempo que mantenían estas posiciones, no ocultaban que Ernest Rhöm, dirigente de las SA en 1930 era abiertamente gai. Todavía mas, cuando las costumbres sexuales de Rhöm se convirtieron en asunto periodístico, Hitler salió en su defensa señalando que “ las SA no son una escuela para la educación moral de jovencitas sino para la formación de experimentados combatientes cuya vida privada no puede ser objeto de ninguna encuesta”. Además de esto, a nadie se le oculta la influencia que en el ideal estético nazi dejó la escuela Wandervogel (Los pájaros migratorios), desarrollada a principios de siglo en Alemania, de clara inspiración romántica, que alienta el mito ario de la raza germánica haciendo una exclusión expresa de las mujeres. De esta corriente homoerótica tomaron los nazis los modelos de belleza clásica que popularizaron por toda Alemania en los años treinta.

En cualquier caso, esto no impidió que, nada más llegar al poder, el Instituto de Hirschfeld se convirtiera en uno de sus principales objetivos. La prensa ya le había señalado como un blanco de los estudiantes de secundaria y, el 6 de mayo de 1933, a las 9.30 de la mañana, unos cien jóvenes traídos en camiones, invadieran el edificio. Echaron por la ventana archivos, manuscritos, libros, que fueron recogidos mientras una banda de música tocaba himnos patrióticos para atraer a la gente.

Homofobia global

Días después se quemó aquel botín en la Plaza del Opera, incluido el busto de Hirschfeld que había sido llevado en medio de una procesión de antorchas. Con los 10 000 libros que se quemaron ese día desapareció el primer movimiento de liberación gai.

Hirschfeld, que en 1931 había iniciado una gira mundial, regresó en el momento en que los nazis se disponían a tomar el poder, de ahí que primero se refugiara en Suiza y posteriormente en París.. Desde allí siguió las últimas actividades del Comité, reducidas a una serie de comunicados dispersos elaborados por Kurt Hiller, hasta que fue detenido y enviado al campo de concentración de Oraniemburg.

Además, las contradicciones internas en el partido nazi se solucionaron en 1934 con la eliminación física de los líderes más importantes de las SA, incluido E. Rhöm. El pretexto invocado de “luchar contra la degeneración moral” no es suficiente para tapar un operativo con objetivos políticos evidentes.

Este último hecho es el que marca el giro definitivo de los nazis hacia la homofobia global, como lo muestran los hechos. En 1933 el número de personas encarceladas por atentar contra el artículo 175 ascendían a un total de 135. Entre 1935 y 1939 el número de afectados ascendió a 24 450 personas. Además, desde 1935 los nazis ampliaron los aspectos recogidos en el artículo 175 que, ahora, comprendía besos, caricias e incluso fantasías sexuales. En 1936 se creó la Oficina del Reich para la lucha contra el aborto y la homosexualidad , lo que no tiene nada de extraño si se tiene en cuenta que, a sus ojos, abortistas y gais, en la medida que no contribuían al crecimiento demográfico, se convertían en traidores y una amenaza para el predominio de la raza aria. El proceso de radicalización homofóbica continuaría con la publicación, el 15 de noviembre de 1941, del “ Decreto del Führer para el mantenimiento de la pureza en las SS y la policía ”, donde se establecía la aplicación de la pena de muerte para todos los encausados de mantener relaciones sexuales intermasculinas. Para esa época los campos de concentración estaban ya llenos de gais marcados con el Triángulo rosa como distintivo.

Mientras esto ocurría en el interior de Alemania, Hirschfeld se trasladó a Niza, donde conoció la resolución del gobierno hitleriano que le calificaba como indigno del pueblo alemán, al tiempo que le retiraban la nacionalidad. Fue un 14 de mayo de 1935 cuando decidió suicidarse, justo el día que cumplía 67 años. Con él desaparecía el motor del movimiento reivindicativo gai. Meses después se disolvía la Liga Mundial para la Reforma Sexual , órgano internacional inspirado en el trabajo del Instituto berlinés.



Source : Artículo publicado en: Revista Viento Sur Nº 22- Agosto 1995, Pags. 117-121. Autor: Tino Brugos. Miembro Junta Directiva de XEGA (Xente Gai Astur) www.nodo50.org/xega.

Photo : Magnus Hirschfeld

Nazisme et handicap : la mémoire des victimes


Soixante ans après la libération des camps, l'histoire du traitement "social" des personnes handicapées par le régime nazi reste à écrire...

De 1933 à 1945, Adolf Hitler et ses séides ont mis en pratique une politique d'hygiène raciale qui comportait sa case Handicap. Dès le 1er janvier 1934, quelques mois après avoir pris le pouvoir, le Parti National Socialiste allemand mettait en oeuvre cette politique qui instaurait la stérilisation systématique des personnes ayant un handicap d'origine congénitale : surdité, cécité, maladies mentales, malformations physiques, épilepsie... Le nazisme ne réservait ni place ni rôle aux personnes handicapées : considérées comme improductives et inutiles, elles constituaient une charge pour une Allemagne à laquelle une tâche était assignée, dominer le Monde et lui imposer une économie capitaliste de type nouveau.

La documentariste Brigitte Lemaine est l'une des rares à s'être intéressée au sort subi sous le nazisme par les personnes handicapées ; si elle a axé son travail sur les sourds, elle nous apprend beaucoup sur les autres catégories de handicap. Le point de départ de son travail remonte à 1993 : la bibliothèque de Bagnolet (93) avait organisé une rencontre sur les sourds sous Hitler. On y avait appris que 210 sourds juifs français avaient été déportés, et que des survivants avaient fondé, à Tel Aviv (Israël), un mémorial devant recenser les 6 000 sourds assassinés dans les camps d'extermination. Ils soulevaient également un point important: la langue des signes n'est pas une langue écrite. Aussi, leur histoire vécue est transmise oralement; en l'absence de travaux de recherche historique, elle risque de disparaître des mémoires. Le documentaire "Témoin Sourds, témoins silencieux" de Brigitte Lemaine contribue à perpétuer le souvenir de ceux qui, handicapés, étaient condamnés à mort par le régime nazi.

Un travail difficile, comme l'évoque Bernard Mottez, sociologue au Centre National de la Recherche Scientifique, quand il parle des travaux d'un chercheur allemand : "Quand il se rend dans les écoles, les dossiers disparaissent entre le moment où il s'annonce et celui de sa visite". Alors, ce sont des victimes du nazisme qui racontent les persécutions dont elles furent victimes dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Le professeur Horst Biestold rappelle que dès le 15 juillet 1933, six mois après la prise du pouvoir par le Parti National Socialiste, la loi d'hygiène raciale est votée par le Parlement allemand. Une femme sourde évoque les conditions de sa stérilisation forcée; on retirait l'utérus aux femmes, une vasectomie était imposée aux hommes. Sur les 100 000 sourds allemands d'alors, le tiers a été stérilisé. Les réfractaires étaient déportés. Parmi les sourds, des groupes nazis s'étaient constitués, leurs membres dénonçant ceux qui refusaient la stérilisation. L'Eglise elle-même milita pour la stérilisation. Des enquêteurs se rendaient dans les écoles pour recenser, avec l'aide du corps enseignant, les sourds à "traiter". Il n'était pas fait exception des personnes handicapées, bien au contraire, dans la politique d'extermination des Juifs : les chercheurs estiment à 6 000 le nombre de sourds juifs qui ont été déportés dans les camps de la mort.

La population allemande était endoctrinée pour accepter ce "traitement" des personnes handicapées. A l'école, ce problème d'arithmétique était, par exemple, soumis aux élèves : "Un malade mental coûte quotidiennement environ 4 Reichsmarks, un infirme 5,5 RM, un criminel 3,5 RM, un apprenti 2 RM. Faites un graphique avec ces chiffres. D'après de prudentes estimations, il y aurait en Allemagne 300 000 malades mentaux, épileptiques, etc. qui reçoivent des soins permanents. Calculez combien coûtent annuellement ces 300.000 malades mentaux et épileptiques. Combien de prêts non remboursables aux jeunes ménages à 1.000 RM pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ?". Mais le fondement "scientifique" de la politique nazie se trouve chez des tenants du darwinisme; c'est le cas dans l'ouvrage publié en 1920 par le juriste Karl Binding et le psychiatre Alfred Hoche, "Une vie sans valeur de vie". Ce qu'Adolf Hitler traduira dans "Mein Kampf" : "La nature ne destine à vivre que les meilleurs et anéantit les faibles".

Le programme d'extermination des handicapés et malades mentaux commence en 1940, ce sont des médecins qui ouvrent le robinet dans les chambres à gaz camouflées en douches. En effet, ce qui caractérise le programme "d'hygiène raciale" nazi, c'est qu'il a été techniquement élaboré et exécuté par des médecins : une approche scientifique de la sélection reposant sur une décision médicale de vie ou de mort, sous l'égide du Comité du Reich pour l'étude scientifique des maladies graves, héréditaires et congénitales créé et dirigé par les médecins Karl Brandt et Philip Bouhler. Les camps d'extermination furent au nombre de six, couvrant tout le territoire allemand. Les victimes étaient transportées par une société spécialisée, Gekrat, dans des autocars banalisés. Elles étaient asphyxiées dans des chambres à gaz, ou assassinées par injection médicamenteuse; leurs cadavres furent, durant la première année, incinérés.

Ce procédé prenant trop de temps, il fut remplacé lors de la seconde vague d'extermination par l'ensevelissement en fosses communes camouflées en simples tombes. Durant la première année (1940-41), plus de 70 000 personnes furent ainsi exterminées. Des unités mobiles sont élaborées à la demande d'Heinrich Himmler, chef de la S.S : les victimes sont enfermées dans des camions dont l'échappement du moteur est dérivé pour les asphyxier. Elles sont ensuite incinérées dans les campagnes. Les techniques élaborées pour assassiner les personnes handicapées et les malades mentaux furent, jusqu'en mai 1945, déployées dans les camps d'extermination dans lesquels les Juifs étaient massivement déportés. Malgré le secret imposé aux personnels qui perpétraient ces exterminations, les disparitions et l'inquiétude des familles conduirent le clergé à protester officiellement. Hitler ordonna, le 24 août 1941, l'arrêt du plan d'extermination des personnes handicapées et des malades mentaux, le programme T4. Celui-ci fut poursuivi plus discrètement jusqu'à la chute du régime nazi, en mai 1945. On estime au total à 100 000 personnes les victimes de ce programme d'extermination "thérapeutique".

Et en France ? Il sera important de savoir comment les Français se sont comportés en la matière durant les années d'occupation et de collaboration avec le régime nazi. Il est avéré que 50 000 malades mentaux internés en hôpitaux psychiatriques sont morts de faim entre 1940 et 1944. Mais la polémique n'est pas tranchée : volonté délibérée des autorités de laisser mourir ces internés ou résultat de la désorganisation de l'État, de la pénurie de ravitaillement et du délaissement des malades de la part des soignants ? Dans le même temps, il n'a pas été constaté d'augmentation significative de la mortalité dans les hôpitaux généraux. Mais il s'est bien produit un phénomène redoutable, et il appartient aux historiens de le définir et d'en tirer les enseignements. Auront-ils ce courage ?

Source : Nazisme et handicap : la mémoire des victimes, Laurent Lejard, novembre 2005, Yanous (portail des handicaps).

IIlustration : Affiche des années trente pour le mensuel "Neues Volk", l'organe de presse du bureau des Affaires raciales du parti nazi. Texte de l'affiche : "Cet homme atteint d'une maladie héréditaire coûtera à la communauté 60 000 marks tout au long de sa vie. Citoyens, il s'agit aussi de votre argent." (orig : site "Nazi propaganda: 1933-1945") .

A voir : "Au nom de la science", un documentaire de Joe Berlinger, réalisé en 2006. En avril 2002, 750 cerveaux et têtes d'enfants ont été découverts dans les sous-sols de la clinique pour enfants de Vienne, la Spiegelgrund. Ces 750 enfants, âgés de quelques jours à une quinzaine d'années, ont été assassinés dans le cadre du programme d'euthanasie des nazis conduit par le docteur Heinrich Gross, commandant en second de la Spiegelgrund. Certains de ces enfants étaient trisomiques, d'autres handicapés, certains épileptiques, d'autres tout simplement… asociaux (!). Pendant plus de 40 ans après la guerre, le docteur Heinrich Gross a poursuivi ses recherches sur ces cerveaux d'enfants. Gross, aujourd'hui âgé de 86 ans, vit en homme libre en Autriche.

Discours de Heinrich Himmler sur l'homosexualité (1937)

Chef de la S.S. dès 1929, ministre de l'Intérieur de Hitler à partir de 1943, Heinrich Himmler a utilisé les camps de concentration comme instrument de terreur politique et d'extermination raciale. Dans son discours de Bad Tölz prononcé le 18 février 1937 devant des officiers SS, Himmler explique le danger que représente à ses yeux l'homosexualité pour la nation allemande.

"Lorsque nous avons pris le pouvoir en 1933, nous avons découvert les associations d'homosexuels. Elles comptaient deux millions de membres. Les prudentes estimations des fonctionnaires chargés de ce problème indiquent jusqu'à quatre millions d'homosexuels en Allemagne. J'estime personnellement que les chiffres ne sont pas aussi élevés : je pense que tous ceux qui faisaient partie de ces associations n'étaient pas vraiment des homosexuels. D'autre part, je suis naturellement convaincu que tous les homosexuels n'étaient pas inscrits dans ces associations. J'estime qu'il y en avait un à deux millions. Mais un million, c'est vraiment le minimum, l'estimation la plus basse et la plus indulgente qu'il soit permis de faire en ce domaine.

Représentez-vous cela concrètement. Selon les derniers recensements, nous devons avoir soixante-sept à soixante-huit millions d'habitants en Allemagne, soit trente-quatre millions d'individus de sexe masculin, en prenant un chiffre rond. Nous avons donc environ vingt millions d'hommes en âge de procréer (il s'agit des hommes de plus de seize ans). Il peut y avoir une erreur d'un million, mais cela n'a pas d'importance.

Si j'admets qu'il y a un à deux millions d'homosexuels, cela signifie que 7 à 8% ou 10% des individus de sexe masculin sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. A long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel.

Si vous faites entrer en ligne de compte (ce que je n'ai pas encore fait) les deux millions d'hommes tombés à la guerre et si vous considérez que le nombre des femmes reste stable, vous pouvez imaginer combien ces deux millions d'homosexuels et ces deux millions de morts (donc quatre millions en tout) déséquilibrent les relations sexuelles en Allemagne : cela va provoquer une catastrophe.

Je vais développer devant vous quelques réflexions sur le problème de l'homosexualité. Il y a parmi les homosexuels des gens qui adoptent le point de vue suivant : "Ce que je fais ne regarde personne, c'est ma vie privée." Mais il ne s'agit pas de leur vie privée : le domaine de la sexualité peut être synonyme de vie ou de mort pour un peuple, d'hégémonie mondiale ou de réduction de notre importance à celle de la Suisse. Un peuple qui a beaucoup d'enfants peut prétendre à l'hégémonie mondiale, à la domination du monde. Un peuple de race noble qui a très peu d'enfants détient un billet pour l'au-delà : il n'aura plus aucune importance dans cinquante ou cent ans, et d'ici deux cents ou cinq cents ans, il sera mort.

En dehors de ces problèmes de nombre (je n'ai envisagé que ce cas-là), un tel peuple peut également disparaître en tant qu'Etat pour d'autres raisons encore. Nous sommes un État d'hommes, et malgré tous les défauts que ce système présente, nous devons absolument nous y accrocher. Car cette institution est la meilleure.

Au cours de l'histoire, il y a eu des Etats de femmes. Vous avez certainement entendu prononcer les mots de "droit matriarcal". Le royaume des Amazones n'était pas une fable, il a eu une réalité. Les Frisons surtout (et les peuples de marins en général) ont eu des institutions matriarcales dont on peut suivre l'existence et la trace jusqu'à nos jours. Ce n'est pas un hasard si les Hollandais aiment à être gouvernés par une reine ou si la naissance d'une fille, d'une reine, est saluée avec plus d'enthousiasme que celle d'un garçon. Ce n'est pas une bizarrerie, mais la marque d'un instinct ancestral des peuples de marins.

