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Les triangles roses

Il n'a jamais été possible de savoir le nombre exact d'homosexuels disparus dans les camps de concentration hitlériens. Nous ne connaissons de manière sûre que les statistiques des procès légaux en Allemagne, mais échappent à tout recensement les exécutions sommaires (à partir du début de la guerre), les rafles directes dans tous les pays européens, et les envois sans jugement, y compris en Allemagne, d'homosexuels directement acheminés sur les camps. De plus, les archives de ces camps ont souvent été détruites lors de l'avancée des troupes Alliées. Mais le principal obstacle est bien sûr le refus, à la Libération, de toutes les autorités Alliées de prendre en considération le problème des "triangles roses". Et la peur qui a poussé les victimes, comment leur donner tort, à cacher le plus souvent la vraie raison de leur déportation, s'il s'agissait d'homosexuels. Après tout, jusque dans les années soixante, un tel aveu, en Allemagne comme en Angleterre, ne leur aurait valu en principe qu'une nouvelle condamnation pénale.

Eugen Kogon, dans son livre L'Etat SS (1), rappelle les marques distinctives des groupes minoritaires en camp : "Triangle rouge pour les dissidents politiques, vert pour les criminels de droit commun, mauve pour les sectes religieuses, marron pour les Tziganes et rose pour les homosexuels". Le triangle était répété deux fois, sur le côté gauche de la veste et sur le côté droit du pantalon, pour mieux désigner les homosexuels aux persécutions des autres détenus.

La seule répression légalisée, c'est-à-dire les condamnations par les tribunaux allemands en vertu du paragraphe 175 " amélioré ", concerne environ 50 000 personnes. En examinant les statistiques, on constate que la moyenne des condamnations, un millier par an jusqu'en 1934, passe alors à cinq mille, puis dix mille par an de 1936 à 1940. Les homosexuels ainsi condamnés, après avoir purgé leur peine "civile" de prison, prenaient ensuite automatiquement le chemin des camps à leur "libération". En cas de condamnation pour récidive, la justice avait d'abord pris soin de les faire castrer.

A partir de 1940-1941, il y a une forte baisse des condamnations légales. Il ne s'agit évidemment pas d'une soudaine clémence, mais d'un changement dans les méthodes, désormais plus expéditives. Dès avant la guerre, un nombre inconnu d'homosexuels allemands avaient été envoyés directement en camp par le canal de la Gestapo, réorganisée en 1936 par Himmler, l'un des plus acharnés persécuteurs d'homosexuels du régime nazi. Himmler, favorable à l'exécution de tous les "dégénérés ", appliqua une sentence de mort immédiate à tous les employés de son propre ministère suspects d'homosexualité. Dans l'armée aussi, l'épuration se fit sans procès ni formes.

Entre 1936 et 1939, plusieurs dizaines de milliers d'homosexuels ont donc été envoyés directement en camps. Le théoricien nazi sur la question fut le Dr Rudolf Klare, qui a écrit L'Homosexualité et le Châtiment, et affirmé : "Seule une sévérité impitoyable peut amener à la pureté." Il faut rappeler que l'extermination des minorités par les nazis a commencé, bien avant la guerre, par les fous, les incapables sociaux, tous ceux que concernait, avant même une décision politique, l'eugénisme de la médecine nazie. Tel est aussi le cas des homosexuels.

Lors de la réorganisation de la Gestapo, Himmler, qui avait pris une part personnelle à l'exécution de Röhm et des deux cents victimes de la Nuit des longs couteaux, confia à la IIe division le soin particulier de la chasse aux homosexuels. C'est à ses ordres personnels qu'on doit le classement des détenus homosexuels en camps de niveau trois, camps de la mort réservés à eux, aux Juifs et aux Tziganes.

En 1937, le journal de la SS estime le nombre d'homosexuels allemands à deux millions d'individus, et exige leur liquidation. La répression extralégale prit alors une grande ampleur - tous les homosexuels connus de la police antérieurement à la création du IIIe Reich furent déportés. Rien qu'à Berlin, le fichier en question contenait 20 000 noms datant d'avant la prise de pouvoir par Hitler. A partir de 1940 s'y adjoignirent les homosexuels des fichiers des pays occupés.

Le travail forcé, les expériences médicales, notamment les essais de brûlures sur des sujets vivants pour tester les bombes au phosphore, décimaient les rangs des "triangles roses". D'après la discipline des camps de niveau trois, ils n'avaient pas le droit de tomber malades : leur admission à l'hôpital des camps était interdite. Tomber malade, c'était donc signer son arrêt de mort.

La haine des gardiens nazis pour les déportés homosexuels est connue. Ils s'acharnaient avec une violence particulière sur les ex-prostitués. Mais d'une façon générale, ils jugeaient que les "triangles roses" présentaient un danger de contamination très grave. Cette haine fut parfois portée jusqu'à l'absurde - dans un camp, de jeunes détenus condamnés pour vol ayant été logés, faute de place, dans les baraquements des "triangles roses", les gardes SS, choqués dans leur moralité à l'idée d'un tel voisinage, firent à ces jeunes déportés des injections mortelles de morphine. Entre homosexuels et autres déportés il fallait maintenir une infranchissable barrière.

Rudolf Höss, commandant du camp de Sachsenhausen, puis de celui d'Auschwitz, écrit dans ses mémoires : "A Sachsenhausen, on voulait séparer les homosexuels des autres. Ils devaient travailler jour et nuit . Rares sont ceux qui en sont sortis. C'était un véritable moulin à os."

