Affichage des articles dont le libellé est Hitler. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hitler. Afficher tous les articles

L'appartenance réelle ou supposée au troisième sexe


Nous avons été d'autant plus surpris de lire voici quelque temps, dans ce même journal [Il Borghese], un article d'Eugenio Dollman intitulé "Le triangle rose" où, après avoir rappelé quelques affaires d'homosexualité en Suisse et critiqué la condamnation à dix mois de prison prononcée contre un certain Rinaldi, italien, qui avait étouffé son "corrupteur", après avoir noté qu'il semble que l'on veuiller noyer "le troisième sexe" dans un mer de sang, il met en relief, à propos de l'affaire de Sir Jan-Douglas Harvey, la tendance à briser la carrière de ceux qui pratiquent des amours non-conformistes. "Alfred Krupp, fils du roi des canons, fut conduit à un suicide prématuré par une campagne sans précédent partie de Capri et menée, en style de chantage, par un journaliste napolitain. La social-démocratie allemande saisit au bond l'affaire et, après avoir monstrueusement déformé les faits, utilisa pour ses fins démagogiques l'envers du décor érotique du capitaliste Krupp à Capri".

Le Troisième Reich à son tour se servit impitoyablement de l'homosexualité, réelle ou supposée, dans sa lutte pour le pouvoir. On cite le cas du général-baron Von Fritsch, qui est l'un des chapitres les plus troubles et les plus honteux des temps du règne nazi. Ce général était le dernier obstacle que l'Armée opposait aux prétentions de Hitler de devenir l'unique commandant en chef. C'était un personnage gênant, et Himmler et Goering ne négligèrent rien pour le rendre suspect à Hitler et pour le faire éliminer.

Comme jadis pour Krupp, on se servit du fait que le général appartenait au "troisième sexe". On s'assura le concours d'un repris de justice, qui soutint avoir eu des rapports intimes avec Von Fritsch (voir également texte contradictoire sur von Fritsch de John Toland sur ce site). Malgré la parole d'honneur du général et un procédure menée aussitôt par Goering, qui conclut en le lavant de toute accusation, malgré une scène dramatique avec Hitler, la démission de Von Fritsch était inévitable. Sa "réhabilitation" ultérieure, grâce à laquelle il fut appelé à commander à la suite son ancien régiment d'artillerie, ne modifia pas beaucoup les choses. Le Troisième Reich s'était servi, avec succès, de la diffamation sur l'appartenance, réelle ou peut-être seulement inventée, au "troisième sexe".

Dès lors, la R.S.H.A. (la Gestapo commandée par Heydrich) employa sans retenue cette arme contre ses ennemis internes et externes. Ces malheureux avaient, dans les camps de concentration, un quartier particulier et portaient, cousu au bras, un triangle rose. Le meilleur expert en la matière, le professeur Kogon, écrit à ce propos dans son livre L'Etat SS : "Contre les homosexuels, les SS procédaient comme contre les juifs, probablement parce que l'homosexualité, au début, était très répandue dans les milieux militaires prussiens et, ensuite, dans les SA et les SS, de sorte qu'il fallait la proscrire et l'exterminer sans pitié." Himmler n'hésita pas à faire "liquider" ainsi son propre neveu Hans Himmler au camp de Dachau.

Et Hitler ? Les bruits selon lesquels le futur Führer dans ses années de famine à Vienne, aurait été en contacts trop étroits avec le problème du "troisième sexe", ne sont pas encore apaisés. Et l'on ne peut pas continuer à nier que Hitler était exactement informé de l'appartenance indéniable à cette "association" de son chef d'état-major des SA, le lieutenant-colonel Röhm, mais qu'il ne se servit de cet argument contre lui que lorsque Röhm, avec ses ambitions personnelles, devint trop dangereux.


Source : Nouvelles d'Italie, Maurizio Bellotti, Arcadie, no. 71 (novembre 1959), p. 644-646.

Photo : Carte postale représentant Ernst Röhm lors d'un rassemblement à Dortmund en 1933 (orig : USHM)

Death penalty for homosexual offenders

Himmler remained adamant that harsh punishment should be meted out to presumed homosexuals, as a deterrent to spreading this "plague." It is virtually certain that Himmler himself was behind the November 1941 introduction of a mandatory death penalty for homosexual offenses in the ranks of the police and the SS. Hitler promptly and decisively sabotaged the full thrust of the ordinance, which was quite evidently one of deterrence by means of the threat of the death sentence, at the moment he signed it.

He told Hans-Heinrich Lammers, the head of the Reich Chancellery, that it should on no account be made public, either in the press or any official gazette, because its release would give the whole world the impression that homosexual offenses were so prevalent in the SS and police that "such draconian measures" were positively required to bring the problem under control.

Whereupon Lammers very sensibly pointed out that potential offenders needed to know in advance that the death penalty awaited them. Why would they be more readily deterred from the crime if they did not know that the law now treated it as a capital offense? Hitler's response was that this was Himmler's problem. He could figure out how to get the message across to all current and future SS and police members "in an appropriate fashion."

Himmler's solution was that all SS men were now meant to sign a declaration, confirming that this delicate question had been explained adequately to them, and that they would not engage in any such acts. The form would be kept in their personnel file, and brandished at them if they later claimed ignorance. The statement read:

I have been instructed that the Führer has decreed in his order of 15 November 1941, in order to keep the SS and the police clean of all vermin of a homosexual nature, that a member of the SS or police who commits an indecent act with another man, or allows himself to be indecently abused by him, will be put to death without consideration of his age.

Hitler's 1941 decree itself was meant to be read out in full to the SS man at the time of signing. He was also ordered to report any "immoral advances" even if they involved a superior officer (which in a sense broke his SS oath of unswerving loyalty and absolute obedience). The existence of so few of these forms in personnel files suggests that this was far from standard procedure. Several SS NCOs later charged with homosexuality claimed quite plausibly never to have heard of the Führer's order in the first place.[...]