Depuis des siècles et des millénaires, les peuples germaniques, et particulièrement le peuple allemand, sont gouvernés par des hommes. Mais cet Etat d'hommes est en passe de se détruire lui-même en raison de sa tolérance de l'homosexualité. Selon moi, le principal défaut en matière d'administration est le suivant: que ce soit dans le domaine public, dans l'armée, dans l'organisation politique ou au sein de tout autre institution, les individus sont nommés en fonction de leurs résultats, sans tenir compte des insuffisances humaines. Même la nomination à l'un de ces postes de fonctionnaires si souvent coupés de l'existence est l'effet d'une sélection fondée sur les résultats obtenus : il faut avoir eu la meilleure note à l'examen. Dans ce cas, la sélection est faite d'après les notes parce que l'on prend d'abord celui qui a eu 1, puis celui qui a eu 1 ½ ou 1 ¼ , puis celui qui a eu 2, etc.

En ce qui concerne les postes administratifs qui sont également occupés par des femmes, aucun homme de bonne foi ne pourra prétendre que l'on y accède uniquement grâce à ses qualifications professionnelles, car, soyez honnêtes (nous sommes entre hommes et nous pouvons donc parler franchement), si vous cherchez une sténodactylo et que vous avez deux candidates, l'une affreusement laide, âgée de cinquante ans, qui fait trois cents syllabes (presque un génie en ce domaine, donc) et une autre, mignonne, de bonne race, âgée de vingt ans, mais qui ne fait que cent cinquante syllabes, vous prendrez certainement votre air le plus sérieux (ou je ne vous connais pas du tout) et trouverez mille raisons très morales pour engager la candidate de vingt ans qui fait moins de syllabes à la minute. L'autre est âgée, direz-vous, et pourrait tomber malade plus facilement. Que sais-je encore ? Bien. On peut en rire. Ce n'est pas méchant et cela n'a pas d'importance, car si elle est jolie, elle ne va pas tarder à se marier et de toute façon un poste de sténodactylo ne détermine pas la politique de l'État.

Mais la destruction de l'État commence lorsque, intervenant un principe érotique (je le dis avec le plus grand sérieux), un principe d'attirance sexuelle entre hommes, la qualification professionnelle, l'efficacité ne jouent plus dans cet État d'hommes le rôle qu'elles devraient jouer. Je vais vous citer un exemple pris dans la vie quotidienne, je dis bien "pris dans la vie quotidienne". J'ajoute qu'à mon avis, dans toutes les régions habitées aujourd'hui sur la terre, aucun service n'a accumulé autant d'expérience dans le domaine de l'homosexualité, de l'avortement, etc., que la Gestapo en Allemagne. Je crois que, dans ce domaine, nous pouvons parler d'expérience.

Le conseiller ministériel X est homosexuel et cherche parmi ses assesseurs un conseiller gouvernemental, mais il ne cherche pas nécessairement le plus efficace. Il ne choisira pas le meilleur juriste, il ne dira pas non plus : "l'assesseur X n'est certes pas le meilleur juriste, mais il est bien noté, il a de la pratique, et (ce qui pèse lourd dans la balance) il semble de bonne race et avoir une conception correcte du monde". Non, il ne prend pas un assesseur qualifié, ni de bonne apparence physique. Il choisit celui qui est lui aussi homosexuel. Ces gens sont capables de se repérer d'un bout à l'autre d'une salle. Lorsqu'il y a cinq cents hommes dans une soirée dansante, ils ont repéré au bout d'une demi-heure ceux qui ont le même penchant qu'eux. Les gens normaux comme nous ne peuvent imaginer comment cela est possible.

M. le conseiller ministériel choisit donc l'assesseur qui est le plus mal noté et dont la conception du monde est la plus mauvaise. Il ne lui pose aucune question sur ses capacités, mais va le présenter au directeur ministériel. Il chante ses louanges et justifie très sérieusement sa proposition. Cet assesseur entre maintenant en fonction, car il ne viendra jamais à l'idée du directeur ministériel de demander des renseignements plus précis ni d'étudier de plus près la proposition du conseiller ministériel. Il pense en effet que ce vieux fonctionnaire propose l'assesseur en fonction de son efficacité et de ses capacités. Il ne vient pas à l'esprit d'un homme normal que cet assesseur puisse être proposé en raison de ses penchants sexuels.

La chose n'en reste pas là, car l'assesseur, qui est désormais conseiller gouvernemental, va procéder de la même manière. Si vous trouvez à un poste quelconque un homme qui a ce penchant et si cet homme a un pouvoir de décision, vous pouvez être sûrs de rencontrer autour de lui trois, quatre, huit, dix individus ou plus encore qui ont le même penchant, car l'un entraîne l'autre, et malheur aux hommes normaux qui vivent avec ces gens. Ils sont condamnés. Ils peuvent faire ce qu'ils veulent, ils seront anéantis. Je voudrais citer ici l'exemple d'un camarade à qui cela est arrivé. Le général SS von Woyrsch, qui combattait alors en Silésie, était placé entre le général SA Heines et le Gauleiter Brückner, tous deux homosexuels ; Brückner était également Premier président. Woyrsch a été persécuté pour avoir troublé cette merveilleuse entente, et non pas parce qu'on aurait dit : "Il n'est pas comme nous", mais toujours pour des motifs moraux, politiques, idéologiques, pour des motifs nationaux-socialistes.

L'homosexualité fait donc échouer tout rendement, tout système fondé sur le rendement. Elle détruit l'État dans ses fondements. A cela s'ajoute le fait que l'homosexuel est un homme radicalement malade sur le plan psychique. Il est faible et se montre lâche dans tous les cas décisifs. Je crois qu'à la guerre il peut faire preuve de courage de temps à autre, mais dans le domaine civil, ce sont les hommes les plus lâches que l'on puisse imaginer.

L'homosexuel ment également de façon maladive. Il ne ment pas (pour prendre un exemple cru) comme un Jésuite. Le Jésuite ment dans un but précis. Il raconte n'importe quoi avec un air rayonnant, tout en sachant qu'il débite des fables. Il a une justification morale : il ment pour la gloire de Dieu, ad majorem dei gloriam. La fin sanctifie les moyens. Il y a là toute une philosophie de la morale, une doctrine morale qui a été élaborée par saint Ignace de Loyola. Donc, le Jésuite ment et il le sait. Il n'oublie pas un seul instant qu'il ment. En revanche, l'homosexuel ment et croit ce qu'il dit. Lorsque vous demandez à un homosexuel s'il a fait ceci ou cela, la réponse est non. Je connais le cas d'homosexuels que nous avons interrogés et qui nous ont répondu: "Sur l'honneur de ma mère, je veux bien tomber raide mort si je mens". Trois minutes plus tard, nous leur présentions les preuves en disant : "Et ceci, alors ?" : ils ne sont évidemment pas morts et sont toujours là, malheureusement.

Au début, je ne comprenais pas. En 1933-1934, nous abordions les choses en parfaits ignorants. Pour l'homme normal, cela constituait et constitue toujours un monde tellement étranger que celui-ci ne peut absolument pas s'imaginer de quoi il retourne. Le général Heydrich et moi, ainsi que quelques autres personnes, avons vraiment dû apprendre des choses dans ce domaine, et uniquement lors de circonstances désagréables. Au début, je me fâchais quand de jeunes gens mentaient. Je comprends aujourd'hui qu'il leur est impossible de faire autrement. C'est pourquoi il ne me vient plus jamais à l'esprit de demander à un homosexuel s'il peut me donner sa parole. Je ne le fais plus, parce que je sais qu'il s'agit d'un mensonge. Au moment même où un homosexuel vous dit quelque chose avec des yeux larmoyants, il est persuadé qu'il dit la vérité. Les expériences que j'ai faites m'ont montré que l'homosexualité conduit pour ainsi dire à une totale extravagance intellectuelle, à une totale irresponsabilité.

L'homosexuel est naturellement un objet idéal de pression, d'abord parce qu'il est lui-même passible de sanctions, deuxièmement parce que c'est un type malléable, et troisièmement parce qu'il est veule et dépourvu de toute volonté.

De plus (je ne cherche qu'à vous présenter quelques exemples en ce domaine) l'homosexuel est possédé par un insatiable besoin de faire des confidences dans tous les domaines et tout particulièrement dans le domaine de la sexualité. La plupart du temps, vous constatez que celui qui se fait pincer vous donne sans aucune contrainte tous les noms qu'il connaît. Il n'y a donc (il faut bien que je me place de ce point de vue) aucune fidélité dans l'amour entre hommes, bien que ces gens prétendent s'aimer. L'homosexuel raconte tout de manière débridée, dans l'espoir sans aucun doute de pouvoir sauver sa peau.

Nous devons comprendre que si ce vice continue à se répandre en Allemagne sans que nous puissions le combattre, ce sera la fin de l'Allemagne, la fin du monde germanique. La tâche n'est malheureusement pas aussi facile pour nous qu'elle le fut pour nos ancêtres. Pour eux, ces individus représentaient des cas isolés, des anormaux. L'homosexuel, que l'on appelait «Urning », était jeté au fond d'un marais. Ceux qui trouvent ces cadavres dans les marais ne se doutent certainement pas qu'il s'agissait dans quatre-vingt-dix cas sur cent d'homosexuels qui avaient été jetés tout habillés dans les marécages. Il ne s'agissait pas d'une punition. C'était simplement l'extinction d'une vie anormale. Il fallait les écarter, de la même manière que nous arrachons les orties et que nous en faisons des tas pour les brûler. Il ne s'agissait pas d'une vengeance: l'individu concerné devait disparaître.

Il en était ainsi chez nos ancêtres. Mais chez nous ce n'est malheureusement plus possible. Je voudrais maintenant vous parler très franchement de l'homosexualité dans la SS. Je souligne que je sais très exactement de quoi je parle. Ce n'est évidemment pas un sujet pour une conférence d'officiers, mais vous pouvez en faire part à tel de vos subordonnés au cours d'un entretien.

Aujourd'hui encore, il se présente tous les mois un cas d'homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an. J'ai donc décidé la chose suivante : dans tous les cas, ces individus seront officiellement dégradés, exclus de la SS et traduits devant un tribunal. Après avoir purgé la peine infligée par le tribunal, ils seront internés sur mon ordre dans un camp de concentration et abattus pendant une « tentative d'évasion ». Dans chaque cas, le corps d'origine de cet individu en sera informé sur mon ordre. J'espère ainsi extirper ces gens de la SS - jusqu'au dernier. Je veux préserver le sang noble que nous recevons dans notre organisation et I'oeuvre d'assainissement racial que nous poursuivons pour l'Allemagne.

Mais le problème n'est pas résolu pour autant dans l'ensemble de l'Allemagne. Nous ne devons pas nous leurrer: traîner les homosexuels devant un tribunal et les faire interner ne résout pas le problème. Quand il sort de prison, l'homosexuel est tout aussi homosexuel qu'auparavant. Le problème reste donc entier. Il est résolu dans la mesure où le vice est stigmatisé, alors qu'auparavant il ne l'était pas. Avant, pendant et après la guerre, nous avions bien des lois sur ce sujet, mais il ne se passait rien. Je vais vous donner un exemple pour mieux me faire comprendre: en 1934, pendant les six premiers mois de notre activité en ce domaine, nous avons porté plus de cas devant les tribunaux que le præsidium de la police de Berlin pendant une période de vingt-cinq ans. Personne ne peut affirmer que cette inflation est due à l'affaire Röhm. Celle-ci nous a bien sûr causé un grand préjudice, mais ce vice était déjà florissant avant et pendant la guerre, et l'est devenu plus encore une fois la paix revenue.

Vous voyez, on peut régler toute sorte de problèmes grâce à des mesures administratives et policières. On peut régler le problème des prostituées, très anodin par rapport au précédent. Des mesures précises permettent de les insérer dans une organisation admissible pour un peuple de culture comme le nôtre. Dans ce domaine, nous faisons preuve d'une grande ouverture d'esprit, car on ne peut, d'un côté, vouloir éviter à la jeunesse de sombrer dans l'homosexualité, et de l'autre côté fermer toutes les issues. Ce serait de la folie. Finalement, empêcher toute possibilité de relations avec les filles dans les grandes villes - même si c'est pour de l'argent - équivaut à pousser un grand nombre de jeunes de l'autre côté.

Parmi toutes ces considérations, il ne faut pas oublier que l'Allemagne est malheureusement devenue un pays urbanisé aux deux tiers. Le village ne connaît aucun problème. Le village possède une réglementation saine et naturelle de tous ces problèmes. Là, malgré le pasteur et la morale chrétienne, malgré un sentiment religieux qui se maintient depuis des siècles, le jeune gars va frapper à la fenêtre de la fille. Le problème se résout ainsi. Il y a bien quelques enfants illégitimes, quelques personnes qui s'agitent dans le village, et le pasteur est content d'avoir un nouveau sujet de sermon. Les gars font exactement comme par le passé et (ne vous y trompez pas) comme dans les temps les plus anciens de notre histoire. Toute la théorie inventée pour les besoins de la cause et selon laquelle la jeune fille germanique, si elle a la malchance de ne se marier qu'à vingt-six ou trente ans, a vécu comme une nonne jusqu'à cette date, est un conte. En revanche, les lois sur le sang étaient strictes : aucun garçon ni aucune fille ne devaient se commettre avec un sang de valeur inférieure. La sévérité était extrême à ce sujet. On était également sévère sur autre chose: la femme infidèle était punie de mort, car un sang étranger risquait de pénétrer dans la famille.

Tout cela était naturel à cette époque. L'ordre était sain et raisonnable. Il allait dans le sens des lois naturelles et non à leur encontre, comme aujourd'hui.

Comme je l'ai dit, dans ce domaine, les problèmes seront un jour résolus, d'une manière ou d'une autre. Plus nous facilitons les mariages précoces (de telle sorte que nos hommes se marient à vingt-cinq ans) et plus le reste diminuera. Et tout rentrera naturellement dans l'ordre.

En revanche, le problème de l'homosexualité ne peut être réglé. Evidemment, je peux (c'est une question que nous avons soupesée dans tous les sens) faire incarcérer et enfermer dans les camps tous les jeunes dévoyés. C'est facilement réalisable. Mais je me pose une question : si je fais enfermer vingt mille jeunes dévoyés des grandes villes, je parviendrai peut-être à en ramener dans le droit chemin trois ou quatre mille suffisamment jeunes (dix-sept à dix-huit ans), et ceci grâce à la discipline, l'ordre, le sport et le travail. Nous y sommes déjà parvenus dans de nombreux cas. Mais à partir du moment où il n'y aura plus de jeunes ayant ce penchant, les homosexuels risquent de chercher de nouvelles victimes. C'est donc une solution à double tranchant.

Dans la mesure où ils ne seront pas irrémédiablement corrompus, nous ferons arrêter et interner dans des camps tous ces jeunes de dix-sept ou dix-huit ans. Nous essaierons de les ramener à la raison et, comme je viens de le dire, nous y sommes déjà parvenus dans de nombreux cas.

Mais tout cela ne permet pas de résoudre le problème dans son ensemble. Je ne vois qu'une seule solution : empêcher les vertus d'un Etat d'hommes, les avantages des associations masculines de dégénérer en défauts. A mon avis, on constate une trop grande masculinisation de notre vie. Nous allons jusqu'à militariser des choses inimaginables. Je le dis très franchement : rien n'est aussi parfait que notre manière de faire avancer les hommes en rang et de faire des paquetages, mais je trouve catastrophique de voir les filles et les femmes (les jeunes filles surtout) circuler à travers le pays avec des paquetages parfaits. Cela donne envie de vomir. Je trouve catastrophique de voir les organisations féminines, les associations féminines, les communautés féminines s'occuper de choses qui détruisent le charme, la dignité et la grâce de la femme. Nous autres hommes (je parle de manière générale), cela ne nous concerne pas directement. Nous voulons, dans notre folie, faire de la femme un instrument de pensée logique, nous lui apprenons tout ce qui est possible. Je trouve cela catastrophique. Nous masculinisons les femmes de telle sorte qu'à la longue la différence sexuelle et la polarité disparaissent. Dès lors, le chemin qui mène à l'homosexualité n'est pas loin.