Jean Danet, citant Michel Foucault, écrit que le camp de concentration est imaginairement un mixte de l'hôpital et de la basse-cour. Il est censé participer au plan de régénération de la race, de la sélection pour repeupler l'Allemagne en sujets sains. Les expériences médicales pratiquées dans les camps rappellent cette dimension : à Ravensbrück, "stages de guérison" pour homosexuels, le plus souvent mortels. A Buchenwald, un médecin danois essayait, avec le soutien de Himmler, les injections massive d'hormones mâles.

Expériences sadiques ou extermination déguisée, la médicalisation de l'homosexualité trouve là sa dernière expression, d'une terrible ironie. Le lien de l'hygiène sociale soviétique à la médecine tueuse des camps nazis, c'est bien celui de la Science, même caricaturale, science des comportements, science marxiste, science nazie. Car de la théorie de l'homosexualité comme dégénérescence chère à Kraft-Ebing, le maître d'Hirschfeld, jusqu'à l'eugénisme hitlérien, en passant par le "péril social" soviétique, court un même fil teint de sang.

(1) L'Etat SS, le système des camps de concentration allemands, Eugen Kogon, 1946. Europäische Verlagsanstalt, F. am Main 1947, Edition de la Jeune Parque 2004, Collections Points (Histoire) - Seuil.

Source : Race d'Ep !, de Guy Hocquenghem, Editions Libres/Hallier, Paris, 1979.

Photo : Guy Hocquenghem

Arrival at Sachsenhausen


By January 1940 the complement for the transport was made up, and we were to be taken to a camp. One night we were loaded thirty to forty at a time into the police wagons, and driven to a freight station where a prison train was already waiting. This train consisted mainly of cattle trucks with heavily barred open windows, as well as so-called cell wagons. These were also cattle trucks, but divided up into five or six cells, similarly barred, and set aside for the worst criminals.

I was placed in one of these cells, together with two young men of about my age. We remained together the whole journey. This lasted thirteen days, and proceeded via Salzburg, Munich, Frankfurt, and Leipzig to Berlin-Oranienburg. Each evening we were put off the train and taken to a prison to spend the night, sometimes by truck, but other times on foot. If we went on foot, we had to march in long heavy chains. These gave a ghostly rattle, like a slave caravan in the depths of the Middle Ages, and passersby would stare fixedly at us in terror.

The cells in the cell wagon only had proper room for one person, with a wooden table and bench. That was the entire furniture, not even a water jug or chamber pot. We were fed only in the evening, at the prisons where we stopped overnight, aslo being given there a large piece of bread to take on the train the next day. If the train was to stay clean, then we could only attend to the wants of nature at night [...]

When we reached the Oranienburg station, we were again loaded up a ramp onto trucks and driven to Sachsenhausen camp [...] As soon as we were unloaded on the large, open parade ground, some SS NCOs came along and attacked us with sticks. We had to form up in rows of five, and it took quite a while, and many blows and insults, before our terrified ranks were assembled. Then we had a roll call, having to step forward and repeat our name and offense, whereupon we were immediately handed over to our particular block leader.

When my name was called I stepped forward, gave my name, and mentioned Paragraph 175. With the words. "You filthy queer, get over there, you butt-fucker!" I received several kicks from behind and was kicked over to an SS sergeant who had charge of my block. The first thing I got from him was a violent blow on my face that threw me to the ground. I pulled myself up and respectfully stood before him, whereupon he brought his knee up hard into my groin so that I doubled up with pain on the ground. Some prisoners who were on duty immediately called out to me. "Stand up quick, otherwise he'll kick you to bits!" My face still twisted, I stood up again in front of my block sergeant, who grinned at me and said: "That was your entrance fee, you filthy Viennese swine, so that you know who your block leader is."

When the whole transport was finally divided up, there were about twenty men in our category. We were driven to our block at the double, interrupted by the commands: "Lie down! Stand up! Lie down, stand up!" and so on, from the block leader and some of his men, then having once again to form up in ranks of three. We then had to strip completely naked, lay our clothes on the ground in front of us, with shoes and socks on top, and wait - wait - wait. It was January and a few degrees below zero, with an icy wind blowing through the camp, yet we were left naked and barefoot on the snow-covered ground, to stand and wait. An SS corporal in winter coat with fur collar strode through our ranks and struck now one of us, now another, with a horsewhip, crying. "This is so you don't make me feel cold, you filthy queers." He also trod deliberately on the prisoners' toes with his heavy boots, making them cry out in pain. Anyone who made a sound, however, was immediately punched in the stomach with the butt end of his whip with a force that took his breath away. Almost sweating from dealing out blows up and down, the SS corporal said, "You queers are going to remain here until you cool off."*

Finally, after a terribly long time, we were allowed to march to the showers - still naked and barefoot. Our clothes, which had already had nametags put in, remained behind, and had vanished when we returned. We had to wash ourselves in cold water, and some of the new arrivals collapsed with cold and exhaustion. Only then did the camp doctor have the warrn water turned on, so that we could thaw ourselves out. After the shower we were taken to the next room, where we had to cut our hair, pubic hair included. Finally we were taken, still naked - to the clothing stores, where we were given underwear and were "fitted" with prison clothing.'This was distributed quite irrespective of size. The trousers I received were far too short, and came only just below my calves; the jacket was much too narrow and had too-short sleeves. Only the coat fitted tolerably well, but by mere accident. The shoes were a little too big and smelled strongly of sweat, but they had leather soles, which made walking a lot easier than the wooden soled shoes that many new arrivals received. As far as clothing went, at least, I didn't do too badly. Then we had to form up again outside our block and have its organization explained to us by the camp commander. Our block was occupied only by homosexuals, with about 250 men in each wing. We could only sleep in our nightshirts, and had to keep our hands outside the blankets, for: "You queer assholes aren't going to start jerking off here!" The windows had a centimeter of ice on them. Anyone found with his underclothes on in bed or his hands under his blanket - there were checks almost every night - was taken outside and had several bowls of water poured over him before being left standing outside for a good hour. Only a few people survived this treatment. The least result was bronchitis, and it was rare for any gay person taken into the sick bay to come out alive. We who wore the pink triangle were prioritized for medical experiments, and these generally ended in death. For my part, therefore, I took every care I could not to offend against the regulations.