While it may be true that the warnings about homosexuality were not always read out as prescribed in some Nazi organizations, it can hardly have escaped the notice of a single policeman in Germany that homosexuality was a serious offense. But again one has to wonder whether the ordinary policeman on the beat knew about the subtleties of the vague law as interpreted by the Supreme Court in 1935, a change that thereafter made mere mutual masturbation punishable with a prison sentence.

Source: Why bother about homosexuals? Homophobia and Sexual Politics in Nazi Germany, Geoffrey J. Giles, Center for Advanced Holocaust Studies, United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C., August 2002.

La Nuit des longs couteaux

Au lendemain des succès électoraux qui avaient porté Hitler au gouvernement de l'Allemagne, les nazis allaient donc pouvoir passer à l'action sachant que leur lutte contre l'homosexualité serait approuvée par une large partie de l'opinion publique.

Et la première grande opération spectaculaire qu'ils entreprirent fut sans nul doute l'assassinat d'Ernst Röhm, qui se vit accusé de complot contre le régime, et qui fut exécuté sur l'ordre personnel de Hitler, soudainement inquiet des ambitions politiques qu'aurait eues son protégé.

Il est cependant à noter que cette crainte ne lui était pas venue spontanément à l'esprit, mais qu'elle lui avait été plutôt soufflée par son entourage, jaloux de la faveur dont jouissait Ernst Röhm, le chef d'état-major de la puissante SA dont les pouvoirs ne cessaient de croître, ce qui lui valait de nombreuses inimitiés, et entraînait ainsi de multiples calomnies que, longtemps durant, Hitler s'était obstiné à faire taire.

Mis très tôt au courant des tendances homosexuelles d'Ernst Röhm, il avait fait savoir, par une circulaire du 3 février 1931, que "toutes ces attaques portaient, la plupart du temps, sur des faits étrangers au cadre du service, émanant de plus d'adversaires politiques ou d'ennemis personnels".

Lui, en tout cas, "s'interdisait toute ingérence dans la vie privée des chefs et des membres de la SA", rappelant même que "la SA n'était pas une institution religieuse d'éducation pour jeunes filles de bonnes familles", mais "un groupement d'hommes, unis par un même but politique".

Aussi, avait-il conclu, "la vie privée des membres de la SA n'est condamnable que si elle se révèle contraire aux principes et aux devoirs fondamentaux de l'idéologie nationale-socialiste".

Les adversaires d'Ernst Röhm s'emploieront donc à démontrer progressivement à Hitler que la vie privée de son favori nuisait à la réputation du parti, et non seulement parce qu'il affichait trop ouvertement son état, mais aussi parce qu'il avait fait entrer dans la SA de nombreux homosexuels auxquels il avait confié des postes importants.

Ainsi se serait créée une force qui fut présentée à Hitler comme ayant des ambitions politiques que pouvaient appuyer notamment les deux millions d'homosexuels que comptait l'Allemagne.

Un danger qu'il convenait d'écarter au plus tôt !

La décision de supprimer Ernst Röhm fut donc prise par Hitler, qui confia cette tâche à Goering et à Himmler, trop heureux tous les deux de se débarrasser de ce puissant rival. Ils feront alors courir le bruit qu'Ernst Röhm préparait un putsch et, forts de ce prétexte, ils enverront les SS massacrer l'état-major de la SA qui se trouvait réuni dans un hôtel de Bad Wessee. Ce sera la fameuse Nuit des longs couteaux du 30 juin 1934, qui fera plus de deux cents morts, car on profitera de cette opportunité pour régler d'autres comptes... On a sans doute affirmé par la suite que l'homosexualité de Röhm ne fut pas la cause principale de son élimination, et qu'elle ne constitua qu'un prétexte pour éliminer un personnage qui pouvait devenir politiquement dangereux. Au-delà des affirmations divergentes que les uns et les autres ont pu émettre à cet égard, il reste l'"explication" qu'ont donnée eux-mêmes les nazis et qui fit l'objet, le 1er juillet 1934, d'un communiqué officiel de leur bureau de presse : "L'opération d'arrestations offre moralement des images si affligeantes que toute trace de commisération devrait disparaître."

Certains de ces chefs SA s'étaient offert des "garçons de passe". L'un d'entre eux fut surpris dans cette situation écoeurante et emprisonné. Le Führer donna l'ordre d'exterminer sans égards cette peste. Il ne permettra plus à l'avenir que des millions de gens honnêtes soient importunés et compromis par des êtres anormalement constitués. Le Führer donna l'ordre de débusquer spécialement les alliés réactionnaires de ce complot politique.

A midi sonnant, le Führer prononça devant les principaux chefs SA rassemblés à Munich un discours dans lequel il fit valoir son indéfectible alliance avec la SA, mais il proclama en même temps sa résolution d'exterminer et d'anéantir les sujets indisciplinés et désobéissants, tout autant que les éléments asociaux ou morbides…

Il attend du chef de chaque unité SA… qu'il s'offre en modèle de vie dans son unité. Il fit ensuite remarquer qu'il a protégé des années durant le chef d'état-major Röhm contre les attaques les plus dures, mais que les derniers événements le contraignent à placer le salut du mouvement, et donc celui de l'Etat, avant tout sentiment personnel.

Source : Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

IIlustrations : (en haut, à gauche) Ernst Röhm, chef de la SA ; (en bas, à gauche) photo extraite du film de Luschino Visconti, Les Damnés (1969).

L'homosexualité : un crime social

L'idée largement européenne d'un retour à la nature, celle d'une liberté loin des usines et du carnage de 1914-1918 ont également fait leur chemin jusqu'à Saint-Pétersbourg. L'Europe "qui bouge" en ce début de XXe siècle, et qui souhaite socialement et culturellement bouleverser la culture et revendiquer les mêmes modernités, passe moins par des interpellations populaires que par l'influence des milieux culturels au fait de l'évolution des espaces de liberté dans les capitales européennes.