Selon moi, l'activité de l'Association des étudiants (pour prendre un exemple à l'intérieur du Mouvement) est une véritable catastrophe. Ces dernières années, elle consistait à faire de magnifiques paquetages et à faire l'exercice. Je n'ai pas besoin de l'Association des étudiants pour cela.

J'ai discuté récemment avec le nouveau Führer de cette Association, et je lui ai dit: "Mon cher Scheel, si jamais vous vous faites pincer en train de faire l'exercice avec vos camarades, je deviendrai votre ennemi mortel. Dans les foyers d'étudiants, on fournit un travail intellectuel, on exerce une activité intellectuelle, et on met de l'ordre dans la société".

J'ai vu une fois un journal étudiant (je crois que c'était celui de l'Association de Silésie). Sur la page de titre de ce journal consacré au travail intellectuel des jeunes universitaires, on voyait huit hommes sur deux rangs, tandis que leur Führer intellectuel vérifiait l'alignement. C'est en soi le travail du sous-officier, de l'adjudant, du chef de compagnie ou du chef de bataillon, qui ont justement la manie de toujours vérifier l'alignement, mais ce n'est en aucun cas le rôle d'une institution intellectuelle. Quand on dit de nous à l'étranger que nous avons la discipline militaire pour toute compétence, ce n'est pas tout à fait aussi faux qu'on peut le penser.

On soulève maintenant le problème suivant : "La SS prétend être un Ordre. Le parti prétend aussi être un Ordre." Ces deux affirmations ne s'excluent pas l'une l'autre. Nous sommes, je le dis très clairement, un ordre national-socialiste (et voici la définition raciale) d'hommes du Nord, et une communauté jurée de clans. Nous sommes avant tout un ordre militaire, non pas L'ordre, mais UN ordre national-socialiste et militaire, lié par la discipline et par le sang nordique. Une communauté de clans, si vous voulez. Autrefois, on aurait parlé d'une confrérie de nobles. Mais c'est à dessein que je n'emploie pas cette expression. Simplement, je veux dire par là que notre tâche est orientée dans le sens d'une discipline humaine, alors que la tâche de l'ordre politique s'oriente vers la direction politique.

A partir du moment où le Parti est un ordre politique, il doit se préoccuper de façon croissante du contenu intellectuel, et s'écarter de plus en plus des aspects militaires, tels que le paquetage, les rassemblements, etc. Et cela s'applique au plus petit détail. J'ai beaucoup discuté de ces problèmes avec le camarade Ley qui a une grande intelligence de ce genre de choses. Je lui ai ainsi demandé au sujet du rassemblement (vraiment très réussi) des chefs politiques à Nuremberg: "Pourquoi donnez-vous des ordres ? Personnellement, je ne le ferais pas."Il y avait là cent mille chefs politiques. Il faudrait déjà des soldats bien entraînés pour que le commandement "Repos ! Levez les drapeaux ! Baissez les drapeaux !" soit exécuté impeccablement par cent mille hommes à la fois ! "Pourquoi ne pas se contenter de demander de lever et d'abaisser les drapeaux ? Cela revient exactement au même, mais sous une forme qui n'est pas excessivement virile, soldatesque et militaire. Pourquoi faut-il donner des ordres pour ce genre de choses ?" Voilà quelques réflexions sur l'ensemble de ces problèmes.

J'en reviens à mon sujet. Je disais que nous masculinisions trop fortement notre existence. Nous masculinisons également trop notre jeunesse. Je vais vous donner quelques exemples que vous pourrez multiplier à volonté, grâce à votre expérience personnelle ou à ce que vous aurez vu autour de vous.

Certains jeunes disent à leur mère : "Dis, quand on défile dans les Jeunesses hitlériennes, fais attention à ne pas passer près de nous. Je te ferais bien un signe mais les autres se moqueraient de moi. Ils me traiteraient de fi-fils à sa maman et de nouille". Selon moi, ce genre de réflexions est une véritable catastrophe pour un peuple. Il est catastrophique pour un pays que les jeunes garçons aient honte de leur mère ou de leur soeur, ou qu'ils soient amenés à avoir honte des femmes, en l'occurrence celles qui leur sont le plus proches, leur mère ou leur soeur - qui est une femme en puissance. Il est catastrophique qu'un jeune soit raillé au-delà de la normale parce qu'il est amoureux d'une fille, que pour cette raison on ne le prenne pas au sérieux, qu'on le considère comme un faible, qu'on lui dise que les durs ne s'occupent pas des filles. "Il n'y a que des amitiés de garçons. Ce sont les hommes qui décident sur terre", lui dit-on. L'étape suivante, c'est l'homosexualité. Ce sont les idées de M. Blüher : "D'une manière générale, la plus grande forme d'amour n'est pas celle qui existe entre un homme et une femme. A cause des enfants, c'est quelque chose d'animal. La plus grande forme d'amour est l'amour sublimé qui lie deux hommes. Dans l'histoire du monde, les plus grandes choses en sont sorties." Tout ceci n'est que le mensonge éhonté de ces individus qui revendiquent pour eux Alexandre le Grand et Bismarck. Il n'y a pas de grand homme que les homosexuels ne revendiquent : César, Sulla, etc. Je crois que, Don Juan mis à part, ils les revendiquent tous. Cela est présenté de manière attrayante aux jeunes qui font partie d'un mouvement déjà extraordinairement masculinisé et qui vivent dans des camps d'hommes où ils n'ont pas la possibilité de rencontrer de jeunes filles. Selon moi , il ne faut pas s'étonner que nous ayons pris le chemin de l'homosexualité.

Je crois qu'un changement radical ne peut naître que de ceci : nous devons (c'est une chose particulièrement urgente pour la SS) faire des SS et des jeunes, dans la mesure où nous avons de l'influence sur eux, des hommes chevaleresques, de jeunes chevaliers. C'est la seule solution à notre portée pour nous démarquer nettement et ne pas tomber dans l'état de choses qui règne chez les Anglo-Saxons et les Américains. J'ai dit un jour à une Anglaise qui trouvait épouvantable que les hommes saluent les femmes en premier: "Je suppose que chez vous les poules se pavanent autour du coq ? Ce serait donc différent de ce qui se passe ailleurs ?" Une conséquence des trop nombreux privilèges accordés à la femme en Amérique, c'est qu'aucun homme n'ose plus regarder une jeune fille. S'il le fait, il paraît devant un tribunal matrimonial qui le condamne à payer des dommages et intérêts. En Amérique, l'homosexualité est devenue une mesure de protection absolue pour les hommes, en raison de l'esclavage dans lequel ils sont maintenus par les femmes. Là-bas, la femme peut se comporter comme un boa: elle étouffe l'homme, tout simplement. Jamais personne ne la remet dans le droit chemin. C'est bien le meilleur exemple de tyrannie féminine !

Chez nous, il n'y a aucun danger que l'attitude chevaleresque de l'homme soit exagérée et exploitée par l'autre partie. En Allemagne, l'habitude et l'éducation ne poussent pas les femmes à cela. Nous devons absolument faire de nos jeunes des hommes chevaleresques, des hommes qui se font les champions des femmes.

Récemment, j'ai dit à l'un des chefs des Jeunesses hitlériennes : "Vous êtes bien peu chrétiens en général, mais votre attitude envers les femmes relève du plus pur christianisme. Elle est aussi chrétienne que possible". Il y a cent cinquante ans, une thèse a été soutenue dans une université catholique sous le titre : « La femme a-t-elle une âme? » Rien qu'à cela, on aperçoit la tendance du christianisme qui vise à détruire la femme et qui cherche à mettre en évidence son infériorité. Je suis absolument convaincu que tout le clergé et le christianisme ne cherchent qu'à établir une association érotique masculine et à maintenir ce bolchevisme qui existe depuis deux mille ans. Je connais très bien l'histoire du Christianisme à Rome, et cela me permet de justifier mon opinion. Je suis convaincu que les empereurs romains qui ont exterminé les premiers chrétiens ont agi exactement comme nous avec les communistes. A cette époque, les chrétiens constituaient la pire lie des grandes villes, les pires Juifs, les pires bolchevistes que l'on pouvait imaginer.

Le bolchevisme de cette époque a eu le courage de grandir sur le cadavre de Rome. Le clergé de cette Eglise chrétienne (qui, plus tard, a soumis l'Église aryenne après des combats infinis) essaie, dès le IVe ou le Ve siècle, d'obtenir le célibat des prêtres. Il se fonde pour ce faire sur saint Paul et les tout premiers apôtres, qui présentaient la femme comme le symbole du péché et n'autorisaient (ou ne recommandaient) le mariage que comme moyen légal d'échapper à la fornication (c'est ce qui est écrit dans la Bible), et ne présentaient les enfants que comme un mal nécessaire. Ce clergé a poursuivi le même chemin au cours des siècles, jusqu'à ce que le célibat des prêtres devienne une réalité en 1139.

Je suis d'autre part convaincu que la confession auriculaire permet aux quelques prêtres qui ne veulent pas se soumettre à cette homosexualité de se procurer les femmes et les filles dont ils ont besoin, et en particulier les curés de campagne. Selon moi, la majorité d'entre eux sont hétérosexuels (plus de cinquante pour cent), alors que j'estime qu'il y a dans les couvents 90 ou 95%, voire 100%, d'homosexuels.

Si nous reprenions aujourd'hui les procès contre les prêtres homosexuels et si nous traitions les prêtres comme tous les citoyens allemands, je pourrais garantir deux cents procès et plus pour les trois ou quatre prochaines années. Si nous ne pouvons instruire ces procès, ce n'est pas parce que nous manquons de cas, mais tout simplement parce que nous ne disposons pas du nombre de fonctionnaires et de juges nécessaires pour cette tâche. Mais dans quatre ans nous apporterons - je l'espère - une preuve très convaincante: nous prouverons que l'Église, tant au niveau de ses dirigeants que de ses prêtres, constitue dans sa majeure partie une association érotique d'hommes qui terrorise l'humanité depuis maintenant mille huit cents ans, qui exige qu'elle lui fournisse une énorme quantité de victimes, et qui dans le passé s'est montrée sadique et perverse. Je n'ai qu'à citer les procès des sorcières et des hérétiques.

La dépréciation de la femme est une attitude typiquement chrétienne, et à notre époque - et bien que nous soyons nationaux-socialistes -, nous avons repris cet héritage mental. Même certains païens inébranlables l'ont fait. Je connais beaucoup de camarades du Parti qui se croient obligés de manifester une grande fermeté dans leur manière de concevoir le monde, et de se montrer particulièrement virils en se comportant avec grossièreté et brutalité à l'égard des femmes.

Nous avons d'autre part une certaine tendance à exclure autant que possible les femmes des fêtes et des cérémonies. Les mêmes viennent ensuite se plaindre que les femmes restent parfois fidèles à I'Eglise, ou bien qu'elles ne sont pas gagnées à cent pour cent à la cause nationale-socialiste. Ils n'ont pourtant pas à se plaindre -- ils traitent les femmes comme des êtres de second ordre et les tiennent à l'écart de toute notre vie intérieure. Il ne faut donc pas s'étonner qu'elles ne nous soient pas encore tout à fait gagnées. Nous devons bien voir que le mouvement, la conception du monde national-socialiste ne peuvent subsister que s'ils sont portés par les femmes, car les hommes saisissent les choses avec leur entendement, alors que les femmes les saisissent avec leur coeur. Ce sont les femmes allemandes qui ont fourni le plus de victimes aux procès de sorcellerie et d'hérésie et non les hommes. La prêtraille sait très bien pourquoi elle a brûlé de cinq à six mille femmes. C'est justement parce qu'elles s'accrochaient sentimentalement à l'ancienne science et à l'ancienne doctrine, parce que leurs sentiments et leur instinct ne leur permettaient pas de s'en détourner, alors que les hommes, de manière logique et conforme à leur intelligence, avaient changé leur fusil d'épaule.

J'en reviens à notre problème. J'estime qu'il y a une trop forte masculinisation dans l'ensemble du Mouvement, et cette masculinisation contient le germe de l'homosexualité.

Je vous demande de discuter de ces idées quand cela vous est possible -- mais en tout cas pas devant l'ensemble du corps des officiers. Discutez-en avec tel ou tel. Je vous prie de veiller à ce que vos hommes - je vous ai montré la voie - dansent avec des jeunes filles à la fête du solstice d'été. J'estime parfaitement juste d'autoriser nos jeunes candidats à organiser de temps à autre une soirée dansante en hiver. Nous n'y inviterons aucune jeune fille de sang impur, mais les meilleures. Nous donnerons à nos SS l'occasion de danser avec elles, de se montrer gais et joyeux. J'estime que c'est utile pour leur éviter de s'engager sur le mauvais chemin qui mène à l'homosexualité. Ce serait la raison négative. Mais il y a également une raison positive: ne nous étonnons pas que tel ou tel fasse un mauvais mariage et épouse une fille sans valeur raciale, si nous ne lui donnons pas l'occasion d'en connaître d'autres.

J'estime nécessaire de veiller à ce que les jeunes de quinze à seize ans rencontrent des filles à un cours de danse, à des soirées ou à des occasions diverses. C'est à quinze ou seize ans (c'est un fait prouvé par l'expérience) que le jeune garçon se trouve en équilibre instable. S'il a un béguin de cours de danse ou un amour de jeunesse, il est sauvé, il s'éloigne du danger. En Allemagne, nous n'avons pas besoin de nous préoccuper de savoir si nous mettons les jeunes trop tôt en contact avec les filles et si nous les poussons à avoir des relations sexuelles -- c'est un problème très sérieux, dont on parlait autrefois en riant et en disant des obscénités, mais Dieu merci c'est fini. Non, sous notre climat, étant donné notre race et notre peuple, un jeune de seize ans considère l'amour sous l'angle le plus pur, le plus beau, le plus idéaliste, et à partir du moment où il s'est épris d'une fille (je dois le redire clairement) il n'est plus question pour lui d'onanisme collectif avec des camarades, ni d'amitié à caractère sexuel avec des hommes ou des jeunes garçons.

A partir de ce moment, le danger est écarté. Nous devons maintenant réunir les conditions nécessaires, nous devons éliminer cette attitude qui règne aujourd'hui dans toute la jeunesse, et peut-être aussi dans la SS, et qui consiste à se moquer d'un homme qui accompagne une jeune fille ou qui se conduit correctement avec sa mère, ou encore qui se conduit en gentleman avec sa soeur. Là est le germe de l'homosexualité.

Je considère qu'il était de mon devoir de parler de ces problèmes avec vous, messieurs les généraux. C'est une chose extrêmement sérieuse, que les tracts et les théories modernes ne permettront pas de résoudre. Nous ne la résoudrons pas en disant tout simplement: "Mon Dieu, pourquoi notre peuple est-il aussi mauvais? Cette dépravation des moeurs est épouvantable... " Rien de tout cela ne résoudra la question. Si nous estimons qu'elle est résolue, je me demande pourquoi nous continuons à nous donner tant de mal. Si nous estimons qu'elle ne l'est pas, il nous faut admettre que dans ce domaine notre peuple a été mal dirigé...

Messieurs, les égarements sexuels provoquent les choses les plus extravagantes que l'on puisse imaginer. Dire que nous nous conduisons comme des animaux serait insulter les animaux. Car les animaux ne pratiquent pas ce genre de choses. Une vie sexuelle normale constitue donc un problème vital pour tous les peuples".

Source : Discours sur l'homosexualité, prononcé par Heinrich Himmler à Bad Tölz, le 18 février 1937. Texte extrait des annexes de Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

Illustrations : (photos) Heinrich Himmler, Reichsführer-SS, principal artisan de la persécution des homosexuels sous le régime nazi.

Lesbiennes sous le IIIe Reich : disparaître ou mourir

Bien peu d'historiens se sont intéressés au sort réservé aux lesbiennes durant le IIIe Reich. Rafles, internement, viols, «thérapies» par la prostitution, tel était leur lot sous le régime nazi. Les travaux d'une chercheuse allemande, Claudia Schoppmann, révèlent des pratiques peu connues du grand public.