Our block senior and his aides were "greens" - that is, criminals. They looked it, and behaved like it too. Brutal and merciless toward us "queers," and concerned only with their own privilege and advantage, they were as much feared by us as the SS. In Sachsenhausen, at least, a homosexual was never permitted to have any position of responsibility. Nor could we even speak with prisoners from other blocks, with a different-colored badge; we were told we might try to seduce them. And yet homosexuality was much more rife in the other blocks, where there were no men with the pink triangle, than it was in our own. We were also forbidden to approach nearer than five meters of the other blocks. Anyone caught doing so was whipped on the "horse," and was sure of at least fifteen to twenty strokes. Other categories of prisoner were similarly forbidden to enter our block. We were to remain isolated as the damnedest of the damned, the camp's "shitty queers," condemned to liquidation and helpless prey to all the torments inflicted by the SS and the Kapos.

The day regularly began at 6 a.m., or 5 a.m. in summer, and in just half an hour we had to be washed, dressed, and have our beds made in the military style. If you still had time, you could have breakfast, which meant hurriedly slurping down the thin flour soup, hot or lukewarm, and eating your piece of bread. Then we had to form up in eights on the parade ground for morning roll call. Work followed, in winter from 7-30 a.m. to 5 p.m., and in summer from 7 a.m. to 8 p.m., with a half-hour break at the workplace. After work, straight back to the camp and immediate parade for evening roll call. Each block marched in formation to the parade ground and had its permanent position there. The morning parade was not so drawn out as the much-feared evening roll call, for only the block numbers were counted, which took about an hour, and then the command was given for work detachments to form up.

At every parade, those who had just died had also to be present; that is, they were laid out at the end of each block and counted as well. Only after the parade, having been tallied by the report officer, were they taken to the mortuary and subsequently burned.Disabled prisoners had also to be present for parade. Time and again we helped or carried comrades to the parade ground who had been beaten by the SS only hours before. Or we had to bring along fellow prisoners who were half-frozen or feverish, so as to have our numbers complete. Any man missing from our block meant many blows and thus further deaths. We new arrivals were now assigned to our work, which was to keep the area around the block clean. That at least is what we were told by the NCO in charge. In reality, the purpose was to break the very last spark of independent spirit that might possibly remain in the new prisoners, by senseless yet very heavy labor, and to destroy the little human dignity that we still retained. This work continued until a new batch of pink-triangle prisoners were delivered to our block and we were replaced. Our work, then, was as follows: in the moming we had to cart the snow outside our block from the left side of the road to the right side. In the aftemoon we had to cart the same snow back from the right side to the left. We didn't have barrows and shovels to perform this work either - that would have been far too simple for us "queers." No, our SS masters had thought up something much better. We had to put on our coats with the buttoned side backward, and take the snow away in the container this provided. We had to shovel up the snow with our hands - our bare hands, as we didn't have any gloves. We worked in teams of two. Twenty turns at shoveling up the snow with our hands, then twenty turns at carry ing it away. And so right through to the evening, and all at the double! This mental and bodily torment lasted six days, until at last new pink-triangle prisoners were delivered to our block and took over from us. Our hands were cracked all over and half frozen off, and we had become dumb and indifferent slaves of the SS. I learned from prisoners who had already been in our block a good while that in summer similar work was done with earth and sand. Above the gate of the prison camp, however, the "meaningful" Nazi slogan was written in big capitals. "Freedom through work!"

*The slang word for homosexual used here is "warmer Bruder", literally "hot brother", which gives occasion for a lot of vicious puns.


Source : The Men with the Pink Triangle, Heinz Heger (alias), translated by David Fernbach, Alyson Books, 1980

Photos : Camp de Sachsenhausen : déportés alignés devant la grille d'entrée du camp (en haut) ; déportés pénétrant à l'intérieur du camp (milieu, à gauche) ; portail du camp (bas, à droite),

Deportação nazista de homossexuais: uma viagem à dor e ao silêncio


Resumo -Este artigo analisa o livro Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel (“Eu, Pierre Seel, Deportado Homossexual”, sem tradução para o português), autobiografia do único francês homossexual a falar abertamente sobre sua experiência de deportado durante a Segunda Guerra Mundial e de prisioneiro do campo de concentração nazista. É o testemunho de uma longa viagem à dor e ao silêncio.

Palavras-chave -literatura de testemunho, homossexualidade, nazismo.

Muitas vezes, quando se fala em viagens, são evocados bons momentos e belas imagens. Mas para milhares de homossexuais que foram perseguidos pelo regime nazista e enviados a campos de concentração, as lembranças são bem diferentes, são de momentos dolorosos, sofridos e traumáticos. É o que se pode observar com a autobiografia do francês Pierre Seel, deportado ao campo de Schirmeck-Vorbrück, na região da Alsácia, o único em solo francês. Depois de anos de silêncio, resolveu contar sua história, testemunhar, denunciar. Assim, escreveu Moi, Pierre Seel, Déporté Homosexuel (“Eu, Pierre Seel, Deportado Homossexual”, sem tradução para o português).