Outrance héroïque de la liberté, dès 1917 et jusqu'en 1923, des manifestations révolutionnaires ont lieu, où des marcheurs et des marcheuses se dénudent pour défiler en tenue d'Adam et Eve, pour dire la simple vérité des corps. Des militants nudistes d'il y a un siècle surgissent de la sorte, en pleine rue à Moscou mais aussi à Petrograd, à Odessa ou à Saratov. Comme le commente Alain Sanzio : "Les manifestants s'y dévêtaient de toutes les hardes de l'ancien régime : haillons élimés des pauvres, oripeaux clinquants des nobles, ils jetaient aux quatre vents les popes, les Raspoutine, les corvées, la famille ancestrale, l'asservissement domestique des femmes." Pris de vertige, Lénine bloque, ne comprend plus, s'emporte. Il écrit en 1920 : "La révolution ne tolère pas de débordements orgiaques comme ceux qui sont chose normale pour les héroïnes et les héros décadents de d'Annunzio. Le dérèglement de la vie sexuelle est bourgeois, c'est une manifestation de la décadence (1)."

Une chape de plomb va vite retomber sur ce peuple en effervescence. Critique sur l'évolution des événements, Léon Trotski note dans La Révolution trahie : "Le motif le plus impérieux du culte actuel de la famille est sans nul doute le besoin qu'éprouve la bureaucratie d'une stable hiérarchie des rapports sociaux, et d'une jeunesse disciplinée par quarante millions de foyers servant d'appui à l'autorité et au pouvoir." Va être rétablie la répression homosexuelle et réhabilitée la version gréco-latine de la décadence par l'homosexualité, un mythe désormais partagé par Adolf Hitler et Joseph Staline. L'homosexualité signerait donc la fin des civilisations les plus emblématiques. La faiblesse théorique en la matière de la part des artisans d'un monde nouveau n'y résistera pas. Complice de ces amalgames, dans son célèbre ouvrage L'Origine de la famille, de la propriété privée et de l'Etat, Friedrich Engels expédie la question en deux ligne définitives, invoquant l'antique civilisation gréco-latine : "L'avilissement des femmes eut sa revanche dans celui des hommes, jusqu'à les faire tomber dans la pratique répugnante de la pédérastie, se déshonorant eux-mêmes et déshonorant leurs dieux (2)".

En 1933, l'homosexualité redevient un crime. Deux ans plus tard, l'avortement est à nouveau interdit, la famille réhabilitée. Le crime d'homosexualité se paie désormais d'environ cinq ans d'internement (3). Comme, depuis un décret du 27 juin 1929, tous les détenus condamnés à des peines supérieures à trois ans sont automatiquement transférés dans les camps de travail, les homosexuels "dépravés" rejoignent à la suite de gigantesques rafles les autres victimes des purges. Ils y retrouvent les artistes dissidents et leurs amis, les femmes trop libres ou les artistes trop impudiques, sans parler d'une jeunesse trop sensible aux choix culturels d'une vie urbaine influencée par les orientations "perverses et bourgeoises" d'un Occident jugé par trop "décadent". Contrairement à une idée convenue, ces purges des années trente sont majoritairement dirigées contre ceux et celles qui ont adopté des valeurs culturelles et des modes de vie contraires à la "nouvelle société". Les politiques y sont très largement minoritaires. Comme le note Nicolas Werth, les "contre-révolutionnaires" ne représentent que 28% des détenus entre 1936 et 1939 (4). Les autres sont des citoyens ordinaires, simplement allergiques aux nouvelles conditions de travail ou au contrôle social des comportements.

Quant à Joseph Staline, il n'a pas bougé quand Adolf Hitler a déporté en priorité les membres du Parti communiste allemand. Par contre, sur le dossier homosexuel, ils se sont retrouvés. Il est loin le temps de la grande encyclopédie soviétique de 1930 qui remarquait : "Il faudrait résorber l'isolement des homosexuels dans une nouvelle collectivité." Apologue de "l'humanisme prolétarien" et chantre d'un régime qui se durcit de toutes parts, l'écrivain officiel Maxime Gorki fait un état des lieux concernant la jeunesse soviétique en 1937 : "Ce n'est pas par dizaines mais par centaines que l'on peut compter les faits confirmant l'influence destructrice et corruptrice du fascisme sur la jeunesse de l'Europe. Il est répugnant de citer tous les faits dans lesquels la bourgeoisie patauge de plus en plus volontiers. D'ailleurs, la mémoire se refuse à plonger dans cette boue." Après un couplet sur son antifascisme et son aversion pour l'antisémitisme, Gorki se fait soudainement saignant sur les homosexuels : "Dans les pays fascistes, l'homosexualité, ruineuse pour la jeunesse, fleurit partout impunément." On croit entendre Heinrich Himmler. Les homosexuels se retrouvent à nouveau dans le rôle du paillasson de l'Histoire. Satisfait de son analyse, Maxime Gorki conclut : "Dans les pays où le prolétariat s'est hardiment emparé du pouvoir, l'homosexualité a été déclarée crime social et sévèrement punie. Une histoire humoristique dit : "Exterminez les homosexuels, et le fascisme disparaîtra"." (5)

(1) Histoire de l'Homosexualité en Europe, Florence Tamagne, Seuil, Paris, 2000. (2) F. Engels, Editions sociales, 1971. (3) Une loi fédérale du 17 décembre 1933 fixe la réclusion pour homosexualité entre trois et huit ans. (4) Les Années de Tourmente, de Munich à Prague, Nicolas Werth, Flammarion, Paris, 1995. (5) Gai Pied, été 1980, dossier sur l'URSS.

Illustrations : (en haut, à gauche) Lénine ; (au milieu) Joseph Staline ; (en bas, à gauche) l'écrivain Maxime Gorki.

Texte : Les Oubliés de la Mémoire, Jean Le Bitoux, Hachette Littératures, Paris, 2002.