Que sait-on de la vie des lesbiennes sous le régime nazi ? Pratiquement rien. Le sort des lesbiennes a rarement intéressé les chercheurs. On dit même souvent qu'elles n'auraient pas souffert. Étonnant quand on sait que l'idéologie nationale-socialiste considérait l'homosexualité comme une tare et que toute femme ne respectant pas son rôle de femme mariée et de mère pour perpétuer la race pure, attirait les soupçons.

Rendre compte de la persécution des lesbiennes, en l'absence de documents concrets, de lettres, de témoignages, reste un défi pour les historiens. Presque seule à s'intéresser à ce versant de l'Histoire, une chercheuse allemande, Claudia Schoppmann, nous livre pourtant de précieuses informations(1). Faute de données, Claudia Schoppmann se tourne en effet vers le témoignage pour restituer une image de l'histoire collective des lesbiennes qui, autrement, risquerait de se perdre.

L'un de ses ouvrages, Zeit der Maskierung: Lebensgeschichten lesbischer Frauen im «Dritten Reich», traduit en anglais(2) mais malheureusement pas encore en français, est un recueil de récits poignants qui dessinent une histoire de la répression des lesbiennes allemandes sous le joug nazi. Dans ces témoignages, on retrouve l'effervescence et l'ambiance euphorique du Berlin lesbien des années 20. La ville compte un nombre impressionnant de bars, de clubs, d'associations, de magazines destinés aux lesbiennes. Cet essor et ce dynamisme se heurtent malgré tout à de virulentes attaques lesbophobes.

Dès 1909, le gouvernement essaie d'inclure les femmes dans le fameux paragraphe 175, qui condamne les activités homosexuelles entre hommes. Plus tard, pendant des années, des juristes, des criminologues, des théoriciens du parti nazi font de nouveau pression pour que l'homosexualité féminine entre dans le paragraphe 175. Pour eux c'est «une menace morale à la pureté de la race», une façon de «soustraire les femmes aux hommes et à l'institution du mariage».

Le lesbianisme n'entrera pourtant jamais dans le paragraphe 175, pour plusieurs raisons : dans la société allemande, les femmes sont exclues des postes politiques et administratifs importants. Leur influence est donc peu redoutée. De plus, d'après des conclusions médicales de la fin du XIXe siècle, l'homosexualité féminine ne serait pas antinomique avec le désir de se marier et de fonder une famille. Cette théorie conforte l'idéologie nazie qui préfère croire que l'homosexualité se soigne. La thèse d'une homosexualité innée répandue en Allemagne pourrait mettre à mal le concept de «race maîtresse pure». Enfin, les relations «intimes» entre femmes sont trop courantes, trop difficiles à identifier. Le meilleur moyen de ne pas «encourager la diffusion de l'épidémie» chez les femmes est donc de la passer sous silence.

Les lesbiennes échappent ainsi aux graves condamnations infligées aux hommes homosexuels: 50 000 d'entre eux sont condamnés sous le paragraphe 175, parmi eux, 15 000 sont internés en camps de concentration et les deux tiers n'en reviennent pas. En revanche, ce silence autour des lesbiennes ne permet pas de mesurer l'étendue de leur persécution, le plus souvent cachée sous des prétextes divers, ni de dégager des chiffres.

Rafles dans les bars

L'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933 frappe de plein fouet la communauté lesbienne. Les rafles dans les lieux lesbiens sont si fréquentes qu'ils ferment tous rapidement. A Berlin, seuls deux ou trois bars – des arrières salles – ouvriront dans la clandestinité. La presse lesbienne est interdite, les associations dissoutes et un témoignage prouve que les nazis dressent des listes de lesbiennes.

De nombreux témoignages recueillis par Claudia Schoppmann montrent que les lesbiennes vivent dans la peur des dénonciations. Elles craignent également, à juste titre, les licenciements, car les lesbiennes sont licenciées quand elles sont «découvertes» sur leur lieu de travail. La plupart des femmes interrogées racontent qu'afin de passer inaperçues, elles changent leur apparence et adoptent une allure féminine correspondant aux canons nazis. La pression sociale sur les lesbiennes est telle que nombreuses sont celles qui se marient, certaines avec des homosexuels. Finalement, le seul moyen de ne pas être persécutée en tant que lesbienne, c'est de rentrer dans le rang… et de ne plus l'être.

On sait que de nombreuses lesbiennes sont pourtant arrêtées, emprisonnées ou envoyées en camps de concentration. On trouve dans Zeit der Maskierung le récit de Lotte Hahm, une des plus grandes militantes lesbiennes berlinoises, arrêtée avant la guerre et envoyée en camp de travail pendant plusieurs années en raison de ses activités, entre autres la gestion d'associations et de clubs.

La présence de blocs réservés aux lesbiennes est attestée dans certains camps, comme à Bützow (ex-R.D.A.) où les lesbiennes étaient maltraitées et humiliées. Les SS incitaient les prisonniers du camp à les violer. Dans le camp de femmes de Ravensbrück, les lesbiennes portaient un triangle rose avec le sigle «LL» (Lesbische Liebe, amour lesbien) (3). Mais le plus souvent, les lesbiennes portent le triangle [noir] des «asociales». Ce terme désigne tous ceux qui ne se conforment pas aux normes; il comprend les sans abris, les chômeurs, les prostituées [...].

Contraintes à la prostitution

Claudia Schoppmann rapporte le témoignage d'un homosexuel (4), Erich H, qui a rencontré Else (on ne connaît pas son nom de famille) dans un camp. Elle travaillait à Potsdam comme serveuse et vivait avec son amante. Elle est arrêtée apparemment en raison de son homosexualité mais est enregistrée à Ravensbrück comme «asociale». Elle est ensuite emmenée au camp de Flossenbürg où la plupart des prisonniers sont des hommes «asociaux» ou «criminels». C'est au bordel du camp qu'ils se rencontrent, en 1943. Des bordels sont en effet mis en place, à partir de 1942, dans bon nombre de camps de concentration. On y voyait le moyen d'accroître l'efficacité des travailleurs forcés dans l'industrie de l'armement. D'après Claudia Schoppmann, Himmler considérait aussi les bordels comme un moyen de combattre l'homosexualité masculine.

Un grand nombre de prisonnières sont forcées d'entrer dans les bordels des camps. D'après Erich H «les nazis aimaient tout particulièrement faire travailler des lesbiennes dans les bordels. Ils pensaient que ça les remettait dans le droit chemin.» Après avoir passé plusieurs mois au bordel de Flossenbürg, on pense qu'Else a ensuite été déportée dans un camp d'extermination (Auschwitz) et qu'elle y est morte. C'était en effet le sort réservé au bout de six mois à toutes celles qui étaient envoyées dans les bordels.

Si elles ont le malheur d'être juives, les lesbiennes sont évidemment particulièrement menacées. Claudia Schoppmann évoque le cas d'Henny Schermann internée en mars 1940 et de Mary Pünjer internée en octobre 1940, toutes deux à Ravensbrück. Elles sont sélectionnées par Friedrich Mennecke, qui les déclare «indignes de vivre», comme des dizaines de milliers d'autres «patients». Le «diagnostic» d'Henny Schermann la décrit ainsi: «lesbienne compulsive; fréquentant seulement ce genre de bars et de clubs. N'utilisait pas son prénom Sara. Juive apatride (5).» Quant à son avis sur Mary Pünjer: «Lesbienne très active. Fréquente sans cesse les clubs lesbiens et s'exhibe avec ses congénères.» Elles sont envoyées à la chambre à gaz au début de 1942.

Combien de lesbiennes ont-elles été tuées comme elles sous le IIIe Reich? Combien ont été violées, combien ont dû se cacher parce qu'elles étaient lesbiennes? La lesbophobie, qui n'est pas une prérogative du IIIe Reich, rend aujourd'hui toute évaluation impossible. Pourtant, il serait dangereux de minimiser la persécution des lesbiennes, sous prétexte qu'elle a été effacée par leurs tortionnaires et par l'Histoire. (...)

1/Lire aussi les travaux en allemand de la sociologue Ilse Kokula
2/ Days of Masquerade: Life stories of lesbians during the Third Reich
3/ Ilse Kokula, Der Kampf gegen Unterdrückung, Verlag Frauenoffensive
4/ Tiré de Ganz normal anders. Auskünfte schwuler Männer aus der DDR de Jürgen Lemke
5/ A partir de 1941, tous les juifs sont déchus de la nationalité allemande

Texte : Edna Castello pour 360° Magazine, octobre 2004.

Illustration : L'idéal féminin du IIIe Reich. "La fiancée du paysan", toile de Sepp Hilz. (orig : L'Art Nazi, A. Guyot et P. Restellini, Editions Complexe 1996).

Hygiène sexuelle et mesures antihomosexuelles

Dès 1928, le parti nazi a défini sa position sur l'homosexualité. Hans Perter Bleuel rapporte dans son livre "La Morale des Seigneurs" (Editions Belfont) plusieurs mesures prises par le régime nazi : l'interdiction de toute activité publique de la Fédération des Droits de l'Homme qui s'était faite le porte-parole de la minorité homosexuelle et, à l'automne 34, le fichage systématique des homosexuels connus. La voie était ouverte à la dénonciation et à l'arbitraire.

En 1936, le 11 novembre,en référence à la Nuit des longs couteaux, Hitler affirme dans une allocution sur les dangers racio-biologiques de l'homosexualité que, lorsqu'ils se sont présentés, "nous n'avons pas hésité à abattre cette peste par la mort, même entre nous". Le 26 janvier 1938, Goebbels attaquant l'immoralité de l'Eglise catholique déclare : "En 1934, des personnes qui voulaient faire dans le parti ce qui se fait dans les couvents ou entre prêtres, c'est à dire répandre cette immoralité à l'intérieur, furent tuées... Comme nous devrions être reconnaissants au Führer d'avoir extirpé cette peste !" Et Hitler d'ajouter, le 30 janvier 1939, "il y a cinq ans, quelques membres du parti se souillèrent de fautes infamantes et pour leurs crimes ils furent fusillés."

L'utilisation du fameux paragraphe 175 avait causé quelques torts mais rien de comparable avec les condamnations qui suivirent l'arrivée au pouvoir des nazis et l'affaire Röhm. En 1933, on dénombre 835 victimes de son application. En 1934 - après l'affaire Röhm - 948, 5321 en 1936 et 24 450 en 1939, qui allèrent en camp de concentration. Les condamnations légales vont baisser dans les années qui suivent, non par libéralisme mais par changement de méthodes - plus expéditives. Himmler, réorganisateur de la Gestapo, qui les employait avant guerre les "perfectionna" dans son ministère. L'exécution des "dégénérés" toucha aussi l'armée sans autre forme de procès.

Le terrain avait été préparé par les idéologues nazis - secondés par les attaques venues d'URSS. R. Diels, fondateur de la Gestapo, rapporte dans ses mémoires qu'Hitler voyait la vraie cause de la décadence de la Grèce antique dans la pédérastie. Le docteur Rudolf Klare, voix officielle du parti nazi pour les affaires homosexuelles, rappelle dans son livre "Homosexualité et Droit Pénal" que "les dégénérés doivent être éliminés pour la pureté de la race". Il réclamera par ailleurs une maison de correction pour les lesbiennes. Dans "Les Homosexualités et le Châtiment", il précise aussi que "seule une sévérité impitoyable peut amener la pureté". Hans Franck, le responsable de la Justice, déclarait : "Il convient d'attacher une attention particulière à l'homosexualité qui est l'opposé même de la communauté nationale normale. L'homosexuel incarne la négation de la communauté, le contraire de ce qu'elle doit être pour perpétuer l'espèce. Il est clair que l'homosexuel ne peut mériter la clémence."

En septembre 1935, un an après l'assassinat de Röhm, les lois de Nuremberg vont "protéger la nation allemande jusqu'à la fin des temps" en préservant le sang allemand de toute contamination. La "loi de protection du sang et de l'honneur allemands" punit y compris l'intention homosexuelle. Ce paragraphe 175 élargi ne sera supprimé en Allemagne qu'en... 1964. On comprend peut-être mieux le peu de témoignages des Triangles Roses qui, persécutés sous les nazis, seront encore interdits après la Libération par les Alliés...

La répression anti-homosexuelle s'inscrit dans le cadre général de l'idéologie nazie, symbolisée par le slogan : "Eglise-Cuisine-Enfants". Le livre "Hygiène Sexuelle" de Max von Grüber, voix autorisée du nazisme, est révélateur de la volonté hétérosexuelle du fascisme. Dès 1927, il condamnait l'homosexualité, la masturbation et écrivait que "les rapports sexuels prenaient place dans le mariage... Le but du mariage est la procréation des enfants et leur éducation. La croissance de la nation exige du mariage de produire au moins quatre enfants". Sous son influence, rapporte encore Rictor Norton, 41 centres de recyclage préparaient 215 000 professeurs à la propagation de ses théories, utilisant comme abécédaire le livre "Hygiène Raciale". Dans la même optique, une série de mesures furent prises par le régime nazi, en particulier les "crédits matrimoniaux"; on créa des fermes d'élevage, véritables haras humains, les "fontaines de vie", usines à produire de purs aryens (13 en 1944). Gertrude Scholtsklik, présidente de l'association des femmes, déclarait : "La femme allemande doit être telle qu'elle fait, et fait joyeusement, tout ce qu'il lui est demandé de faire".

Source : Histoire d'un génocide oublié, Jean-Pierre Joecker, Editions Persona, Paris, 1980.

Négation, dénégation : la question des triangles roses

On ne saurait, à proprement parler, évoquer un quelconque négationnisme en ce qui concerne l'histoire de la déportation des homosexuels par les nazis, tant cette histoire a été essentiellement tue, oubliée, différée. En cela, elle a été moins niée avec toute la force d'une négation qu'esquivée, déplacée, rendue toujours plus impertinente, par l'insidieux d'une dénégation.

A cet égard justement, cette histoire, ou plutôt cette (non-)histoire, apporte peut-être un éclairage nouveau sur la nécessité de la critique du négationnisme actuel et du combat à mener à son encontre. Comme si le rapport douloureux et complexe des communautés homosexuelles à leur mémoire pouvait donner, à un certain niveau, l'image réelle et désolante de ce qu'il adviendrait du rapport des communautés juives à leur propre mémoire, au cas où le projet négationniste parviendrait à ses fins : communautés proscrites dans leurs prétentions mêmes à exister comme telles, communautés usant du signe même de son odieux marquage pour se désigner elles-mêmes – le triangle rose –, signe renvoyant moins lui-même à un savoir qu'à son absence et au seul souvenir de cette absence, communautés enfin vouées à nouveau à la mort dans le silence et dans l'indifférence quand de nouveaux malheurs, certes d'une tout autre nature, s'abattent sur elles — et du sida alors il devrait être question. Comme si, encore, cette (non)-histoire de la déportation des homosexuels marquait l'horizon espéré de toute stratégie négationniste, dans la mesure où la négation, sous couleur de révision, apparaît toujours comme un pis-aller : on essaie de nier le jour où on ne peut plus dénier. Autrement dit, on peut se demander si s'interroger sur cette (non)-histoire n'oblige pas, indirectement aussi, à s'interroger sur le projet même des négationnistes : d'une part, ne doit-on pas penser que la dénégation d'un crime contre l'humanité est, à maints égards, bien pire que sa seule négation, dans la mesure où l'acte de nier, à la différence de celui de dénier, confère encore une existence, bien que toute négative, à l'objet qu'il nie ? D'autre part, et peut-être surtout, ne peut-on pas estimer que le négationnisme, dans la pensée d'extrême-droite, n'est qu'un objectif tactique, mais que le véritable but stratégique est de parvenir à rendre possible une véritable dénégation, c'est-à-dire de véritablement tuer la mémoire et l'histoire ?