Com a Segunda Guerra Mundial, a região da Alsácia foi tomada pelos nazistas, e em 3 de maio de 1941, ainda aos 17 anos, Seel foi capturado. Depois de ficar dez dias na cadeia da cidade, onde sofreu tortura, foi transferido ao campo de concentração de Schirmeck-Vorbrück. A primeira viagem rumo à dor. Lá, foi obrigado a usar um uniforme marcado com uma faixa azul, que significava católico e/ou prisioneiro anti-social, ao invés do triângulo rosa, símbolo que marcava os homossexuais capturados em Auschwitz, mas que não estava sendo usado em Schirmeck. Porém, sabia-se que o eram. Os nazistas, assim, faziam uso da tortura para tentar descobrir outros homossexuais que ainda não haviam sido capturados. “A engrenagem de violência se acelerou. Irritados com nossa resistência, os SS começaram a arrancar as unhas de alguns de nós. Com raiva, eles romperam as réguas sob as quais nós estávamos ajoelhados e se serviram delas para nos violar. Nossos intestinos foram perfurados. O sangue salpicava por todo lado. Eu ainda escuto nossos atrozes gritos de dor. (SEEL, 1994, p. 39, tradução minha).

Podemos observar que uma importante questão presente em sua autobiografia é a da violência sofrida, das torturas. Esta é, aliás, uma das características desse tipo de escrita, pertencente à Literatura de Testemunho, que engloba as diversas narrativas de situações-limite. “Essa ética e estética da literatura de testemunho possui o corpo – a dor – como um dos seus alicerces.” (SELIGMANN-SILVA, 2005, p. 111).

Pierre Seel narra, assim, como foi o tempo que passou no campo de concentração e tudo o que foi obrigado a suportar. “Eu vivi seis meses desse jeito, nesse espaço onde o horror e a selvageria eram a lei. Mas eu demoro a evocar a provação que foi a pior para mim, embora ela tenha se passado nas primeiras semanas do meu encarceramento nesse campo. Ela contribuiu mais que tudo a fazer de mim essa sombra obediente e silenciosa entre os outros.” (SEEL, 1994, p. 58, tradução minha).

Seligmann-Silva afirma que, “na literatura de testemunho de um modo geral é frequente a concepção do campo como constituindo a “única realidade” e a afirmação da impossibilidade de saída dele, da impossibilidade de libertação dele.” (Seligmann-Silva, 2005, p. 110). Também vemos isso presente nas memórias de Pierre Seel: “O ritmo infernal do campo, feito de jornadas repetitivas pontuadas de humilhações incessantes, instalou-se por muito tempo em meu corpo, em minha cabeça. Nada se passava além do ciclo cotidiano de atrocidades tranquilamente programadas pelos SS.” (SEEL, 1994, p. 61, tradução minha).

Depois desses meses passados e sofridos no campo de concentração, foi libertado. Ele narra, em sua autobiografia, como estava seu estado mental, ao sair e andar pelas ruas de Schirmeck, rumo à estação de trem: “Uma hora mais cedo, não longe da forca, eu fazia ainda gestos de autômato descerebrado em meio a gritos, cães, pequenas metralhadoras e torres de vigilância.” (SEEL, 1994, p. 64, tradução minha). E observamos em seu texto que são repassadas à escrita todas as indagações que ele se fazia ao sair de lá, narrando também como aconteceu seu retorno para casa e como se sentiu ao se deparar com sua família. “uando cheguei em casa, eu toquei a campainha como um estranho.” (SEEL, 1994, p. 65, tradução minha). Estrangeiro, aquele que é diferente, que vem de um outro lugar, que não pertence a um grupo, a uma cidade, a uma família. Aquele que não compartilha os mesmos signos, não é familiar, conhecido. Estranho. Era assim que se sentia.

“Nós estávamos em 6 de novembro de 1941. Um duplo segredo acabava de se selar de uma só vez: o do horror nazista e o da vergonha de minha homossexualidade. De vez em quando, um olhar caía sobre mim, cheio de interrogações sobre meu aspecto famélico. Em que eu havia me transformado em seis meses? Eu era, portanto, homossexual? Que me haviam feito passar os nazistas? Por que haviam me libertado? Essas questões naturais, ninguém as colocava. Mas se alguém tivesse feito, eu não teria respondido: eu estava preso ao meu duplo segredo. E a esses olhares silenciosos, eu levei quarenta anos para responder.” (SEEL, 1994, p. 66, tradução minha).

Vemos, portanto, que foi uma viagem bem longa essa do silêncio. Antes de Pierre Seel ter sido libertado do campo de concentração, teve que assinar uma declaração em que aceitava tornar-se um cidadão alemão, como podiam fazer os alsacianos sob a ocupação. Essa era uma tática nazista, pois, com isso, foi obrigado a fazer parte do exército alemão e a lutar na guerra, durante três anos. Sua segunda viagem ao sofrimento.

“Portanto, a guerra, aos dezoito anos e meio, e com o uniforme alemão. Eu não me lembro da minha partida de Mulhouse; e os três anos que se seguiram, em que eu atravessei a Europa toda, muitos detalhes, lugares, datas, escapam-me completamente. Eu faço um esforço para me lembrar e para delimitar os acontecimentos, mas eles se esquivam: esquecidos? reprimidos? É como se, nas garras dos nazistas, eu tivesse concentrado toda minha vontade na ideia única de sobreviver, e não na de me lembrar. Somente fragmentos de memória se mantêm, aleatórios, desconcertados em sua desordem”. (SEEL, 1994, p. 69, tradução minha).