La police des moeurs

La sexualité ne fut longtemps considérée en France que comme une gaudriole. La Science est intervenue pour nous avertir qu'elle méritait d'être traitée sérieusement.

L'Allemagne est la première des nations chrétiennes qui se soit avisée d'y porter quelque lumière. Le Dr Magnus Hirschfel[d] avait fondé, ces temps derniers à Berlin, un Institut des sciences sexuelles.

Depuis l'avènement d'Hitler, cet Institut a été détruit, ses documents brûlés, son fondateur exilé.

Des gens, chez nous, en applaudissent Hitler, et voudraient nous voir, à son exemple, jeter au feu tout ce qui n'est pas d'une lecture strictement édifiant. (...)

Ce qu'il faut voir, dans le geste d'Hitler, c'est un retour aux âges d'ignorance et de barbarie. Qu'en résultera-t-il ? Ce n'est pas la première fois qu'un législateur, en Allemagne, a essayé d'y épurer les moeurs. Charles V y condamnait les homosexuels à être brûlés vifs. Il n'a pas reussi à en exterminer la graine (si j'ose ainsi parler) pas plus que ne l'a pu faire, depuis, l'article 175 du Code allemand édictant contre eux des peines sévères.

Aussi bien, il est à considérer, que c'est dans les pays, où la législation le réprime, que ce vice exerce le plus des ravages. Le peuple allemand en est la preuve, qui n'est pas moins demeuré, malgré tout, l'un des peuples des plus prolifiques et des plus vigoreux.

Ce n'est pas du jour au lendmain que des moeurs si invétérées puissent se corriger si, toutefois, elles sont corrigeables par la seule crainte du châtiment. J'ai bien peur que les mesures d'Hitler n'arrivent à faire régner, chez ses concitoyens, l'hypocrisie plutôt que la vertu. C'est d'ailleurs, moins ces moeurs elles-mêmes que de leur exhibitionisme qu'il réprouve, puisqu'il les tolère chez son ami, le ministre d'Etat Röhm, au risque d'en être suspecté lui-même, mais pourquoi s'en formaliserait-il ? Ce ne serait pas la première fois qu'un Chancelier allemand serait dit non-conformiste, si j'en crois les révélations du procès Eulenbourg, et ce n'est pas ce que l'on trouverait de pire à lui reprocher.

Quoi qu'il en soit, brûler les livres ne suffit pas pour étouffer les vérités qu'ils contiennent, et qui finissent toujours par s'imposer, tôt ou tard. Ce qui ressortait des documents rassemblés par le Dr Hirschfeld, c'est que l'homosexualité est le résultat d'une constitution de nature.


Texte : La police des moeurs, Ernest Reynaud, Société Française d'Editions Littéraires et Techniques, Paris, 1934 ; p. 137-138.

Genèse d'une persécution


Lorsque Hitler se fait donner le gouvernement de l'Allemagne, le 30 janvier 1933, tout a été depuis longtemps pensé et préparé pour que la doctrine nazie ait une application immédiate dans les divers domaines qui font la vie quotidienne des hommes et des femmes.

Ainsi les nationaux-socialistes allemands avaient-ils fait connaître leur règle de conduite à l'égard de l'homosexualité dès le 14 mai 1928, c'est à dire cinq ans avant qu'ils ne s'emparent du pouvoir et ne régissent les comportements collectifs et individuels.

Il n'était sans doute pas besoin qu'ils précisent alors quelle était leur pensée sur ce sujet, car les actions violentes auxquelles ils s'étaient déjà livrés, en agressant physiquement personnes et biens qui étaient censés représenter cette "déviance", ne laissaient place à aucune hésitation.

Mais, cette fois, la proclamation allait être faite au grand jour, devant l'opinion publique, dans la solennité de l'avertissement. "Nous vous rejetons, avaient-ils lancé à la face des homosexuels, car quiconque pratique et même pense à l'amour homosexuel est notre ennemi."

L'affirmation était catégorique et annonçait donc une lutte impitoyable.

On pourrait évidemment penser que cette position très marquée correspondait à une certaine éthique morale, inspirée par les principes de la civilisation judéo-chrétienne qui, en ce domaine, continuait d'influer sur les sociétés, maintenant le traditionnel classement des comportements "normaux" et des comportements "anormaux".

Il serait donc commode de prétendre qu'en la circonstance la pensée des nationaux-socialistes allemands s'accordait parfaitement avec cette classique appréciation des différentes spontanéités affectives ou sexuelles, comme le crurent alors tous les petits-bourgeois qui applaudirent à leurs propos salvateurs, et dont beaucoup appartenaient à une Association ouest-allemande pour la vertu dont le porte-parole était le pasteur Adolf Sellman. (...)

Les nationaux socialistes allemands se moquaient (...) éperdument de la "vertu" et de la "morale", telles que les concevait ce "lamentable troupeau de petits-bourgeois qui "se drapent dans le manteau sacré d'une pruderie aussi ridicule que menteuse" et qui "parlent de toute la question comme s'il s'agissait d'un grand péché (1)"! (...)

Le national-socialisme n'attachait aucune valeur aux "interdits" plantés par la civilisation judéo-chrétienne, et qui emprisonnaient la pratique de l'amour physique dans le seul cadre du mariage, sans que l'on puisse y prendre quelque plaisir, car c'était "pécher" que de rechercher d'agréables sensations.

"Des discours stupides" que tout cela ! s'était exclamé Hitler, en fustigeant les "vieilles commères réactionnaires", les "sournois" et les "bigots" dont il n'avait que faire !

Chacun pouvait donc prendre sa satisfaction comme il le souhaitait.

Et la vie sexuelle agitée que menèrent des dirigeants aussi importants que le furent Hermann Goering, Reinhard Heydrich ou le Dr. Ley, prouve bien que "vertu" et "morale" n'appartenaient pas effectivement à la doctrine du national-socialisme, comme le démontrèrent encore les orgies qui suivaient les fêtes somptueuses qu'offraient le Dr Goebbels, Joachim Ribbentrop ou Christian Weber.