C'est seulement, en effet, du fond d'une part d'une histoire positive, constituée d'archives, de témoignages, de recoupements, de décomptes, et d'autre part d'une mémoire vive qui la nourrit autant qu'elle repose sur elle, que l'on peut affirmer : ces prétendus révisionnistes n'en sont point, ce ne sont que de purs et simples négationnistes. Et cette démarche est la bonne, aussi bien historiquement que politiquement. Mais à regarder de plus près la technique d'argumentation de M. Faurisson et consorts, on remarquera qu'il s'agit en fait moins là d'une technique de négation que, justement, d'un travail de dénégation, ou plus exactement d'un travail tendant à rendre possible à terme la dénégation : mise en doute systématique de tout fait positif, renvoi continu au camp adverse de la charge de la preuve, exigence hyperbolique concernant cette même preuve, primat exorbitant accordé à la critique sceptique au détriment de toute détermination historique, recherche maniaque des erreurs possibles dans l'établissement des faits, bref sapage des fondements mêmes de tout savoir positif à partir d'une perversion des moyens d'investigation propres à ce même savoir. Les négationnistes disent moins, en tout cas quand ils cherchent un tant soit peu de respectabilité, "la Shoah n'a pas eu lieu" que "nous n'en savons rien et on ne pourra pas le savoir, donc rien ne sert d'en parler". La logique d'une telle démarche est claire : permettre, pour rendre le discours d'extrême-droite à nouveau respectable ou tout au moins audible, à la dénégation de la Shoah de pouvoir résister à l'épreuve du réel qu'offre la science historique. En bref : faire de la mémoire de la Shoah l'analogue de la mémoire de la déportation des homosexuels, la mémoire morte d'une (non)-histoire.

A rebours, on doit donc se demander si la lutte contre le négationnisme n'aurait pas tout intérêt à la fois à comprendre comment un tel silence sur le sort des homosexuels sous le Troisième Reich a pu être possible pendant près de cinquante ans autant dans nos démocraties occidentales que dans les pays de l'Est, et à chercher à le conjurer aujourd'hui par la constitution d'une histoire digne de ce nom sur la question. Car on ne défend pas la mémoire en acceptant qu'elle demeure hémiplégique, comme on ne saurait prétendre édifier une histoire scientifique du nazisme en la condamnant à demeurer partielle. Le nazisme fut un système global de répression et de "purification" de la vie sociale ; son histoire doit l'être autant.

1. Ce que nous savons

Avant de réfléchir sur les raisons de la dénégation et du silence qui ont régné de l'après-guerre à nos jours sur le massacre de milliers d'homosexuels par les nazis, il est nécessaire de rappeler le peu que l'on peut et que l'on doit savoir, en dépit du peu de documents, de témoignages et d'études disponibles, particulièrement en France[1]. On ne peut, certes, fournir aujourd'hui de chiffres exacts sur l'ampleur des persécutions, sur le nombre des déportés « triangles roses » et sur le nombre des homosexuels morts dans les camps. Il est d'ailleurs probable, eu égard aux lacunes des sources, que des chiffres précis ne pourront jamais être établis. Pour autant, les quelques travaux d'historiens sérieux dont on dispose sont suffisants pour rappeler un certain nombre de faits et d'approximations fiables quant à l'ampleur et à la systématicité des exactions commises à l'égard des homosexuels.

Il est d'abord évident que l'on ne saurait, à propos des homosexuels, parler de "solution finale" ou même d'extermination systématique. On relèvera à cet égard quatre traits distinctifs :

- Premièrement, le nombre d'homosexuels morts dans les camps est de toute évidence sans rapport avec le nombre de juifs qui y furent exterminés. Le chiffre extravagant de plus d'un million d'homosexuels morts dans les camps a été propagé sans aucun fondement[2]. En regard du nombre d'homosexuels en Allemagne dans les années 30, que l'on peut grossièrement évaluer entre 500 000 et un million, les études sérieuses dont on dispose estiment le nombre d'homosexuels internés dans les camps à environ 10 000 (en tout cas dans une fourchette allant de 5 000 à 15 000), dont 60% environ n'ont pas survécu (soit entre 3 000 et 9 000 morts, probablement autour de 6 000)[3]. A ces chiffres, il conviendrait d'en ajouter d'autres, que nous ne sommes pas en mesure de préciser ici : la politique nazie de lutte contre l'homosexualité fit des victimes hors des camps, en particulier dans l'armée en temps de guerre[4]. Il est également probable qu'un certain nombre d'homosexuels – mais combien ? – furent assassinés dans le cadre de l'extermination des malades mentaux. Même à défaut d'avancer un chiffre pour ces deux catégories, il n'en demeure pas moins que le nombre total d'homosexuels morts en raison de leur homosexualité est de l'ordre, au minimum, d'une dizaine de milliers, et au maximum de quelques dizaines de milliers. C'est, aussi bien en valeur absolu que proportionnellement, incomparable avec le fait de la Shoah[5].

- Deuxièmement, il n'y eut pas de décision ou de décret explicite visant à organiser la liquidation physique de tous les homosexuels, en ce sens pas d'équivalent à la nuit de Wannsee ou à un Nacht und Nebel Erlass . Dans la panoplie de mesures mises en oeuvre pour “éradiquer” l'homosexualité, la justice pénale continua de jouer un rôle prépondérant et l'internement en camp ne fut pas, loin s'en faut, systématique. Nombre d'homosexuels furent condamnés à de lourdes peines de réclusion, mais seule une fraction d'entre eux fut envoyée en camp à l'issue de leur peine de prison[6]. On sait ainsi, d'une part, que de 1933 à 1943 les tribunaux (hors tribunaux militaires) condamnèrent pour homosexualité entre 50 000 et 63 000 personnes; d'autre part que la Gestapo, pour les seules années 37 à 39, traita environ 95 000 dossiers d'homosexuels, dont 25 000 furent ensuite condamnés, et enfin que différentes administrations ou institutions, locales comme centrales, détenaient des fichiers recensant de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers d'homosexuels. Ces chiffres recouvrent pour partie les mêmes personnes, mais on peut toutefois affirmer qu'au minimum une centaine de milliers d'homosexuels furent à un moment ou à un autre identifiés comme tels par l'appareil répressif nazi. En regard de ce chiffre, celui de 5000 à 15000 déportés montre à l'évidence, tout comme d'ailleurs la multiplicité des fichiers mais l'absence de fichage systématique au niveau central, que les nazis ne s'engagèrent pas, à l'encontre des homosexuels, dans la voie de l'extermination systématique. Contrairement à l'appartenance religieuse ou ethnique pour les juifs et les tziganes, l'orientation sexuelle à elle seule, c'est à dire indépendamment des actes de la personne, ne signifiait pas automatiquement la mort, et le rôle des camps s'inscrivait dans un répertoire de sanctions graduées, procédant ainsi davantage d'une logique de contrôle social – incluant le cas échéant l'anéantissement physique – que d'une logique d'épuration raciale – exigeant systématiquement l'anéantissement physique.

- Troisièmement, toujours dans cette logique, il faut noter que les homosexuels déportés ne furent pas, de façon expresse, envoyés dans les "camps d'extermination" (les camps classés III dans la classification nazie du 2 janvier 1941). Classés originellement parmi les droits communs, ils furent répartis, de façon assez indéterminée, dans les trois niveaux de camps, mais majoritairement dans les camps situés sur le territoire du Reich, qui n'étaient pas des camps d'extermination. En ce sens, à la différence des Juifs et des Tziganes, la déportation des homosexuels ne conduisait pas aux chambres à gaz.

- Quatrièmement, enfin, la politique anti-homosexuelle nazie ne visa jamais à traquer tous les homosexuels d'Europe. Elle concerna par principe les homosexuels allemands ou considérés comme allemands dans les territoires annexés ou rattachés au Reich – tels entre autres les autrichiens, les alsaciens et certains lorrains[7]. L'homosexualité, pour les mêmes raisons qui justifiait aux yeux des nazis qu'elle fut combattue dans les populations allemandes, n'avait pas à l'être au sein de populations non-allemandes, dont elle ne pouvait que contribuer à précipiter le déclin.[8] Les homosexuels non-allemands ne furent expressément visés par la répression nazie qu'en cas de relations impliquant un ou des partenaires allemands.[9]

Que l'on ne puisse, donc, parler de "solution finale" ou de "génocide" à l'égard des homosexuels ne minimise en rien l'horreur du crime commis à leur encontre. Il s'agissait bien, là aussi, d'un "crime contre l'humanité", commis là aussi au nom de la défense de la race (dans l'imaginaire nazi, les Juifs et les Tziganes menaçaient la race aryenne de corruption, les homosexuels la menaçaient d'extinction), et commis là encore dans un luxe inouï de barbarie. D'après les rares témoignages qui sont aujourd'hui accessibles, il semblerait que les homosexuels connurent dans les camps des humiliations et des exactions, de la part des nazis et des kapos, voire de certains autres déportés, parfois bien supérieures à celles des autres déportés : viols, coups, exclusions, défiance généralisée, expérimentations médicales (notamment la monstrueuse et particulièrement létale castration par rayons X, ou encore les traitements aux hormones) ; et il semblerait ainsi que bien peu d'entre eux purent sortir vivant des camps[10]. Même si le crime commis à l'encontre des homosexuels fut quantitativement et systématiquement "moindre" que celui commis à l'encontre des juifs et des tziganes (car, aussi douloureux que cela puisse être, on ne combat pas le négationnisme en refusant les distinctions, même dans l'horreur), on ne saurait donc le considérer comme un "détail de l'histoire", comme ce fut pourtant globalement le cas dans l'historiographie officielle de ces cinquante dernières années. On sait bien d'où vient l'expression de "détail de l'histoire", et on sait tout aussi bien à quel résultat elle mène et sur quelle logique elle repose.

2. Racines et relais d'une dénégation

Pour comprendre l'attitude de dénégation de la déportation homosexuelle, de la simple ignorance jusqu'aux réactions violentes de rejet à l'égard des rares et souvent tardives tentatives de survivants ou d'associations homosexuelles pour revendiquer la reconnaissance de la déportation des triangles roses, il importe en premier lieu de considérer que la criminalisation de l'homosexualité, ou à tout le moins sa pathologisation, a fait l'objet avant comme après le Troisième Reich d'un puissant consensus social. La permanence dans la société allemande, pour ne parler que d'elle, des réflexes de rejet “épidermique”, mais surtout de l'idée d'un péril homosexuel (pour l'État, pour la Nation, pour la jeunesse, pour la morale) qui justifierait sa répression par la puissance publique, a ainsi conféré à la politique de persécution menée par les nazis un caractère quasi anodin. Les homosexuels, déjà criminalisés sur le plan juridique, clandestins socialement ou diffamés publiquement dès qu'ils devenaient visibles, purent être persécutés à la fois discrètement et sans que, de toute manière, cela choque grand monde et soit susceptible de provoquer des résistances dans la population.

Il en va de même après la guerre : dès lors que la répression publique de l'homosexualité faisait toujours consensus, le sort des homosexuels sous le Troisième Reich, quelle que fut par ailleurs la condamnation des méthodes concentrationnaires, se dilua dans celui des détenus de droit commun. Le fait que les nazis s'en fussent pris aux homosexuels en tant que tels n'avait en quelque sorte rien de national-socialiste en soi, sinon par la violence des méthodes employées, et paraissait comme pleinement justifié et non spécifique sur le fond. La doctrine nazie en matière d'homosexualité, si elle sut intégrer et exploiter l'argumentaire et les réflexes homophobes traditionnels, ne se réduisit pourtant ni dans son discours, ni dans ses pratiques, à un simple héritage. Sans déboucher sur une “solution finale”, le national-socialisme n'en formula pas moins une véritable “question homosexuelle” qui représentait non une préoccupation marginale, mais bien un enjeu majeur, obsessionnellement développé dans le discours, de la mise en oeuvre du contrôle sexuel sur lequel reposait le projet de régénération de la communauté raciale. C'est pourtant ici sur les continuités qu'il faut insister : le passage de la condamnation de l'homosexualité du domaine de la morale publique à celui de l'hygiène raciale fut aisé. Un examen succinct des dispositions juridiques anti-homosexuelles et du discours homophobe dominant dans l'Allemagne d'avant 1933, puis de l'apport proprement national-socialiste, enfin de son héritage dans les deux États allemands après 1945, met en lumière quels principaux mécanismes d'exclusion contribuèrent à effacer le crime après avoir contribué à le permettre.

2.1. 1871-1935 : le § 175, première version

Si la répression de l'homosexualité, à l'origine de nature avant tout religieuse, est repérable depuis le Moyen-âge,[11] sa codification juridique moderne remonte, pour l'Allemagne, à l'instauration d'un code pénal unifié lors de la création de l'Empire en 1871. Principal instrument et symbole pendant plus d'un siècle d'une criminalisation des relations homosexuelles masculines entre adultes consentants, le §175 du nouveau code prévoyait, jusqu'à ce qu'il soit reformulé dans un sens plus répressif par les nazis en 1935, que “la débauche contre-nature, telle que pratiquée entre des personnes de sexe masculin, ou entre des personnes de sexe masculin ou féminin et des animaux, est passible d'emprisonnement. La dégradation civique peut également être prononcée.”

Au cours de l'élaboration de ce nouveau code, la pertinence d'une appréhension pénale de l'homosexualité fit débat. Alors que certains Länder disposaient déjà d'une législation de ce type et souhaitaient la voir étendue, un autre courant, ouvert à l'émergence d'un discours médical et psychiatrique sur la question, tenta de plaider, en vain, la compétence du médecin contre celle du juge. Le parti de la criminalisation, qui comprenait notamment le royaume de Prusse, fit prévaloir un argument politique promis à une très longue carrière : “même dans l'hypothèse où la suppression de cette disposition pénale pourrait être légitimée du point de vue de la médecine (…), la conscience que le peuple a du Droit ne condamne pas ces actes comme un simple vice, mais comme un crime (…) ; le législateur ferait une erreur blâmable de soustraire de la loi pénale la condamnation des personnes qui pêchent d'une telle manière contre la loi naturelle.[12] Ce type de recours aux sentiments, à la conviction profonde ou à l'instinct d'une opinion publique majoritaire ou supposée telle, érigé à l'occasion en principe supérieur aux lois ou à la raison scientifique, est une constante dans les discours répressifs tout au long du XXè siècle, de l'extrême droite au mouvement ouvrier révolutionnaire. Là où la justice nazie se réclamait en dernière instance, par delà les lois, du gesundes Volksempfinden, sorte de saine conscience instinctive que le peuple a de toute chose, le pouvoir communiste en RDA, quant à lui, justifiait dans les années 50 le maintien de l'héritage juridique de 1871 et d'une partie de l'héritage nazi de 1935 en invoquant le risque d'une Verletzung des Sittlichkeitsgefühls der Werktätigen – le risque de “blesser” le “sentiment moral des classes laborieuses”.

Avant 1933, toutefois, la jurisprudence restreignait l'application § 175 aux seules pratiques sexuelles “analogues au coït”, dont il était difficile d'apporter la preuve si elles avaient lieu en privé et sur la base d'un consentement mutuel. Sans être négligeable, le nombre des condamnations se limitait à quelques centaines par an. L'effet le plus ravageur du § 175 était d'exposer en permanence les homosexuels, réduits à la clandestinité, aux tentatives de chantage de la part de partenaires peu scrupuleux.[13] Dans le domaine public, le § 175 devint une arme très efficace en politique pour diffamer et neutraliser l'adversaire par la menace d'un procès. Les “scandales homosexuels” défrayèrent régulièrement la chronique, de l'affaire Krupp[14]. à l'affaire Röhm, exploitant et entretenant les préjugés homophobes de l'époque.