Observamos, assim, em seu relato, uma memória fragmentada. Outra característica da literatura de testemunho. Isso é decorrência da situação extrema pela qual passou o sobrevivente. O filósofo Paul Ricoeur afirma, em seu livro A História, a Memória, o Esquecimento, que a testemunha não esteve ela mesma distante dos acontecimentos, ela não ‘assistiu’ a eles; ela foi sua vítima. E, dialogando com Saul Friedlander, escritor do livro Probing the Limits of Representation, o filósofo aborda a questão do limite.

“O vocábulo pode designar dois tipos de limites: de um lado, um tipo de esgotamento das formas de representação disponíveis em nossa cultura para dar legibilidade e visibilidade ao acontecimento chamado ‘solução final’; de outro lado, uma solicitação, uma exigência de ser dito, representado, elevando-se do próprio cerne do acontecimento, procedendo, portanto, dessa origem do discurso que certa tradição retórica considera como o extralinguístico, banido da terra semiótica”. (RICOEUR, 2008, p. 267).

Além disso, a violência sofrida, ou seja, “os danos físicos infligidos das rupturas de contrato, as contestações a respeito de atribuição de bens, de posições de poder e de autoridade, e todos os outros delitos e crimes constituem outras tantas feridas de memória que demandam um trabalho de memória inseparável de um trabalho de luto visando a uma reapropriação por todas as partes do delito e do crime, apesar de sua estranheza essencial. Da cena traumática à cena simbólica, poderíamos dizer” (RICOEUR, 2008, p. 334).

Seel sofreu muitos atos violentos, e violência de toda espécie, desde corporal à simbólica. Ademais, presenciou a morte de muitas pessoas, inclusive de pessoas que amava. E também foi obrigado a matar para não morrer. Todas essas fortes impressões podem gerar traumas, que podem ser fortes demais e ser apagados ou então podem estar presentes para sempre. Permanecem mesmo quando estão inacessíveis, indisponíveis. Em seu lugar, aparecem fenômenos de substituição, sintomas que mascaram o retorno do recalcado de modos diversos, como, por exemplo, os sonhos. Além disso, percebemos também em Pierre Seel a “síndrome do sobrevivente”, termo usado por W. G. Niederland para representar uma “situação crônica de angústia e depressão, marcada por distúrbios de sono, pesadelos recorrentes, apatia, problemas somáticos, anestesia afetiva, ‘automatização do ego’, incapacidade de verbalizar a experiência traumática, culpa por ter sobrevivido e um trabalho de trauma que não é concluído” (SELIGMANN-SILVA, 2005, p. 68).

Pierre Seel nos narra:
“Um fantasma eu me tornei e um fantasma eu permanecia: não devia ainda ter tomado consciência de que eu continuava vivo. À noite, me visitavam pesadelos e durante o dia eu praticava o silêncio. Eu queria esquecer todos os detalhes e todos os terrores dos quatro anos que eu acabava de viver. Estava totalmente exausto por meus múltiplos enfrentamentos com a morte e constatava dolorosamente a impotência que eu havia sentido ante a morte dos outros. Uma tristeza imensa havia se apossado de mim. E eu não tinha desejo algum.” (SEEL, 1994, p. 113, tradução minha).

Quatro anos de muito sofrimento, percorrendo vários lugares da Europa, tendo sido transformado pelos nazistas em um fantasma a serviço da morte. O armistício foi selado em 8 de maio de 1945, terminando assim a guerra. Porém sua repatriação tardou a acontecer. A demorada e burocrática volta à França ocorreu somente no dia 7 de agosto de 1945, chegando a Paris, onde ficou ainda por mais um ano, ajudando no registro dos repatriados. Enfim, depois de quatro anos, retornou a sua cidade, Mulhouse. Mas constatou: “Eu já comecei a censurar minhas lembranças e percebi que, apesar das minhas expectativas, apesar de tudo que eu havia imaginado, da emoção do retorno tão esperado, a verdadeira Libertação era para os outros.” (SEEL, 1994, p. 110, tradução minha). Começou, portanto, uma outra viagem, a do silêncio.

Um grande fator que contribuiu para isso foi que, com o fim da guerra, o governo Charles de Gaulle modificou o código penal francês, retirando principalmente leis anti-semitas. Porém, os artigos contra homossexualidade continuaram, tornando-se ainda mais rígidos em 1962. Somente em 1981 deixou de ser ilegal na França. Portanto, as vítimas homossexuais sentiam-se inseguras para contar suas verdadeiras histórias, por medo do estigma e de possíveis ações legais, e, assim, omitiam-nas, ou mesmo mentiam. O testemunho dos homossexuais era, portanto, socialmente inaudível, impossível e perigoso. Assim, relata Seel: “Tendo conhecimento da existência dessa lei, eu compreendi também que ao falar, eu corria o risco de ser ameaçado do lado dos tribunais, e acusado de fazer apologia de uma sexualidade 'contra-natureza'.” (SEEL, 1994, p. 115). Os homossexuais somente foram reconhecidos como vítimas do nazismo há alguns anos. O governo alemão pediu desculpas, em novembro de 2000, pelas deportações e torturas sofridas. E o estado francês reconheceu somente em abril de 2001 as perseguições sofridas por eles durante a Segunda Guerra Mundial.