"Notre mouvement n'a rien à voir avec les vertus bourgeoises", avait en effet certifié Hitler, posant là un principe fondamental, puisqu'il libérait de la sorte les spontanéités affectives et sexuelles qui avaient été jusqu'alors réglementées par des conceptions moralistes auxquelles le national-socialisme n'accordait aucune valeur prédominante.

L'incarnation arrogante de la force virile

Avant même d'accéder au pouvoir, [Hitler] avait ainsi proclamé que "l'état racial n'avait pas pour rôle d'élever une colonie d'esthètes pacifistes et de dégénérés", mais "avait pour idéal l'incarnation arrogante de la force virile (1)".

Cette "arrogance" ne pouvait évidemment s'obtenir que par la réhabilitation du corps masculin pour lequel Hitler allait promouvoir un véritable culte, alors que jusque-là "on se bornait à l'accuser de tous les péchés" et que de ce fait "la beauté corporelle était complètement reléguée au second plan (1)".

Or, assurera Hitler, "il est de l'intérêt de la nation que se trouvent les plus beaux corps pour faire don à la race d'une nouvelle beauté", d'où la nécessité impérieuse de donner à chacun "l'orgueil d'un beau corps (1)".

Et, pour y parvenir, il convenait de "donner aux enfants, dès leurs premières années, des soins tels que leur croissance ultérieure se fasse dans les meilleures conditions", ce qui était condamner l'ancien système d'éducation qui se caractérisait par "l'accentuation exagérée d'un enseignement purement intellectuel" et par "l'abandon de l'éducation physique (1)". (...)

Hitler estimera donc que "l'Etat raciste n'a pas seulement à veiller au développement des forces corporelles pendant les années d'école", mais qu'il "doit aussi s'en occuper pendant la période postscolaire, tant que les jeunes gens n'ont pas achevé leur croissance, de manière que celle-ci se fasse dans d'heureuses conditions", et, dans cette perspective, "l'éducation physique pourra être une préparation au service militaire (1)"... (...)

Mais parallèlement à cette volonté de façonner des corps qui soient vraiment "l'incarnation arrogante de la force virile", le national-socialisme s'attachera à imposer comme vérité naturelle et fondamentale la supériorité de l'homme qui, du fait de sa valeur dominante, devait être le seul maître de la société, aussi bien dans les domaines publics que dans les domaines privés. "Le mouvement national-socialiste est, par nature, un mouvement masculin", avait ainsi posé comme principe absolu Goebbels (...).

Cette incapacité [de la femme] excluait tout naturellement la femme de la vie active et, à plus forte raison, des postes de responsabilité qui lui seront progressivement retirés par les nazis, dont la misogynie doctrinale ira jusqu'à lui interdire le libre exercice de la médecine ! (...)

L'écrasement social de la femme fut donc élevé au rang de doctrine par le national-socialisme qui la priera de servir et d'obéir, en demeurant tranquille au sein de son foyer, puisque le domaine qui lui avait été assigné par la nature se situait "entre le lit et la poêle à frire (2)" !

Mais, pour le faire accepter, la propagande nazie s'attachera à persuader que cette relégation n'avait rien de dégradant, mais qu'elle avait au contraire un caractère valorisant.

"Si nous éliminons les femmes de la vie publique, ce n'est pas que nous désirons nous priver d'elles, expliquera Goebbels, c'est parce que nous voulons leur rendre leur dignité", d'épouse et de mère, un peu trop négligée jusqu'alors.

"Nous sommes un Etat d'hommes, et malgré tous les défauts que ce système présente, nous devons absolument nous y accrocher, car cette institution est la meilleure qui puisse exister", avait alors proclamé Himmler, comme pour clore un débat qui n'avait pas lieu d'être.

Ainsi triomphait un monde voulu pour des hommes et organisé pour des hommes, destinés à vivre ensemble leur supériorité, mais aussi leurs sentiments et leurs pulsions, dans la même volonté de domination.

La guerre à l'homosexualité

Alors, pourquoi la guerre fut-elle déclarée à l'homosexualité, puisque parallèlement on avait créé des conditions propices à son éclosion et à son épanouissement ? (...)

Comme on sait que la réponse ne se trouve pas dans une volonté "morale" inspirée par les concepts judéo-chrétiens, il faut donc la chercher ailleurs...

Et on la découvre évidemment dans l'ambition que s'était donnée le national-socialisme, en préparant son accession au pouvoir.

"Nous représentons l'aspiration de notre nation à la puissance (1)", avait ainsi prévenu Hitler, pour que nul ne se trompât sur les objectifs qu'il comptait atteindre. Or comment acquérir cette puissance, sinon par la qualité et par la quantité des hommes chargés de l'établir et de la maintenir, étant évident que ne suffiraient pas le poids des armes, la force de l'économie ou l'influence de la diplomatie ?

La recherche de cette qualité avait été ainsi considérée comme une priorité déterminante dont il avait posé le principe dans son Mein Kampf, pour certifier qu'un "état qui veille jalousement à la conservation des meilleurs éléments de sa race doit devenir un jour maître de la terre (1)", ce qui était bien le but recherché par le national-socialisme. (...) Hitler en déduisait alors que 'tout croisement de races était en contradiction avec la volonté de la nature qui tend à élever le niveau des êtres". Or, devait-il préciser, "ce but ne peut être atteint par l'union d'individus de valeur différente, mais seulement par la victoire complète et définitive de ceux qui représentent la plus haute valeur (1)". (...)

La nécessité de "rechercher et de maintenir la pureté de la race" fut donc présentée par Hitler comme la "mission donnée sur terre au peuple allemand", et par conséquent à l'Etat. (...)