Dans le même temps, et surtout à partir de l'instauration de la république, une importante subculture homosexuelle se développa dans les grandes villes et un mouvement anti-discrimination s'organisa avec pour premier objectif l'abrogation du § 175. L'impact et la visibilité de cet engagement furent suffisamment importants pour amener les partis politiques influents à se positionner. En 1929-1930, la commission parlementaire chargée d'élaborer une refonte du code pénal se pencha sur le § 175 et en proposa, sur l'impulsion en particulier des communistes, relayés par des sociaux-démocrates et une partie du centre et des libéraux, la suppression pure et simple. La réforme n'eut pas le temps d'aboutir, mais le débat qu'elle avait suscité fut l'occasion pour le NSDAP d'annoncer ses positions ultra-répressives en la matière : “(…) quiconque songe à des amours entre deux hommes ou deux femmes est notre ennemi. Nous refusons tout ce qui émascule notre peuple et en fait le jouet de ses ennemis, car nous savons que la vie est une lutte, et que c'est folie de penser que les hommes soient un jour tous frères. Le droit est celui du plus fort. Et le plus fort s'imposera toujours au plus faible. Nous sommes aujourd'hui les plus faibles, mais faisons que nous redevenions les plus forts! Nous n'y parviendrons que par la discipline des moeurs. Nous rejetons donc toute débauche, avant tout les amours entre hommes, car elle nous déroberait notre dernière chance de jamais libérer notre peuple des chaînes de l'esclavage qui l'accable.” [15] De même, un article paru en 1930 dans le Völkischer Beobachter, organe du NSDAP, en réaction à la proposition d'abrogation du § 175 évoquée précédemment, fait figure de programme : “(…) mais ne croyez pas que nous, allemands, laisserons de telles lois un seul jour en vigueur quand nous auront accédé au pouvoir... Sans tarder, nous qualifierons juridiquement toutes ces pulsions malignes qui, nées d'âmes enjuivées, contredisent le dessein divin de la Création par des relations physique avec des animaux, des partenaires incestueux ou du même sexe. Nous les qualifierons pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire de répugnantes aberrations dignes des Syriens, des crimes de la plus grave espèce, que l'on doit appréhender par la corde ou le bannissement”.[16]

L'engagement des communistes et des sociaux-démocrates contre le § 175 fut de courte durée.[17] Rapidement, face à la montée en puissance du NSDAP, puis ensuite dans l'exil, les communistes comme les sociaux-démocrates n'hésitèrent pas à sacrifier leurs positions libérales au profit d'une propagande violemment homophobe jugée plus populaire. La figure de Röhm fournissait une cible idéale que la presse de gauche, notamment social-démocrate, attaqua sans discontinuer de 1931 à 1933, reprenant à son compte l'argumentaire anti-homosexuel des nazis eux-mêmes pour dénoncer la duplicité du NSDAP. Le discours antifasciste, particulièrement dans l'exil, continua de façonner une véritable légende du nazi homosexuel et de l'homosexuel nazi[18], sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir, et qui rendit peu audible dans l'après-guerre la voix des quelques rares antifascistes qui tentèrent de renouer avec la tradition émancipatrice qui avait prévalu un temps sous Weimar.

2.2 La version national-socialiste du § 175

Les nazis entreprirent dès 1933 – et non après la “nuit des longs couteaux”, comme il a pu souvent être dit – leur travail de terreur à l'égard des homosexuels, fermant les bars, interdisant toute organisation, orchestrant de massives campagnes de propagande anti-homosexuelle, et surtout multipliant les razzias de police et les exactions physiques dans les lieux de rencontre. Sur un plan juridique, la mainmise des nazis sur la justice permit une application zélée d'abord du § 175 existant, puis d'une nouvelle version à compter de 1935.

La nouvelle législation stipulait désormais :

§ 175

(1) Un homme qui se livre ou se prête à des actes de débauche contre-nature avec un autre homme est passible d'une peine d'emprisonnement.

(2) Envers l'un des prévenus, dans le cas où celui-ci est âgé de moins de 21 ans au moment des faits, et à condition que les faits qui lui sont reprochés soient de nature particulièrement bénigne, le tribunal peut renoncer à prononcer une peine.

§ 175 a

Est passible d'une peine de réclusion pouvant aller jusqu'à 10 ans, ou d'une peine de détention d'un minimum de 3 ans en cas de circonstances atténuantes :

(1) Un homme qui contraint un autre homme à se prêter ou à se livrer à des actes de débauche contre-nature par la violence ou en exerçant une menace effectivement susceptible de porter atteinte à l'intégrité physique ou à la vie de ce dernier.

(2) Un homme qui convainc un autre homme de se prêter ou de se livrer à des actes de débauche contre-nature en abusant des liens d'autorité, de dépendance contractuelle ou de supériorité hiérarchique qui l'unissent à ce dernier.

(3) Un homme âgé de plus de 21 ans qui détourne une personne de sexe masculin de moins de 21 ans en tant qu'il se livre ou se prête avec cette personne à des actes de débauche contre-nature.

(4) Un homme qui se livre ou se prête à des fins vénales à des actes de débauche contre-nature, ou qui racole à cette fin.

Ce nouveau texte, combiné à une réinterprétation en particulier de la notion de “débauche”, durcissait considérablement la pratique judiciaire. Nous retiendrons ici deux conséquences majeures de cette évolution :

- En premier lieu, l'élargissement du champ des actes réprimés par la loi : il n'était plus besoin de prouver l'accomplissement d'”actes analogues au coït”, ni qu'il y ait “accomplissement” (éjaculation). Devenaient ainsi répréhensible tout acte à caractère sexuel (masturbation réciproque ou non, toutes formes d'attouchements, baisers, caresses, etc.), y compris ce qu'on pourrait désigner comme des comportements d'approche : propositions, paroles, gestes ou regards considérés comme équivoques. En outre, le § 175 simple s'appliquait désormais aux mineurs de moins de 21 ans, le tribunal pouvant toutefois renoncer à prononcer une peine.

- En second lieu, parmi les qualifications aggravantes introduites par le § 175a, on notera celle prévue à l'alinéa 3 : contrairement aux deux premières, qui protégeaient une victime non-consentante, celle ci punissait très lourdement des relations entre partenaires consentants. Cette disposition n'épargnait d'ailleurs pas des poursuites au partenaire de moins de 21 ans, qui tombait sous le coup du § 175 simple. Pour le partenaire majeur, outre la peine de réclusion, un casier judiciaire comportant une condamnation au titre du § 175a augmentait fortement la probabilité d'une “détention préventive” ultérieure en camp de concentration.

2.3 Le maintien du § 175 de 1935 dans l'après-guerre

Après 1945, les homosexuels allemands n'encouraient plus le péril mortel des camps, mais n'en demeurèrent pas moins considérés comme des criminels par la loi autant que par la masse de la population. A l'Ouest comme à l'Est, l'homosexualité demeura un délit, en sorte que les triangles roses survivant ne purent faire valoir leur droit à être reconnus comme anciens déportés et victimes du national-socialisme.

La RDA abrogea en 1950 le § 175 simple de 1935, mais au profit d'un retour à sa formulation antérieure de 1871, et décida de maintenir le § 175a introduit par les nazis. L'application de cette législation anti-homosexuelle semble toutefois avoir été assez limitée. L'homosexualité fut, en RDA, moins activement réprimée, sauf à être ostensiblement affichée, que totalement passée sous silence. Mais la menace de la loi, le contrôle exercé par le parti et l'État sur tout média d'expression publique ainsi que sur toute forme d'organisation, enfin la muette injonction au silence qu'intimait aux homosexuels la pesante morale sexuelle socialiste des années 50, furent autant d'éléments qui dissuadèrent les anciens triangles roses de témoigner, serait-ce même en privé, et qui en tout cas les privèrent des moyens de le faire publiquement. Une réforme du § 175 intervint en 1968 et dépénalisa l'homosexualité entre adultes consentants, tout en maintenant une discrimination entre homosexuels et hétérosexuels en matière de majorité sexuelle. Ce ne fut qu'à la fin des années 70 et surtout dans les dernières années de la RDA que purent émerger timidement quelques groupes homosexuels, pour certains “abrités” par l'Église évangélique. Un certain engagement du pouvoir dans la deuxième moitié des années 80 en faveur d'une meilleure “intégration des homosexuels dans la société socialiste” se traduisit finalement par la suppression en 1988 des derniers vestiges du § 175, faisant disparaître toute forme de distinction homo/hétérosexuel du droit de la RDA. L'amorce d'un mouvement homosexuel toléré par le régime, cas au demeurant unique dans les pays de l'Est, permit à quelques groupes d'entreprendre, à une échelle très modeste, de constituer des fonds d'archives, de recueillir des témoignages et d'interroger l'histoire locale de leur communauté.

En RFA, si le système politique et économique permit en particulier à des groupes ou encore à une presse homosexuelle d'exister discrètement dès après la guerre, la situation juridique fut encore pire qu'en RDA, puisque la RFA, en dépit d'un avis défavorable des puissances occupantes, reprit sans modification dans son code pénal et maintint jusqu'en 1969 la version national-socialiste du § 175. Le paragraphe ne resta pas inutilisé dans une Allemagne s'employant, sous la houlette de sa majorité chrétienne-démocrate, de commuer les séquelles du passé nazi en respectabilité conservatrice. Des procès pour homosexualité eurent lieu dans les années cinquante au cours desquels des rescapés triangles roses furent condamnés à la prison sur la base de la même loi qui les avaient précédemment conduit dans les camps, et parfois par les mêmes juges. Les différents recours en cassation ou jusque devant la cour constitutionnelle déposés par les prévenus ou par des associations, furent systématiquement rejetés. Dans un arrêt de 1957, la cour constitutionnelle statua sur le caractère “non-typiquement national-socialiste” du paragraphe instauré en 1935, et reprit pour en justifier la maintien une série de thèses développées à l'époque par les juristes nazis.[19] Plusieurs tentatives de réforme législative, portées par l'opposition social-démocrate et par les libéraux, échouèrent de la même façon devant la très ferme volonté des gouvernements Adenauer puis Erhard de maintenir le paragraphe[20]. Ce n'est que grâce à l'éviction des chrétiens démocrates qu'une réforme en deux temps put avoir lieu en 1969 et 1973, comparable à celle de 1968 en RDA, et ce n'est qu'en 1994, après la réunification et à l'instar de la réforme de 1988 en RDA, que disparurent les dernières dispositions discriminatoires relatives à la majorité sexuelle.

3. Hypothèses sur les raisons d'une dénégation

On ne saurait comprendre la logique et l'accroissement des thèses négationnistes d'aujourd'hui sans la lier, d'une façon ou d'une autre, à certaines formes d'antisémitisme et au renouveau spectaculaire des groupes d'extrême-droite ces quinze dernières années. De la même façon, on ne saurait comprendre la dénégation qui effaça pendant près de cinquante ans de la mémoire historique et collective le crime que les nazis commirent à l'égard des homosexuels sans la lier à une homophobie globale et persistante, malgré la guerre, dans la plupart des pays occidentaux. Mais c'est sans doute là où la question de cette dénégation croise de la façon la plus intriguante la question du négationnisme actuel : une telle dénégation n'eut pas besoin de la remontée récente des groupes d'extrême-droite pour s'imposer, comme "naturellement", dès l'immédiat après-guerre. Autrement dit, la dénégation de crimes contre l'humanité, et c'est sans doute là sa dimension la plus pernicieuse, n'eut même pas besoin d'une extrême-droite forte pour exister. Ce qui donne alors à penser : le principal danger des négationnistes n'est sans doute pas tant qu'ils parviennent à leurs fins explicites, mais qu'ils rendent possibles, au-delà même des succès ou des échecs de la logique politique qui sous-tend leur projet, une nouvelle forme de dénégation de la Shoah, comparable, à un certain niveau, à celle que subit la mémoire des homosexuels. Et c'est aussi en cela que la mémoire de la Shoah a nécessairement partie liée avec celle de la déportation des homosexuels.

Qu'il soit évident que la dénégation de ce crime provienne en grande partie d'une homophobie perdurante n'implique pas que l'homophobie l'explique entièrement. Deux faits objectifs permettent en effet, à un premier niveau, de l'expliquer. D'abord, l'ampleur des crimes commis : il est assez logique que dans l'effarement qui saisit, au moins le grand public, à la libération des camps, une sorte de perception globale du fait concentrationnaire éclipsa le sort spécifique des différentes catégories de déportés, à plus forte raison celui de catégories comme les tziganes et les homosexuels, marginales à la fois sur le plan numérique et social, aussi bien dans qu'à l'extérieur des camps. Pour des raisons autrement complexes et d'ailleurs variables selon les pays, la prise de conscience de la spécificité de la Shoah fut elle-même tardive, mais peut-être d'autant plus écrasante qu'elle avait la violence d'un retour du refoulé. La “découverte” de l'ampleur du crime commis contre les juifs tendit sans doute, là encore, à éclipser la perception de crimes moins “massifs” – mais n'explique pas pour autant que cette éclipse dure encore aujourd'hui. Ensuite et surtout, il est un second fait, celui là propre à la perception du sort des homosexuels, qui tient à l'ambiguïté qui régna longtemps et qui règne encore autour de la question des relations entre nazisme, camps et homosexualité. Il y a là en fait deux problèmes. Le premier, déjà évoqué, est celui qui touche à une certaine image homosexuelle qui colla aux nazis avant leur accession au pouvoir, et plus essentiellement encore après la guerre. Avant, elle était essentiellement due à la fois à la critique de la morale "bourgeoise et bigote" à laquelle avait pu se livrer Hitler dans Mein Kampf, et aux scandales, largement exploités par la presse de gauche, liés à l'homosexualité quasi-déclarée de Röhm. Même si, dès juin 1934, la "nuit des longs couteaux" y mit bon ordre, si l'on peut dire, les milieux antifascistes continuèrent de cultiver cette image au point que l'équation “nazi = homosexuel” devienne un lieu commun bien ancré à la libération et perceptible jusqu'à aujourd'hui. On se souvient des Damnés de Visconti, même si on oublie, généralement et dans le même temps, le sort réservé à la fin du film au héros Martin, jeune nazi homosexuel, et la subtilité avec laquelle Visconti traite de cet engagement nazi. Il n'y a en fait pas grand chose à dire là-dessus, si ce n'est qu'effectivement, oui, il y eut des nazis homosexuels, mais que la façon dont ils purent gérer psychologiquement et matériellement l'homophobie déclarée et virulente du NSDAP n'a aucune importance ici : certains d'entre eux furent exécutés, d'autres non, mais dans tous les cas ce ne furent pas eux les triangles roses. Au moins dès 1934, et ce n'est globalement là qu'une clause de style, il était impossible de se déclarer à la fois nazi et homosexuel.

Le second problème est autrement complexe et délicat car il tient à la fois aux nombreux traumatismes que connurent dans les camps les déportés hétérosexuels, à la suite de viols et d'autres sévices sexuels, et à la rancoeur qu'ils purent parfois conserver contre tous les déportés qui se prostituèrent auprès des Kapos ou des SS pour sauvegarder quelques chances de survie. Mais, premièrement, rien ne dit que ces déportés qui se prostituèrent "homosexuellement" étaient davantage des triangles roses que d'autres types de déportés ; secondement, ces différentes formes de sévices ne furent en rien commises par ces mêmes triangles roses, qui étaient en position de parias parmi les parias dans tous les camps où ils furent déportés ; troisièmement, enfin, il serait odieux d'imaginer que, parce qu'homosexuels, les triangles roses aient pu moins souffrir que les autres déportés des viols et des sévices sexuels qui furent commis à leur encontre[21]. Autrement dit, ici encore, même si ces deux "paramètres objectifs" permettent d'expliquer une certaine éclipse de la déportation des homosexuels dans l'immédiat après-guerre, ils ne permettent en rien de comprendre comment une telle éclipse a pu durer pendant près de cinquante ans.

Il faut donc revenir aux mécanismes de l'homophobie "traditionnelle" pour comprendre comment une telle dénégation a pu se maintenir à ce point et pendant si longtemps. L'histoire de l'homophobie, ici, n'est pas comparable avec celle de l'antisémitisme, au sens où elle n'a pas atteint la violence de l'antisémitisme nazi qui conduisit à la solution finale, mais aussi au sens où, à la fois logiquement et paradoxalement du même coup, elle ne fut jamais levée et continua à être socialement acceptable; moins revendiquée par les nazis —bien que là encore, les discours et les menaces de mort abondent—, elle n'en fut que moins condamnée par la suite. Jusqu'à permettre à l'ancien résistant et à l'ancien collabo de qualifier d'un même élan l'homosexualité —jusque dans la France des années 1960 et 1970!— de "fléau social", expression douloureusement analogue à celle communément utilisée par les nazis de Volksseuche. De ce fait, les homosexuels eurent bien du mal, pour user d'un euphémisme, à se faire reconnaître comme victimes du nazisme, même parmi les anciens déportés. Et le fait est sans doute ici essentiel : on ne lutte pas contre une entreprise de négation ou de dénégation, ou au moins on lutte mal, tant que l'on ne trouve pas d'alliés venant du dehors mais capables de défendre la vérité et la justice à rendre aux victimes, quelles qu'elles soient.