Assim, depois de anos de auto-censura, silêncio e solidão, Pierre Seel resolve tentar levar uma vida “normal”. E, para isso, acreditava que o casamento era a solução. Desse modo, Seel casou-se, em 1950, tendo, mais tarde, três filhos. No entanto, tudo isso havia sido apenas uma ilusão. Anos depois, percebendo que não havia dado certo sua tentativa e sentindo-se muito angustiado, resolveu quebrar o silêncio. E aqui vemos outra marca muito importante da literatura de testemunho. A narrativa “é tecida como uma forma de se ‘libertar’ do passado como também se desdobra como um doloroso exercício de construção da identidade. Ela é uma narração necessária tanto em termos individuais como também – pensando universalmente – deve funcionar como um testemunho para a posteridade. Ela é um ato subjetivo e objetivo, psicológico e ético” (SELIGMANN-SILVA, 2005, p. 114).

Testemunhar foi algo que lhe fez bem. “Eu reconheço que tudo isso me tranquilizou. Eu me senti subitamente rodeado de um novo respeito pela minha identidade. E eu mesmo me olhei com mais dignidade. Sem dúvida porque eu tinha desse momento em diante um dever: fazer reconhecer a deportação dos homossexuais.” (SEEL, 1994, p. 159, tradução minha).

Bella Josef nos diz que “o testemunho nasceu, muitas vezes, da necessidade de apresentar o lado escondido da história, a dos dominados em oposição à dos dominadores.” (JOSEF, 1999, p. 298). Ela afirma também que, partindo-se do pessoal, tenta-se superá-lo para impor uma problemática coletiva, que foi justamente o que fez Seel. Ao falar de si e prestar seu testemunho, busca resgatar a memória coletiva desse grupo que, assim como ele, foi perseguido pelo fato de ser homossexual. O “eu” representa, assim, também os outros; temos um passado particular que pode ser visto também como coletivo.

Portanto, Pierre Seel dá voz a esse coletivo do qual fez parte, buscando que a justiça seja feita. Segundo Paul Ricoeur, é esta que transforma a memória em projeto, extraindo das lembranças traumatizantes seu valor exemplar, e é esse mesmo projeto de justiça que dá ao dever de memória a forma do futuro e do imperativo.
“É preciso primeiro lembrar que, entre todas as virtudes, a da justiça é a que, por excelência e por constituição, é voltada para outrem. (...) O dever de memória é o dever de fazer justiça, pela lembrança, a um outro que não o si. (...) O dever de memória não se limita a guardar o rastro material, escrito ou outro, dos fatos acabados, mas entretém o sentimento de dever a outros, que não são mais, mas já foram.” (RICOEUR, 2008, p. 101).

Essa é uma outra característica extremamente relevante da literatura de testemunho, pois ela existe apenas no contexto da contra-história, da denúncia e da busca pela justiça. “A verdade e a utilidade são, portanto, fundamentais.” (Seligmann-Silva, 2005, p. 88). Busca-se um registro da história, da opressão, e há uma simbiose entre memória e história.

Assim, vemos que a autobiografia, como afirma Phillipe Lejeune, “é feita para transmitir um universo de valores, uma sensibilidade ao mundo, experiências desconhecidas, e isto no quadro de uma relação pessoal percebida como autêntica e não ficcional.” (LEJEUNE, 2003, p. 53-54). E, portanto, inscreve-se tanto no campo do conhecimento histórico, pelo desejo de saber e de compreender; no campo da ação, pela promessa de facultar esse conhecimento aos outros; como também na área da criação artística, afinal trata-se de um texto literário.

De acordo com Georges Gusdorf, as Memórias propõem uma crônica pessoal do devir histórico, colocando a ênfase sobre a ordem das coisas, ao invés da subjetividade própria do narrador. “Sem dúvida, ele reage ao acontecimento com uma certa complacência de si mesmo, que ele não precisa dissumular, mas o interesse principal se coloca nos acontecimentos políticos, militares, diplomáticos aos quais o redator esteve envolvido.” (GUSDORF, 1991, p. 252, tradução minha).

Gusdorf diz também que a autobiografia permite ao historiador ver a realidade com os mesmos olhos dos que a viveram. No entanto, há uma relação objetiva dos acontecimentos de que o autor participou, pois busca ser uma testemunha destinada a trazer uma contribuição à história de seu tempo, mesmo estando inscrito no interior de suas lembranças. Seel afirma: “Testemunhar, dizer tudo, exigir reabilitação do meu passado, desse passado que é também o de muitos outros, esquecidos, ocultos nas horas negras da Europa. Testemunhar para proteger o futuro, testemunhar para acabar com a amnésia dos meus contemporâneos.” (SEEL, 1994, p. 156-157, tradução minha).

A autobiografia de Pierre Seel é, deste modo, um importante texto, tanto em termos literários, quanto em termos de documento histórico. Ricoeur afirma que “não temos nada melhor que o testemunho, em última análise, para assegurar-nos de que algo aconteceu, a que alguém atesta ter assistido pessoalmente” (RICOEUR, 2008, p. 156). Seel escreve justamente para dar seu testemunho. Para fazer visíveis as crueldades sofridas pelos homossexuais, recuperando, assim, a memória de um passado de repressão, e buscando o reconhecimento desse grupo, considerado como o mais inferior, pelos nazistas, e por muitas pessoas ainda hoje. E é justamente contra a repetição dessas situações de barbárie que Seel escreveu a história de sua vida, a história das difíceis viagens rumo à dor e ao silêncio.

Abstract: This article discusses the book Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel (Liberation Was for Others: Memoirs of a Gay Survivor of the Nazi Holocaust, in its English version), autobiography of the only French homosexual to openly speak about his experience of deported during the Second World War and prisoner of a Nazi concentration camp. It is the testimony of a long journey to pain and silence.