Pour Hitler, il était historiquement démontré que "tout ce que nous avons aujourd'hui devant nous de civilisation humaine, des produits de l'art, de la science et de la technique, était presque exclusivement le fruit de l'activité créatrice des Aryens" auxquels avait été donnée "l'étincelle divine du génie", et qui, de la sorte, représentaient "le type primitif de ce que nous entendons sous le nom d'homme (1)".

Il s'en concluait donc que, "si on les faisait disparaître", alors "une profonde obscurité descendrait sur la terre, en quelques siècles la civilisation humaine s'évanouirait et le monde deviendrait un désert (1)". (...) Après semblable imprécation, il devenait alors facile pour Hitler de proclamer avec solennité que "la lutte contre l'étranger, contre le Juif, contre le Slave, contre les races inférieures, était une lutte sainte (1)" qui devait donc entraîner une mobilisation générale. (...) Délirant sur des thèmes antisémites qui n'étaient pas très neufs, il accusera donc les Juifs d'être le "symbole de tout ce qui est mal" et de constituer ainsi des "parasites dans le corps des autres nations (1)". (...)

La notion de "maladie sociale" étant des plus floues, puisque relevant d'appréciations subjectives, il devenait alors possible de se débarrasser de tout individu qui était censé nuire à la perfection raciale que l'on recherchait. Malades mentaux, handicapés physiques, malades incurables atteints de "maladies sociales", mais aussi les personnes âgées qui n'étaient plus utiles à grand-chose et qui coûtaient cher. Hitler n'eut donc aucun scrupule à envisager l'élimination des uns et des autres, et un décret du 1er septembre 1939 permettra "d'élargir les compétences des médecins de telle sorte qu'après un très minutieux bilan critique, ils puissent pratiquer l'euthanasie" sur le plus grand nombre possible. (...) Dès le 14 juillet 1933, une loi de "prévention" avait ordonné la stérilisation de tous ces êtres déficients, de manière à éviter qu'ils ne reproduisent de nouvelles anormalités.

Il fallait aussi la quantité, et le second objectif à atteindre était aussi celui du "plus grand nombre possible" que le national-socialisme s'attachera à présenter comme prioritaire, affirmant que seul un peuple en expansion géographique constante pouvait parvenir à la domination universelle. Or, quand Hitler prit le pouvoir, l'Allemagne était en pleine crise de dénatalité, subissant les conséquences des effroyables ravages exercés par la Première Guerre mondiale, mais aussi les effets d'une situation économique peu incitative, alors que proliféraient les méthodes médicales de contraception et d'avortement. (...) 33% des familles allemandes étaient en effet sans enfants en 1933, tandis que seulement 9% en avaient quatre ou plus, ce qui constituait "une indifférence paresseuse et même criminelle (1)" qu'il fallait à tout prix combattre et vaincre. Autrement, dira Martin Bormann, qui était l'éminence grise du Führer, "dans vingt ans, le Reich manquera des divisions dont nous aurons un besoin vital si notre peuple ne tient pas à disparaître".

Le relèvement et la progression de la natalité devinrent donc l'obsession permanente des dirigeants du Troisième Reich qui devaient user de tous les moyens possibles pour favoriser un tel accroissement, de manière que l'Allemagne puisse disposer de 120 millions de purs Aryens à la fin d'une période qu'ils limitaient à 50 ans. L'objectif était ambitieux, mais il ne paraissait pas utopique, à condition que chaque couple prenne conscience que "quatre enfants constituaient le minimum nécessaire", comme le signifiera impérativement Himmler dans une circulaire du 13 septembre 1936.

La fermeture des centres de planification familiale, l'arrêt des interruptions volontaires de grossesse, le retrait des moyens contraceptifs furent évidemment les premières mesures prises par les nazis. Mais la portée de ces interdictions ne pouvait être que limitée (...).

[Dans ce même but, les nazis favoriseront ensuite le mariage dont l'unique mission est la procréation, le mariage des mineurs, le statut de mère célibataire, le statut de mère de famille nombreuse, le divorce et les remariages lorsque l'un des conjoints est devenu stérile, l'étude du Code du mariage afin de rendre légale la bigamie, les mariages biologiques chez les adolescents (des unions libres éphémères productrices d'enfants), la création de foyers pour mères célibataires (Lebensborn), le rapt d'enfants de type aryen dans les pays annexés, le kidnapping de mères de type aryen en Norvège, etc.]

Le plan racial établi par les nazis ayant donc posé comme règle impérative l'obligation du "plus grand nombre possible", il se comprend alors pourquoi fut condamnée l'homosexualité qui, de par sa nature, contrariait l'objectif recherché, c'est à dire l'accroissement de la race aryenne par l'expansion démographique.

Si l'on s'en rapporte à des indications approximatives, qui se situent par conséquent au-dessous de la réalité, il faut considérer que le nombre des homosexuels allemands avoisinait les deux millions et représentait ainsi 10% de la population en âge de procréer.

Un chiffre important...

Il y avait donc là une perte considérable d'énergie créatrice dont ne pouvait se satisfaire aisément un Pouvoir qui oeuvrait par ailleurs pour obtenir une augmentation fulgurante de la natalité.

Deux millions d'homosexuels, "ce sont autant de femmes pour lesquelles il n'y a pas d'hommes", alors qu'elles "sont aptes à procréer", s'était indigné Himmler, en constatant que "cela représentait une hypothèque énorme" pour l'avenir de l'Allemagne.

Si l'on s'en tenait au minimum de quatre enfants qui était souhaité pour chaque couple, c'était en fait un déficit de huit millions d'enfants qu'aurait dû subir le Troisième Reich du fait de ce manque à procréer qui était évidemment intolérable, car "un peuple ne pouvait pas supporter que l'avenir de son équilibre génétique fût menacé de la sorte".

Les penseurs nazis estimèrent donc très rapidement "qu'il convenait d'attacher une attention particulière à l'homosexualité" puisque, de par sa nature, "elle incarnait la négation de la communauté", c'est à dire, suivant l'explication du ministre Hans Frank, "le contraire de ce qui devait être pour perpétuer l'espèce".