Certes aujourd'hui, et malheureusement mais aussi inévitablement, la mémoire de la Shoah est politiquement défendue grâce au travail que mènent sans relâche les associations et institutions de la communauté juive; tout comme la mémoire des triangles roses est essentiellement défendue par les associations homosexuelles. Mais si les uns se battent contre une négation et les autres contre une dénégation, cela ne peut seulement être imputé à la seule différence de l'ampleur du crime que ces deux communautés ont connu ; on doit aussi admettre que la mémoire de la Shoah fut relayée par nombre de non-juifs libéraux et humanistes, ce qui ne fut pas le cas pour les homosexuels. On parla à Nuremberg du crime contre l'humanité commis à l'encontre des Juifs, non de celui commis à l'encontre des homosexuels. Car, à la rigueur, on aurait continuellement envie de rappeler que ces crimes commis à l'encontre des juifs et des homosexuels furent le fait de non-juifs et d'hétérosexuels et que c'est donc là leur problème et que c'est à eux de le porter. Mais c'est aussi là une pensée de belle âme — il va de soi que c'est d'abord aux juifs et aux homosexuels d'entretenir leur propre mémoire, ne serait-ce que parce qu'ils doivent être (au sens propre) les premiers intéressés à leur auto-conservation en cas de réveil de la "bête immonde". Le problème est alors que pour les homosexuels, cette lutte pour le respect de la mémoire des crimes nazis à leur encontre ne trouva presque aucun écho en-dehors de leur propre communauté, et finalement assez peu au sein même de cette dernière. Or, on ne lutte pas contre la force d'une dénégation avec le seul sentiment de l'injustice subie à son encontre (ou à celle de ses frères — et peu importe ici qu'il s'agisse d'une fraternité de lignage, de religion, de peuple ou de sexe, tant tout sentiment de fraternité s'ancre d'abord dans une subjectivité commune fantasmée). Autrement dit, si la dénégation de l'histoire de la déportation des homosexuels a quelque chose à apprendre à la lutte contre le négationnisme, c'est d'abord ceci : il est essentiel que participent à une telle lutte ceux qui auraient le moins de raisons d'être concernés, les non-juifs, les hétérosexuels. Car eux seuls ont les moyens de faire comprendre qu'il ne s'agit là ni de "shoah-business", ni de "pédé-business", comme le laisserait entendre le discours dominant, auquel participent même certaines associations d'anciens déportés, mais bien de mémoire et de justice. D'où la nécessité d'une histoire positive qui ne considère pas les soit-disants "révisionnistes" comme d'effectifs révisionnistes, c'est-à-dire comme des membres à part entière, comme une simple tendance de plus, de la science historique, mais comme des "négationnistes", c'est-à-dire comme des négateurs de l'idée même d'histoire. D'où, en bref, la nécessité d'une science, fondamentalement neutre, au moins en droit, qui puisse dire le passé, indépendamment de ses propres intérêts subjectifs.

De ce point de vue, il faut donc bien comprendre que l'homophobie latente de la société française (ou allemande) n'explique pas plus, en elle-même, la dénégation de la déportation des homosexuels, que l'antisémitisme n'explique le développement de la pensée négationniste depuis vingt ans. De l'homophobie comme de l'antisémitisme, il y en a toujours eu, et il y en aura toujours ; c'est là le lot de toutes les positions minoritaires, et il n'y a pas en soi à s'en plaindre et à s'en offusquer outre mesure, puisque c'est un fait, presque un principe ethnographique. En revanche le vrai problème est : pourquoi, à un moment donné ou sur une période donnée, les antisémites ou les homophobes commencent à considérer leur discours comme légitime et à prétendre le revendiquer sur la place publique ? Et on peut alors avancer cet élément de réponse : tout est encore question de rapport de forces, ou plus précisément de relais et d'alliances. On ne combattra pas les négationnistes ou les "dénégationnistes" en les traitant simplement d'antisémites ou d'homophobes, car la réponse ne passe pas par eux : en eux-mêmes ils n'importent pas et le but n'est pas de les convaincre eux. La réponse passe par tous ceux qui ne sont ni spécialement antisémites, ni spécialement homophobes, mais qui sont capables d'être convaincus et de travailler pour que justice soit rendue – et les historiens sont ici concernés en tout premier lieu. Que ceux-là servent effectivement de relais et d'alliés —de la recherche fondamentale aux manuels scolaires—, et il s'agit de lutter, on aimerait dire "simplement", contre une négation ; mais qu'ils se dérobent, comme cela a été le cas face à la déportation des homosexuels, et c'est alors contre toute une indéracinable dénégation qu'il faut se battre, trop souvent en vain. Dans cette mesure, la lutte contre le négationnisme n'a qu'un sens : non plus lutter pour la disparition des négationnistes (doux voeu pieux) mais lutter pour qu'ils ne parviennent pas à leur fin, c'est-à-dire lutter pour ne pas avoir à lutter contre bien pire, contre une dénégation. A coup sûr, sur ce point, la (non)-histoire des triangles roses a beaucoup à apprendre aux défenseurs de l'histoire des étoiles jaunes.

4. Les conséquences désastreuses d'une telle dénégation

Lutter contre une dénégation apparaît ainsi proche de la quadrature du cercle : seule cette histoire positive des crimes nazis commis envers les homosexuels apporterait la véritable légitimité qu'on leur dénie dès qu'ils en revendiquent la reconnaissance ; à l'inverse, comme on l'a vu, l'absence de cette reconnaissance est fondamentalement ce qui a permis de différer où d'esquiver depuis cinquante ans la mise en chantier de cette histoire. Faute de ces indispensables alliés en dehors de la communauté homosexuelle, faute de cette objectivation par l'histoire du seul souvenir[22], la déportation des homosexuels est demeurée hors du champ de l'histoire pour ne plus devenir qu'une simple référence interne à la communauté homosexuelle, s'y établissant peu à peu non comme un objet de connaissance et de mémoire, mais comme un emblème de reconnaissance. De la déportation des homosexuels ne subsiste guère que l'omniprésent triangle rose dans l'iconographie gaie, évocation confuse d'un passé méconnu aux fins de s'assurer d'une identité présente. On n'imagine pas que la communauté juive se visibilise en toutes occasions en portant l'étoile jaune : l'étoile de David, symbole traditionnel et religieux, peut s'afficher ou se porter sous toutes ses formes - sauf celle-là. C'était en 1940, tel le roi du Danemark, qu'il fallait la porter sous cette forme, non aujourd'hui. L'étoile jaune a gardé toute sa charge historique et émotionnelle, elle fonctionne comme le symbole le plus lourd et le plus violent de la Shoah, celui qu'on ne peut justement utiliser que pour répondre à la plus grande violence qui puisse être faite aujourd'hui aux morts d'alors : pour protester après la profanation du cimetière de Carpentras, ou de tel mémorial sur le site d'un ancien camp. Les homosexuels peuvent en revanche porter un triangle rose chaque jour en pleine rue, sur un T-shirt ou en pin's au revers de la veste, sans que cela ne fasse scandale pour personne, sauf celui de s'afficher publiquement homosexuel. Mais pour nul passant ce triangle n'opérera spontanément comme un intolérable rappel des crimes nazis à l'égard des homosexuels, que ce passant a au demeurant toute chance d'ignorer complètement. Pour l'homosexuel qui le porte, ce triangle n'exprime pas non plus primairement la douleur du souvenir des homosexuels assassinés il y a cinquante ou soixante ans, ce triangle ne véhicule pas d'abord l'image de la boue et du sang des camps de la mort. Sa signification est médiate, le symbole d'alors ne dit pas “n'oublions jamais” ce qui s'est produit entre 1933 et 1945, mais bien que ce qui s'est produit alors a été si bien ignoré, que depuis tout se passe comme si rien ne s'était passé. Le triangle rose, invention des nazis pour marquer de manière infamante leurs victimes, n'est pas là pour témoigner du passé, mais du présent.

Quand Act Up New York, en 1987, prend pour emblème le triangle rose, retourné pointe en haut pour symboliquement signifier que les homosexuels, décimés par l'épidémie de sida dans l'indifférence générale, reprennent comme une arme qu'on retourne le marquage infamant, et explicite ce rapport par le slogan “le sida est notre holocauste”, il est évident que l'enjeu n'est pas la mémoire des homosexuels exterminés par les nazis, mais une toute autre hécatombe. S'indigner d'une telle analogie et accuser ces activistes d'amalgame et d'insulte envers la mémoire des victimes du génocide, c'est sans doute, quelles que soient toutes les raisons légitimes qu'on peut avoir de souligner les dangers de l'analogie en histoire et en politique, et de son instrumentalisation, vouloir une fois de plus ne pas entendre ; c'est prendre prétexte de ce que l'analogie a effectivement d'historiquement scandaleux pour ne pas voir le vrai scandale historique qu'elle soulève. Plutôt que de s'indigner d'un tel usage de l'histoire, mieux vaut en effet se demander pourquoi et comment la communauté homosexuelle, en 1987, a pu en être réduite à cet usage. A cet égard, sans entrer dans l'examen détaillé du discours des activistes gais d'Act Up, au moins deux remarques s'imposent pour notre propos. La première est que dans le slogan “le sida est notre holocauste”, il y a l'idée non pas tant que le sida répéterait le crime nazi, mais qu'une hécatombe évitable de dizaine de milliers d'homosexuels ne saurait cette fois-ci pouvoir passer inaperçue jusqu'à être ensuite effacée des mémoires. Face à une hécatombe causée par une épidémie que les pouvoirs publics, relayés par toute une société, se gardaient à l'époque de tenter d'enrayer parce qu'elle ne touchait que des homosexuels et autres minorités d'exclus, l'enjeu de la visibilité provocante des malades était de faire que personne ne puisse faire comme s'il ne savait pas, ne puisse se reposer sur un “je n'ai rien su, je n'ai rien vu” justifiant toutes les complicités et lâchetés sans lesquelles, en d'autre temps, les nazis n'auraient pu arriver à leurs fins. Car la communauté homosexuelle, face au sida, s'est retrouvée seule, et c'est là la seconde remarque : la connaissance et la dénonciation du génocide juif n'ont pas fait disparaître l'antisémitisme, mais il y a, pour la communauté juive d'aujourd'hui, un avant et un après Auschwitz quant aux moyens de se défendre contre les nouvelles attaques qu'elle peut subir. L'homophobie a pu, elle, garder la tête haute en dépit du crime commis sous le Troisième Reich. Nulle leçon n'a été tirée de cette histoire-là, nuls alliés ne se lèvent pour défendre la communauté homosexuelle quand, au profit d'un virus, l'homophobie tue en masse en laissant mourir dans l'indifférence, voire en saluant l'aubaine. Il ne fait guère de doute que si l'histoire de la persécution homosexuelle par les nazis avait depuis cinquante ans été perçue dans l'opinion publique et étudiée par les historiens comme un crime contre l'humanité, la communauté homosexuelle n'en serait pas aujourd'hui à faire cet usage d'une histoire des camps dont elle a été exclue. Il ne fait guère de doute non plus que l'homophobie n'aurait pas le même visage ni la même puissance, et qu'une autre histoire, celle du sida, aurait pris un cours différent.

On voit donc bien de quelle façon la lutte contre une telle dénégation, quand elle est menée par ceux-là mêmes qui sont les premiers à en pâtir, finit inévitablement par se mordre la queue, si l'on peut dire. Il n'y a pas de droit à la confusion si l'on veut lutter contre toute forme de dénégation ou de négation, et pourtant les homosexuels d'aujourd'hui se sont trouvés réduits à toutes les confusions s'ils ne voulaient pas mourir dans l'indifférence (Act Up-Paris n'exigeait-il pas encore en 1994, désespérément et contre toute vraisemblance historique, un "Nuremberg du sida" ?[23]). Il n'y a pas non plus d'histoire militante ou partisane, et pourtant les homosexuels se trouvent réduits à s'improviser historiens en écrivant des articles ou des livres sur la question, textes dont on est parfois en droit de se demander s'ils servent davantage "la cause" qu'ils ne la desservent[24]. Mais ce cercle infernal, qui conduit la lutte contre la dénégation à ne faire que nourrir ce contre quoi elle se bat, a au moins la vertu de nous rappeler à deux évidences de la lutte contre le négationnisme : d'abord que la lutte contre toute Verneinung, c'est-à-dire négation ou dénégation (c'est le même mot en allemand), ne saurait être efficace qu'en s'ancrant indéfectiblement au roc d'une histoire positive, histoire de tout le monde et non d'une communauté et d'une mémoire particulières ; ensuite que la lutte contre tout négationnisme doit bien commencer dès l'apparition des premiers "assassins de la mémoire", tant attendre, pour se poser seulement la question, que les communautés concernées se retrouvent à nouveau menacées n'est sans doute pas le meilleur moyen pour éviter toutes les dérives et toutes les confusions. Face à l'imminence de la mort, il n'y a plus de temps pour l'élaboration lente et minutieuse de la vérité — on en est alors réduit à ne lutter qu'au niveau des représentations politiques et sociales. Et faut-il alors encore le rappeler ? Il y a vraiment là de quoi pleurer tant une histoire positive, constituée en temps voulu, peut aussi, à sa façon, sauver des vies.

5. Où l'on pourrait rêver qu'il n'y ait rien à conclure et tout à commencer

La dénégation de la déportation des homosexuels est ainsi à la fois très loin et très proche de la négation pure et simple de la Shoah à laquelle se livrent aujourd'hui la plupart des mouvances de l'extrême-droite, et il est sans aucun doute nécessaire de maintenir à la fois cette distance et cette proximité. Elle en est très loin au sens où le projet négationniste est ouvertement odieux et bafoue aussi bien la mémoire des rescapés et de leurs familles que cinquante ans de travail authentiquement historique sur la question ; en ce sens, on ne saurait discuter avec eux : il faut d'emblée récuser leur projet même, en mettant au jour ses soubassements idéologiques et politiques. Au contraire, la dénégation de la déportation des homosexuels fait presque l'objet d'un consensus social ; elle n'obéit pas, en ce sens, à un projet politique précis et on ne saurait, ici, refuser toute discussion sur la question au nom de l'homophobie, tant on sait aujourd'hui encore peu de choses, et tant les réticences à aborder cette dimension de la répression nazie se retrouvent, à des degrés différents, dans tous les camps politiques, de l'extrême-droite à l'extrême-gauche. Toutefois, et dans cette mesure même, la lutte pour la mémoire des triangles roses se retrouve tout autant très proche de la lutte contre le négationnisme proprement dit, puisqu'elle doit faire appel aux mêmes armes — la défense de l'histoire positive et d'une mémoire communautaire aussi vivante que relayée au-delà d'elle-même— et puisqu'elle aboutit à une analyse congruente avec celle des anti-négationnistes : il faut toujours défendre politiquement l'histoire positive et la mémoire vivante, parce que la mémoire n'est jamais donnée, parce qu'on peut toujours l'assassiner, et parce que l'histoire, toute positive soit-elle, n'est pas science pure, elle s'inscrit toujours dans un rapport de forces politiques et morales qui circonscrivent nécessairement son champ et orientent sa recherche.