Keywords: literature of testimony, homosexuality, Nazism

REFERÊNCIAS
GUSDORF, Georges. Les écritures du moi. Paris: Ed. Odile Jacob, 1991.
JOSEF, Bella. “(Auto)biografia: os territórios da memória e da história”. In LEENHARDT, J. e PESAVENTO, S. (orgs.). Discurso histórico e narrativa literária. Campinas: Editora da Unicamp, 1998.
LEJEUNE, Phillipe. “Definir Autobiografia”. In MORÃO, P. (org.). Autobiografia. Auto-representação. Lisboa: Fac. Letras de Lisboa, 2003.
RICOEUR, Paul. A memória, a História, o Esquecimento. Campinas: Editora da Unicamp, 2008.
SEEL, Pierre; LE BITOUX, Jean. Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel. Paris: Éditions Calmann-Lévy, 1994.
SELIGMANN-SILVA, Márcio (org.). O local da diferença: ensaios sobre memória, arte, literatura e tradução. São Paulo: Editora 34, 2005.

FONTE: http://www.pgletras.uerj.br/palimpsesto/num7/dossie/dossie_TiagoElidiodaSilva.htm

Source : Deportação nazista de homossexuais: uma viagem à dor e ao silêncio, Tiago Elídio (Mestrando, UNICAMP). Tiago Elídio peut être contacté à l'adresse suivante : tiagoelidio@gmail.com

Photo : Paris, le 29 avril 2001. Commémoration de la Journée nationale du souvenir de la déportation, sur l'Ile de la Cité, à Paris. Pierre Seel, à gauche, en compagnie de Jean Le Bitoux, président d'honneur du Mémorial de la Déportation Homosexuelle. Contrairement aux années précédentes, les délégations officielles (représentées sur cette photo par des militaires en tenue) n'ont pas quitté les lieux à l'arrivée de la délégation homosexuelle. A l'issue de la cérémonie, Bertrand Delanoë, maire de Paris, s'est entretenu avec les participants, parmi lesquels : Mme Simone Weil (ancienne déportée à Auschwitz, ancienne ministre), M. Pierre Seel, M. Masseret (Secrétaire d'Etat à la Défense chargé des anciens combattants), M. Jean Le Bitoux et M. René Lalement, président du Mémorial de la Déportation Homosexuelle (Photo : Franck Dennis - no copyright).

Bent (Acte I, scène 5)


On entend un sifflement de train, le bruit d'un train roulant dans la nuit. Encore un bruit de sifflement.

Une lumière monte. C'est un train de prisonniers. On en aperçoit juste un angle. Cinq prisonniers sont éclairés. Deux hommes en civil, puis Rudy et Max, et un jeune homme d'une vingtaine d'années, vêtu d'un uniforme rayé, sur lequel est cousu un triangle rose. Un garde marche parmi eux. Il a un revolver.

Un temps.

Rudy : Tu penses qu'ils nous emmènent où ?

Un temps.

Les autres prisonniers regardent au loin. Le garde marche dans le cercle de lumière.

Un temps.

(Il s'adresse au prisonnier qui est près de lui)

Tu as un mandat d'arrêt ?

Le prisonnier ne répond pas.

Max : Rudy !

Un temps.

Rudy et Max se regardent. Ils sont pétrifiés de peur. Rudy tend la main, puis la retire. On entend un terrible cri, de loin. Rudy et Max se regardent, puis se détournent.

Un temps.

Le garde marche dans le cercle de lumière.

Un temps.

Un autre cri.

Un temps.

Le garde marche dans le cercle de lumière. Un officier SS apparaît, le cercle de lumière s'agrandit. L'officier regarde chaque prisonnier. S'arrête sur Rudy.

Officier : Les lunettes (un temps). Donne-moi tes lunettes.

Rudy tend ses lunettes à l'officier. L'officier les examine.

Monture en corne. Intelligentsia.

Rudy : Quoi ?

Officier : (sourit) Lève-toi.

Le garde fait lever Rudy.

Marche sur tes lunettes.

Rudy est debout, pétrifié.

Marche dessus.

Rudy marche sur ses lunettes.
Il s'adresse au garde.

Emmène-le.

Rudy : Max !

Rudy lance un regard Max. Le garde l'entraîne en dehors du cercle.
L'officier sourit.

Officier : Les lunettes.

D'un coup de pied, il repousse les lunettes. L'officier sort du cercle de lumière.
La lumière se resserre.
Max regarde devant lui. Le garde marche dans le cercle de lumière.

Un temps.

On entend un cri. Hors du cercle.
Cri de Rudy.
Max se raidit.

Un temps.

Cri de Rudy à nouveau.
Max essaie de se relever.
L'homme au triangle rose (Horst) va vers Max, il le touche.

Horst : Ne bouge pas.

Il retire sa main et regarde devant lui. Le garde marche dans le cercle de lumière.

Ne bouge pas. Tu ne peux pas l'aider.

Rudy hurle.

Un temps.

Le garde marche dans le cercle de lumière.

Max : C'est pas vrai.

Horst : Si, c'est vrai.

Max : Où nous emmènent-ils ?

Horst : Dachau.

Max : Comment le sais-tu ?

Horst : J'ai déjà été embarqué. Ils m'ont emmené à Cologne pour un film de propagande. Triangle rose en bonne santé. Maintenant retour à Dachau.

Max : Triangle rose ? Ça veut dire quoi ?

Horst : Pédé. Voilà ce que tu portes si tu es pédé. Si tu es juif, une étoile jaune. Engagé politique, un triangle rouge. Criminel, vert. Le rose, c'est le bas de l'échelle.