Or, avait proclamé Himmler, "la survie ou la ruine de notre peuple dépend de l'augmentation ou de la disparition du sang nordique", ce qui était affirmer que "la vie sexuelle devait être une chose sacrée, vouée à des fins supérieures".

Le problème de l'homosexualité devint de la sorte une affaire d'Etat, puisque "ce dernier devait intervenir comme dépositaire d'un avenir millénaire en face duquel le désir et l'égoïsme de l'individu ne représentaient rien et devaient s'incliner (1)", qu'il lui en plaise ou non.

"Refuser à la nation des enfants robustes" fut alors considéré comme "un acte répréhensible" (1), Hitler précisant bien à propos de l'homosexualité que la "gravité de ce vice" se situait dans le fait qu'il "empêchait de procréer ceux dont la descendance était vitale pour le peuple".
L'affirmation est suffisamment claire pour qu'il soit démontré que la lutte contre l'homosexualité a revêtu dans la politique nazie un caractère racial qu'il est impossible de contester, puisque longtemps expliqué par les dirigeants hitlériens eux-mêmes.

Les Juifs ont été exterminés parce qu'ils nuisaient à la pureté de la race, et les homosexuels parce qu'ils nuisaient à la reproduction de la race. Dans les deux cas, était en cause la race.

La morale traditionnelle ne peut ainsi être invoquée pour expliquer le combat que les nazis allaient mener contre l'homosexualité.

HItler a d'ailleurs confirmé lui-même cette vérité de l'événement, puisqu'il déclarera que, dans cette lutte, "le point de vue moral était pour lui mineur", ce qui clôt donc toute discussion.

[Le problème de l'homosexualité] se situait en effet dans la mauvaise utilisation que les homosexuels faisaient du sperme dont ils étaient détenteurs, et qu'ils ne libéraient pas à des fins reproductives. Tel était leur crime !

L'obsession nataliste des dirigeants du Troisième Reich ne pouvait donc admettre que "ceux qui pratiquent l'homosexualité privent l'Allemagne des enfants qu'ils lui devaient".

Alors, "il faut abattre cette peste par la mort !" s'était écrié Himmler, qui dévoilait ainsi la finalité de la politique nazie à l'égard de l'homosexualité.

(1) Mein Kampf, A. Hitler.
(2) La Morale des Seigneurs, Hans Peter Bleuel.

Source : Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

Illustrations : (en haut) Adolf Hitler avant les années du pouvoir. Photo : Hitler wie ihn Keiner kennt, Heinrich Hoffmann, 1932 ; (au milieu, à gauche) Mesures anthropométriques destinées à vérifier l'arianité des individus ; (au milieu, à droite) Affiche des années trente pour le mensuel "Neues Volk", l'organe de presse du bureau des Affaires raciales du parti nazi. Texte de l'affiche : "Cet homme atteint d'une maladie héréditaire coûtera à la communauté 60 000 marks tout au long de sa vie. Citoyens, il s'agit aussi de votre argent." ; (en bas, à gauche) Le Reichsführer-S.S. Heinrich Himmler, principal artisan de la chasse aux homosexuels
"La décision de supprimer Ernst Röhm fut [...] prise par Hitler, qui confia cette tâche à Goering et à Himmler, trop heureux tous les deux de se débarrasser de ce puissant rival. Ils feront alors courir le bruit qu'Ernst Röhm préparait un putsch et, forts de ce prétexte, ils enverront les SS massacrer l'état-major de la SA qui se trouvait réuni dans un hôtel de Bad Wessee. Ce sera la fameuse Nuit des longs couteaux du 30 juin 1934, qui fera plus de deux cents morts, car on profitera de cette opportunité pour régler d'autres comptes...

On a sans doute affirmé par la suite que l'homosexualité de Röhm ne fut pas la cause principale de son élimination, et qu'elle ne constitua qu'un prétexte pour éliminer un personnage qui pouvait devenir politiquement dangereux. Au-delà des affirmations divergentes que les uns et les autres ont pu émettre à cet égard, il reste l'"explication" qu'ont donnée eux-mêmes les nazis et qui fit l'objet, le 1er juillet 1934, d'un communiqué officiel de leur bureau de presse : "L'opération d'arrestations offre moralement des images si affligeantes que toute trace de commisération devrait disparaître."

Texte : Le Triangle Rose, Jean Boisson (lire).

Photo : Carte postale représentant Ernst Röhm lors d'un rassemblement à Dortmund en 1933 (orig : USHM)
"Il convient aussi de rappeler qu'en 1933, sur proposition de sa commission de la Justice, le Reichstag était à la veille d'abroger [le paragraphe 175]. Il s'en est fallu de peu que les homosexuels ne fussent plus des délinquants aux yeux de la moribonde démocratie allemande de 1933. Les nazis héritèrent donc de justesse de l'article 175, ils se contentèrent d'aggraver l'incrimination et de prévoir, pour les homosexuels, la prison à vie : on sait ce que cela signifiait pour eux. On peut imaginer que, de toute façon, ils auraient ressuscité l'article 175. Mais aurait-on pu, par la suite, comptabiliser une telle décision parmi leurs crimes ?"

Texte : Réflexions et interrogations sur le massacre des homosexuels, Michel Vincineau (lire).

Photo : Adolf Hitler en 1923, au début de sa carrière politique (orig : Hitler wie ihn Keiner kennt, Heinrich Hoffmann, 1932. Berlin: "Zeitgeschichte" Verlag.)
"Les hitlériens tenaient dans le plus profond mépris la morale dite bourgeoise. En privé, ils ne manquaient pas de s'en gausser, mais ils ne se privaient pourtant pas de l'utiliser avec un art consommé lorsqu'elle convenait à leurs fins. Or, de même que l'antisémitisme, la répugnance à l'égard des homosexuels existait dans de larges couches de la population allemande bien avant les premières manifestations du nazisme. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne avait connu une affirmation du mode de vie homosexuel tout à fait exceptionnelle à l'époque et qui, pour certains, sent encore le soufre aujourd'hui. (...) Devant ce phénomène, l'idéologie nazie ne se montra guère imaginative, elle puisa dans l'arsenal accumulé par les milieux les plus divers depuis le parti communiste jusqu'aux églises."