Dans cette perspective, il semble qu'un front commun de toutes les minorités victimes du nazisme dans la lutte contre le négationnisme pourrait ne pas rester nécessairement un pur voeu pieux ; ce serait aussi là une simple exigence à la fois d'honnêteté et d'efficacité, tant toutes les difficultés auxquelles se confronte séparément chaque minorité pour sauvegarder sa mémoire s'entrecroisent continuellement sur l'arrière-plan politique d'un certain réveil actuel (ou d'une certaine permanence) des nostalgiques du nazisme. Il s'agit pourtant de ne pas simplement se payer de mots. Moins qu'un appel incantatoire à l'union des bonnes volontés anti-négationnistes, c'est dire clairement que la lutte contre le négationnisme ne consiste pas seulement à combattre ses porte-parole affichés d'extrême-droite, mais peut-être à travailler d'abord chacun sur nous-mêmes : c'est écrire toute l'histoire du nazisme et des camps et rompre avec des pratiques d'instrumentalisation communautaire désastreuses, c'est se faire l'allié de communautés qui ne sont pas la nôtre, partager et commémorer la mémoire de morts qui ne sont pas les nôtres. En somme, c'est penser qu'il est peut-être encore possible de cesser de perpétuer paradoxalement la partition haineuse que les nazis surent instaurer entre les catégories de déportés.


[1] A notre connaissance, on ne dispose en France que de deux témoignages de déportés français, celui de Aimé Spitz (paru dans Gai-Pied, mai 1981) et celui de Pierre Seel (paru dans Gai-Pied , 26 mars 1983, et développé dans son autobiographie, Moi Pierre Seel, déporté homosexuel, Calmann-Lévy, 1994), ainsi que du témoignage de Hans Heger, triangle rose autrichien, (Les hommes au triangle rose, Persona, 1981). Aucune étude historique proprement dite n'est accessible en langue française, hormis quelques lignes dans des ouvrages généraux classiques comme, entre autres, L'État SS (Eugen KOGON, coll. Point Histoire). La seule étude spécifiquement consacrée à la déportation homosexuelle est l'ouvrage, à bien des égards calamiteux (cf. note 2), du journaliste Jean BOISSON (Le triangle rose, La déportation des homosexuels (1933-1945), Laffont, 1988). Différents travaux américains et allemands jettent en revanche les bases d'une histoire de la persécution des homosexuels sous le Troisième Reich. Nous en citerons ici les principaux : l'ouvrage de référence demeure incontestablement, quoique déjà ancien, celui de Rüdiger LAUTMANN (ed.), Seminar Gesellschaft und Homosexualität (Suhrkamp, Frankfurt/Main, 1977); Günter GRAU (ed.), Homosexualität in der NS-Zeit – Dokumente einer Diskriminierung und Verfolgung (Fischer Taschenbuch Verlag, Frankfurt/Main, 1993), propose une documentation brute (et brutale) de la persécution des homosexuels entre 1933 et 1945 sous la forme d'une sélection d'une centaine de documents d'archives. On retiendra également le travail de Richard PLANT, The Pink Triangle (H. Holt & Co, New York, 1986), qui a le mérite, en dépit d'une qualité inégale, de proposer une première somme sur la question, ainsi que l'ouvrage de Hans-Georg STÜMKE et Rudi FINKLER, Rosa Winkel, Rosa Listen – Homosexuelle und “Gesundes Volksempfinden” von Auschwitz bis heute (Rowohlt Taschenbuch Verlag, Hamburg, 1981), qui replace la période nazie dans une analyse plus vaste et bien documentée de la discrimination des homosexuels en Allemagne depuis le début du siècle jusqu'au début des années 80. Citons enfin le remarquable travail de thèse de Burkhard JELLONECK, Homosexuelle unter dem Hakenkreuz (F. Schöningh, Paderborn, 1990), qui reconstitue avec beaucoup de précision à travers des études locales la pratique concrète des persécutions dans trois environnements sociaux et culturels différents : en milieu rural, dans un milieu urbain et periurbain de ville moyenne (Würtzburg), dans une grande ville (Düsseldorf).

[2] C'est en particulier le cas de Jean Boisson, Op. cit., pp. 201-205. On ne saurait qu'être effaré par sa méthode pour le moins baroque de calculs, celle-ci ne reposant que sur des faits de discours, comme d'ailleurs l'ensemble de son propos, sans jamais s'interroger sur ce qu'il en advint, effectivement, dans les faits ; pour ne citer qu'un exemple : "Certes, expliquera-t-il alors [Himmler, le 29 février 1940], “les homosexuels sont forts encore de un demi-million d'hommes”, mais, ajoutera-t-il, “nous oublions qu'en 1933, nous avions plus de un million et de demi de membres inscrits dans les associations d'homosexuels”. Plus de un million et demi en 1933… Un demi-million en 1940…". A coup sûr, ce type de mode de calculs ne peut être que pain béni pour tous les négationnistes et dénégationnistes..

[3] Cf. R. Lautmann, op. cit., pp. 332-333. Quelques précisions s'imposent concernant ces chiffres et leur fiabilité : l'étude de Lautmann se fonde sur les archives des différents camps, dont on sait qu'elles sont très inégalement conservées selon les camps et dans le temps. Ces chiffres sont donc le résultat d'une extrapolation à partir de sources lacunaires, la difficulté étant notamment que ces sources font apparaître que la proportion de triangles roses au sein de la population concentrationnaire était susceptible de varier sensiblement dans le temps et d'un camp à l'autre. Il s'agit cependant d'effectifs en tout état de causes très faibles en regard de la population concentrationnaire totale : en dépit de “pointes” temporaires à 5% voire 10% dans certains commandos extérieurs, de faible effectif total, la proportion globale dans chacun des 7 camps étudiés par Lautmann ne dépasse jamais 1% dans la période 33-39, et diminue lorsque par la suite les effectifs concentrationnaires explosent. Rien, en particulier dans les témoignages, ne permet par ailleurs de penser que la proportion d'homosexuels ait été significativement plus élevée dans tel ou tel camp pour lequel on ne dispose pas de statistiques. Si donc les chiffres établis par Lautmann demeurent une simple estimation, allant du simple au triple, l'ordre de grandeur, à défaut de chiffres précis, peut être considéré comme fiable.

[4] On sait que les tribunaux militaires de la Wehrmacht prononcèrent pendant la guerre des verdicts de peine de mort pour des faits d'homosexualité, mais surtout pratiquèrent l'envoi dans des bataillons disciplinaires, dont des études récentes ont mis en évidence la parenté avec le régime concentrationnaire, et auxquels pratiquement aucun homme n'a survécu. Grâce au développement, depuis quelques années seulement, d'une histoire militaire véritablement indépendante et critique, il devrait être envisageable dans un avenir assez proche de préciser les formes et de chiffrer l'ampleur de la répression de l'homosexualité au sein des troupes de la Wehrmacht.

[5] De ce point de vue, il est parfaitement logique que l'on avance en premier lieu, au rang des victimes du nazisme, les juifs et les tziganes, ces derniers ayant d'une part subi une comparable répression systématique et ayant payé, proportionnellement, un tribu presque comparable à la barbarie nazie (autour de 270.000 périrent dans les camps pour une population estimée en 1933 autour de 700.000). Toutefois, la façon dont ils furent traités depuis la fin de la guerre par les différents pays d'Europe contraste considérablement avec cette reconnaissance toute historique du génocide qu'ils ont pu subir. A cet égard, on peut donc considérer que les tziganes occupent une position intermédiaire, dans l'ordre de la dénégation, entre celle des juifs et celle des homosexuels.

[6] On connaît toutefois, par les témoignages, des cas d'homosexuels directement envoyés en camp après leur arrestation par la Gestapo. Dans la grande majorité des cas cependant l'internement en camp intervenait après un parcours pénal “classique”, pour des homosexuels que l'appareil répressif nazi estimait particulièrement dangereux pour la “communauté raciale”. La gravité des motifs du jugement pénal antérieur, le nombre et l'age des partenaires sexuels “débauchés” par le prévenu, les risques présumés de récidive étaient autant d'éléments d'appréciation. Il va sans dire que ces “critères”, non codifiés et essentiellement tributaires de l'imaginaire nazi de l'homosexualité, était dans la pratique très flous et appliqués avec le plus grand arbitraire.

[7] Cf. P. Seel, op. cit. ; H. Heger, op. cit.

[8] Cf. G. Grau, op. cit., pp. 252-275. Une série de documents sur les mesures prises à l'encontre des homosexuels dans les territoires annexés ou occupés fait clairement ressortir cette logique.

[9] Restent, bien sur, les mesures éventuellement prises dans tel ou tel pays à l'initiative de gouvernements de collaboration – ce fut le cas de Vichy, et on peut cependant penser que les allemands n'en avaient cure.

[10] Pour donner une idée de ces exactions, apparemment au moins comparables à ce que subirent les autres déportés, citons seulement deux passages de l'un des deux seuls témoignages que nous possédons d'un déporté homosexuel français (Pierre Seel, op. cit., p.39 et pp. 59-60). Le premier décrit son interrogatoire après son arrestation (et celui d'autres homosexuels), le second l'exécution publique de son ami dans le camp :

"Au début, nous parvînmes à résister à la souffrance. Mais après, ce ne fut plus possible. L'engrenage de violence s'accéléra. Excédés par notre résistance, les SS commencèrent à arracher les ongles de certains d'entre nous. De rage, ils brisèrent les règles sur lesquelles nous étions agenouillés et s'en servirent pour nous violer. Nos intestins furent perforés. Le sang giclait de partout. J'ai encore dans nos oreilles des cris d'atroce douleur.

Quand je rouvris les yeux, j'eus l'impression d'être dans l'arrière-salle d'une boucherie".

"Il n'avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès-verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi les listes étaient bien complètes [celles des fichiers des homosexuels alsaciens, constitués avant-guerre et que la police française avait diligemment remis à la Gestapo après l'invasion]. Que s'était-il passé ? Que lui reprochaient ces monstres ? Dans ma douleur, j'ai totalement oublié le contenu de l'acte de mise à mort.

Puis les haut-parleurs diffusèrent une bruyante musique classique tandis les SS le mettaient à nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde, des bergers allemands qui le mordirent d'abord au bas-ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous nos yeux. Ses hurlements de douleur étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise".

[11] Ainsi dans le premier Droit écrit du Saint Empire Romain Germanique, la Constitutio Criminalis Carolina, promulguée en 1533 et demeurée en vigueur pendant plus de deux siècles, dont un paragraphe condamne au bûcher ceux qui s'adonnent à la luxure “avec un animal, un homme avec un homme, une femme avec une femme”.

[12] Extrait d'un commentaire du projet de code pénal pour le Norddeutscher Bund en 1870. Cité in : § 175, ein deutscher Paragraph und seine Geschichte, publication de l'association Homosexuelle Selbsthilfe Rosa Strippe Bochum e.V. (Bochum 1983), p. 9 (c'est nous qui traduisons).

[13] Et également poussées par la nécessité : sous l'empire comme sous Weimar, la prostitution masculine était importante, sous l'effet conjugué d'une importante demande favorisée par la clandestinité dans laquelle les homosexuels devaient maintenir leur vie sexuelle, et d'une offre abondante sous la pression qu'exerçait la misère économique sur la jeunesse défavorisée des grandes villes.

[14] En novembre 1902, les sociaux-démocrates engagèrent une campagne de presse de ce type contre Friedrich Krupp, baron de l'acier et principal fabriquant d'armes de l'Empire. L'offensive visait naïvement à mettre en échec la politique d'armement de Guillaume II en éliminant l'industriel sur lequel reposait sa mise en oeuvre. Le Vorwärts, organe du parti social-démocrate, dévoila, photos à l'appui, les relations de Krupp avec de jeunes garçons à l'occasion d'un séjour dans l'île de Capri. L'article exigeait : “Après que de telles pratiques perverses ont provoqué un scandale public, il est du devoir du ministère public d'engager des poursuites judiciaires”. Krupp, après avoir d'abord envisagé de porter plainte contre le Vorwärts pour diffamation, dut se raviser en considérant qu'un tel procès ne pourrait que tourner à son désavantage, tant dans l'opinion publique que sur le plan judiciaire. Il se suicida quelques jours plus tard. L'élimination de Krupp avait parfaitement réussi, sans que la politique d'armement, bien évidemment, s'en trouve durablement affectée.

[15] Lettre du NSDAP adressée le 14.5.1928 à plusieurs organisations homosexuelles qui avaient sollicité une prise de position de chaque parti politique à propos du § 175. Cité in Stümke/Finkler, op. cit., p. 93. (C'est nous qui traduisons)

[16] Völkischer Beobachter, 2.8.1930, ibid. p. 96. (C'est nous qui traduisons). Selon toute vraisemblance, cet article est dû à la plume d'Alfred Rosenberg lui-même.

[17] Il demeurait d'ailleurs assez ambigu : les deux partis du mouvement ouvrier étaient en fait chacun partagés entre un courant libéral et émancipateur et un courant beaucoup plus traditionaliste sur les questions touchant non pas seulement à l'homosexualité, mais évidemment plus largement à la sexualité, à l'émancipation des femmes, à la conception de la famille – un clivage qui se retrouvera après guerre. Sur l'attitude du mouvement ouvrier et de la gauche allemande à l'égard de l'homosexualité, des années 1870 à nos jours, voir : Detlev GRUMBACH (ed.), Die Linke und das Laster - Schwule Emanzipation und linke Vorurteile (MännerschwarmSkript Verlag, Hamburg, 1995).

[18] Sur cette question, voir les travaux d'Alexander ZINN, Die soziale Konstruktion des homosexuellen Nationalsozialisten - Zur Genese und Etablierung eines Stereotyps (Peter Lang, Frankfurt/Main, Berlin, etc., 1997), ainsi que l'étude de Jörn MEVE, “Homosexuelle Nazis” - ein Stereotyp in Politik und Literatur des Exils (MännerschwarmSkript Verlag, Hamburg, 1990).

[19] De nombreux documents retraçant la chronique très complexe de la contestation juridique du § 175 dans les années 50 et 60 sont abondamment cités et commentés in : Stümke/Finkler, op. cit., p. 356 sq.

[20] Ibid., p. 340.

[21] Les témoignages d'anciens déportés, et pas seulement homosexuels, semblent au demeurant indiquer que les triangles roses étaient tout particulièrement exposés aux violences à caractère sexuel, leurs bourreaux se plaisant à imaginer des sévices “en rapport” avec l'homosexualité de leurs victimes.

[22] Et là il faut encore souligner qu'en matière de constitution d'une mémoire communautaire et de sa transmission, une communauté fondée sur le sexe, c'est-à-dire une communauté de rencontre, d'affinités, une communauté par définition à géométrie variable, est autrement précaire et discontinue dans l'espace comme dans le temps, que ne le sont, entre autres, les communautés juive et tzigane. Se permettra-t-on alors de dénier aux homosexuels le droit de se penser et de se vivre comme une communauté ? Mais les nazis ont déjà réglé, par leurs crimes mêmes, cette question, en faisant des homosexuels au moins une communauté a minima, communauté de souffrance et de misère, communauté de ceux qui justement n'ont pas de communauté prédéfinie. Autrement dit, s'il n'est pas sûr que Sartre ait raison en disant que c'est l'antisémite qui fait le juif et l'homophobe l'homosexuel, il est en revanche certain que l'antisémitisme et l'homophobie confèrent déjà aux juifs et aux homosexuels une réalité minimale mais irréductible de communauté.

[23] Voir là-dessus le livre d'Act Up-Paris, Le sida, combien de divisions ? (Dagorno, 1994), introduction et p. 307 sq. (il est particulièrement intéressant et assez désespérant à cet égard de noter les contorsions alambiquées auxquelles sont obligés de se livrer les auteurs pour justifier une telle formule).

[24] Dans un dossier consacré au cinquantenaire de la libération des camps, paru en avril 1995 dans 3 Keller, le mensuel du Centre Gai et Lesbien à Paris, on peut par exemple lire : “(…)Pour les homosexuels du Reich, le cauchemar et la mort s'installèrent dès 1933. Combien ? Inutile de dire que cette tragédie est quasiment inchiffrable si ce n'est en centaines de milliers de victimes – à moins de rentrer dans des querelles de révisionnistes. Et durant douze ans, l'extermination des homosexuels fut telle que rares furent ceux qui purent survivre jusqu'à l'ouverture des grilles de leur enfer indicible”. Ces quelques lignes se passent de commentaire!



Ce texte de Michel Celse et Pierre Zaoui a été publié dans le cadre d'un ouvrage de Philippe Mesnard, Consciences de la Shoah: Critique des discours et des représentations, Paris: Ed. Kimé, 2000.