Il regarde droit devant lui. Le garde marche dans le cercle de lumière.
Rudy hurle.
Max sursaute.

Max : C'est pas vrai.

Un temps.

Ça peut pas être vrai.

Un temps.

Horst : Ecoute-moi. Si tu réchappes au train, tu as une chance. C'est là qu'on vous brise. Tu peux rien faire pour ton copain. Rien. Si tu essaies de l'aider, si tu essaies de t'occuper de ses blessures, ils te tueront. Si seulement tu vois - vois ce qu'ils lui font, - entends - entends ce qu'ils lui font, ils te tueront. Si tu veux sauver ta peau, oublie son existence.

Rudy hurle.

Max : C'est pas vrai.

Rudy hurle.

Horst : Il n'a aucune chance. Il portait des lunettes.

Rudy hurle.

Si tu veux survivre, oublie-le.

Rudy hurle.

C'est vrai.

Horst s'en va.
La lumière entièrement sur le visage de Max.
Rudy crie. Max regarde devant lui et murmure à lui-même.

Max : C'est pas vrai... C'est pas vrai...

La lumière monte.
Le garde tire Rudy à moitié inconscient.
Son corps mutilé saigne. Le garde le soutient.
L'officier apparaît dans la lumière.
Max regarde au loin. L'officier regarde Max.
Max marmonne toujours en lui-même.

Officier : (à Max) Qui est cet homme ?

Max : Je ne sais pas.

Max arrête de marmonner, regarde droit devant lui.

Officier : Ton ami ?

Un temps.

Max : Non.

Rudy gémit.

Officier : Regarde-le.
Max regarde droit devant lui.

Regarde !

Max regarde Rudy.
L'officer frappe Rudy sur la poitrine. Rudy crie.

Ton ami ?

Max : Non.

L'officier frappe encore Rudy sur la poitrine. Rudy hurle.

Officier : Ton ami ?

Max : Non.

Un temps.

Officier : Frappe-le.

Max regarde l'officier.

Comme ça.

L'officier frappe Rudy sur la poitrine. Rudy hurle.

Frappe-le !

Max ne bouge pas.

Ton ami ?

Max ne bouge pas.

Ton ami ?

Max : Non.

Max ferme les yeux. Il frappe Rudy sur la poitrine.

Officier : Ouvre tes yeux.

Encore.

Max frappe le torse de Rudy.

Encore.

Max frappe encore et encore et encore...

Ça suffit.

L'officier pousse Rudy aux pieds de Max.

Ton ami ?

Max : Non.

Officier : (sourit) Non.

L'officier quitte le cercle de lumière. Le garde le suit.
La lumière est sur le visage de Max.
On entend le train rouler dans la nuit.
Sifflement du train.
On entend Rudy gémir et appeler Max. Le nom de Max se mélange au sifflement du train.
Max prend une profonde respiration.

Max : Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. (prend une autre profonde respiration) Six. Sept. Huit. Neuf. Dix.

Rudy appelle Max.
Max regarde fixement devant lui.
La lumière diminue (sur Max) - presque le noir - puis, tout à coup, lumière également sur les trois autres prisonniers.
Un rayon de soleil matinal.
Rudy est étendu aux pieds de Max.
Le garde traverse le cercle de lumière.
Silence.
L'officier entre dans le cercle de lumière. Il regarde Max.

Officier : Debout. (il regarde Max) Attends. (au garde) Emmène-le. (il donne un coup de pied au corps de Rudy, qui roule - il le regarde rouler) Mort.

L'officier s'en va.
Le garde pousse Max avec son fusil.
Ils sortent de la lumière. La lumière baisse sur les prisonniers.
NOIR

Extrait de Bent, de Martin Sherman, adaptation française de Lena Grinda. Editions PERSONA, 1981. Bent a été créé en français le 21 septembre 1981 au Théâtre de Paris. Bent a été créé au Royal Court Theatre de Londres en 1979.

Nomenclature des différentes catégories de déportés dans les camps. Ce marquage, voulu et organisé par les nazis, avait deux objectifs : permettre l'identification rapide des motifs de déportation par la hiérarchie du camp, et introduire parmi les détenus une hiérarchie des privilèges fondée sur un système arbitraire de castes. Les "droit commun", identifiés par un triangle vert, se situaient au sommet de cette pyramide. Les homosexuels, identifiés par un triangle rose, déjà au ban de la société non carcérale et issus de milieux sociaux différents, très peu ou pas organisés, ne pouvaient bénéficier d'aucune solidarité communautaire.

Texte : Webmaster

Photo : Panneau répertoriant les divers insignes identifiant les déportés (orig : USHM)

"En 1939, Karl a 26 ans. Alors qu'il ne se doute de rien, la Gestapo vient l'appréhender chez lui. Plus tard, les fonctionnaires lui apprennent que quelqu'un l'aurait dénoncé pour infraction à l'article 175. Karl B. est mis en détention par la Gestapo. Quelques jours plus tard, un officier SS le force, sous la menace d'un revolver, à signer des aveux. Au bout de quelques semaines, sans même qu'il comparaisse devant un tribunal, il est transféré comme "triangle rose" dans le camp de concentration que l'on construit depuis décembre 1938 à Neuengamme, tout juste à trente kilomètres à l'est de Hambourg."

Texte : La déportation des homosexuels. Onze témoignages, Allemagne 1933-1945, Lutz van Dijk, Editions H&O, 2000.

Photo : Photo anthropométrique de Karl B., prise lors de son arrivée à Auschwitz. (orig : Editions H&O)