Texte : Réflexions et interrogations sur le massacre des homosexuels, Michel Vincineau (lire).

Photo : Adolf Hitler, photographié lors d'un voyage en train, avant son accession au pouvoir. (orig : Hitler wie ihn Keiner kennt, Heinrich Hoffmann, 1932. Berlin: "Zeitgeschichte" Verlag.)
"Parce qu'elle s'appuyait sur des préjugés existant au sein de la population, l'idéologie anti-homosexuelle qui servit de prétexte à la Nuit des longs couteaux contribua incontestablement à cimenter l'approbation publique qui entoura l'évènement. C'est cette approbation qui incita les nazis à penser qu'ils pourraient, à l'avenir, recourir au meurtre à grande échelle dans des conditions identiques."

Texte : De l'Eldorado au IIIe Reich, conférence de G. Koskovich (lire).

Photo : Groupe de S.A. au repos après une parade. Röhm et Hitler en médaillon. (orig : Magazine Voilà, édition juin 1937)
"L'art nazi s'avère être une des clefs d'analyse et de compréhension du régime national-socialiste. En tout cas, il permet d'appréhender la fascination exercée par l'homosexualité sur les nazis et son retournement en une impitoyable persécution. La production cinématographique du IIIe Reich est très marquée par l'homoérotisme. L'amitié masculine, la beauté virile, l'héroïsme en sont des constantes."

Texte : De la fascination à la persécution, Blaise Noël (lire).

Photo : Cliché tiré de Olympia (Les Dieux du Stade), film de Leni Riefenstahl. Le film débute dans le temple de Zeus à Olympie , où des athlètes nus symbolisent la Grèce éternelle. La première du film eut lieu à l'occasion du 49ème anniversaire de Hitler, le 29 avril 1938.
"Il est un second fait, celui là propre à la perception du sort des homosexuels, qui tient à l'ambiguïté qui régna longtemps et qui règne encore autour de la question des relations entre nazisme, camps et homosexualité. Il y a là en fait deux problèmes. Le premier, déjà évoqué, est celui qui touche à une certaine image homosexuelle qui colla aux nazis avant leur accession au pouvoir, et plus essentiellement encore après la guerre. Avant, elle était essentiellement due à la fois à la critique de la morale "bourgeoise et bigote" à laquelle avait pu se livrer Hitler dans Mein Kampf, et aux scandales, largement exploités par la presse de gauche, liés à l'homosexualité quasi-déclarée de Röhm. Même si, dès juin 1934, la "nuit des longs couteaux" y mit bon ordre, si l'on peut dire, les milieux antifascistes continuèrent de cultiver cette image au point que l’équation “nazi = homosexuel” devienne un lieu commun bien ancré à la libération et perceptible jusqu’à aujourd’hui."

Texte : Négation,dénégation, Michel Celse et Pierre Zaouï (lire).

Photo : Affiche de 1933 assurant la promotion du film de Leni Riefenstahl sur le Rassemblement de Nuremberg. (orig : site "Nazi propaganda: 1933-1945")
"La notion de "maladie sociale" étant des plus floues, puisque relevant d'appréciations subjectives, il devenait alors possible de se débarrasser de tout individu qui était censé nuire à la perfection raciale que l'on recherchait. Malades mentaux, handicapés physiques, malades incurables atteints de "maladies sociales", mais aussi les personnes âgées qui n'étaient plus utiles à grand-chose et qui coûtaient cher. Hitler n'eut donc aucun scrupule à envisager l'élimination des uns et des autres, et un décret du 1er septembre 1939 permettra "d'élargir les compétences des médecins de telle sorte qu' ils puissent pratiquer l'euthanasie" sur le plus grand nombre possible. "

Texte : Le Triangle Rose, Jean Boisson (lire).

Photo : Mesures anthropométriques permettant de vérifier l'arianité des individus. (orig : United States Holocaust Memorial)
"La recherche de cette qualité [raciale] avait été ainsi considérée comme une priorité déterminante dont [Hitler] avait posé le principe dans son Mein Kampf, pour certifier qu'un "état qui veille jalousement à la conservation des meilleurs éléments de sa race doit devenir un jour maître de la terre", ce qui était bien le but recherché par le national-socialisme. (...) Hitler en déduisait alors que 'tout croisement de races était en contradiction avec la volonté de la nature qui tend à élever le niveau des êtres". Or, devait-il préciser, "ce but ne peut être atteint par l'union d'individus de valeur différente, mais seulement par la victoire complète et définitive de ceux qui représentent la plus haute valeur."

Texte : Le Triangle Rose, Jean Boisson (lire).

Photo : Affiche des années trente pour le mensuel "Neues Volk", l'organe de presse du bureau des Affaires raciales du parti nazi. Texte de l'affiche : "Cet homme atteint d'une maladie héréditaire coûtera à la communauté 60 000 marks tout au long de sa vie. Citoyens, il s'agit aussi de votre argent." (orig : site "Nazi propaganda: 1933-1945")
"Dans l'optique du Führer, le rôle de la femme se réduit d'abord à la maternité, puis à servir l'homme, à s'occuper de son foyer et de ses enfants pour le bien de l'Etat. Méprisant l'émancipation de la femme considérée comme une "invention juive", les autorités nazies, durant les trois premières années du régime, encouragent fortement le retour de la femme au foyer."

Texte : L'Art Nazi, A. Guyot et P. Restellini, Editions Complexe, Paris, 1996.

Photo : L'idéal féminin : "La fiancée du paysan", toile de Sepp Hilz. (orig : L'Art Nazi, A. Guyot et P. Restellini, Editions Complexe 1996)