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Victimes du nazisme, tout simplement...

"Et quand on se demande à propos des "triangles roses" si l'on peut considérer sous un même angle celui qui risque sa vie et celui qui a été puni pour "déviation", c'est assurément raisonner d'une manière qui outrage la vérité de l'Histoire, car c'est aussi pour leur "déviation" que les Juifs et les Tziganes ont été "punis", et non pour "fait de guerre".

Le supplice de la Déviation par rapport à la pureté de la race, déviation par rapport à la reproduction de la race, la motivation était semblable, et, dans l'analyse, il n'est pas possible d'opérer des distinctions, car ce serait trahir la vérité de l'entreprise voulue et organisée par les nazis afin de faire triompher la "race des seigneurs" par l'élimination de tous ceux qui, pour une raison ou pour une autre, constituaient un obstacle à cet objectif.

Alors, effectivement, "Juif ? Homosexuel? Simple citoyen ? La question ne se pose même pas. Victime du nazisme, tout simplement".

Victime du nazisme, tout simplement...

Et c'est bien à cette conclusion - à cette seule conclusion - que doit parvenir tout honnête homme, s'il ne veut pas mentir à la réalité de l'Histoire, c'est-à-dire en définitive à lui-même.

Aussi, quand on évoque la déportation des homosexuels dans les camps de concentration nazis, convient-il de se rappeler avec Baudelaire que l'on ne peut être à la fois "la plaie et le couteau", "le soufflet et la joue", "la victime et le bourreau" !

Et, si certains avaient aujourd'hui la tentation de faire encore référence aux vieilles théories du siècle dernier, en traitant les homosexuels "d'infirmes", comme le fit en 1982 l'évêque de Strasbourg, Mgr Elchinger, il serait alors à constater que la pensée de Himmler continue de sévir dans les esprits, et qu'il y a ainsi danger d'un retour au fascisme hitlérien.

Il se comprend donc que le recours à de telles références soulève indignation et condamnation, car il s'agit là effectivement d' « un langage qu'on croyait à tout jamais disparu », mais qui pourtant se maintient avec insistance.

Et l'on partage ainsi la légitime colère de ce rescapé de l'enfer nazi (Pierre Seel) qui devait rappeler à Mgr Elchinger combien il était ignominieux de traiter les homosexuels "d'infirmes", alors qu'ils avaient tant eu déjà à souffrir de l'arbitraire de telles sottises.

"J'ai décidé, écrira-t-il ainsi à ce prélat, d'apporter mon appui le plus total aux nombreuses voix de tous ceux et celles qui se sont sentis offensés par votre déclaration du 8 avril 1982.

"Victime du nazisme, je dénonce publiquement avec toute ma force que de tels discours ont favorisé et justifié l'extermination de millions d'infirmes pour des raisons politiques, religieuses, raciales ou de comportement sexuel.

"Je ne suis pas un infirme et je ne suis atteint d'aucune infirmité. Je n'ai pas envie de retourner dans les infirmeries où l'on a soigné mon homosexualité et précisément dans un lieu qui se trouve non loin de la capitale alsacienne.

"C'était en 1941, je n'avais que dix-huit ans ! Arrêté, torturé, frappé, emprisonné, interné en dehors de toute juridiction sans aucune défense, ni procès ni jugement...

"Je suis trop fatigué ce soir pour vous rappeler toutes les tortures morales et physiques et les souffrances indescriptibles et indicibles que j'ai alors endurées.

"Depuis lors toute ma vie a été vécue dans la terrible douleur partagée avec ma famille par suite de cette arrestation arbitraire...

"Votre déclaration du 8 avril 1982 a éveillé en moi une foule de souvenirs atroces et j'ai encore décidé à cinquante-neuf ans de sortir de l'anonymat.

"Dans ma vie et jusqu'à ce jour je n'ai pas connu la haine pour qui que ce soit. Et pourtant souffrant du désarroi profond dans lequel nous plonge cette homophobie toujours présente, je tremble en pensant à tous les homosexuels disparus et à tous ceux qui à travers le monde sont, hélas! encore torturés ou exterminés avec tant d'autres minorités."

Mais de ceux-là aussi, on ne parlera jamais !

Il est vrai que "l'Histoire a son cimetière des oubliés"...

Mais il serait trop facile de pleurer sur cette constatation et d'en accepter placidement la fatalité, comme si le maintien de cette situation échappait au pouvoir humain. Or il faut bien se persuader que "les oublis ne sont jamais le fait de l'Histoire, qui est aveugle, sans conscience, mais des hommes qui font l'Histoire".

Et, si l'on constate que "l'Histoire a toutes les ruses pour écarter ceux dont elle veut rejeter le souvenir", c'est précisément parce que "les hommes ont leurs raisons pour choisir ou refuser leurs souvenirs", et qu' "ils n'aiment pas que reprennent la parole ceux qu'ils ont décidé d'oublier", laissant ainsi apparaître que "la police des ondes de l'au-delà est leur affaire". Mais au prix de quels mensonges et de quels truquages !

Or, a justement proclamé Simone Veil, qui fut elle-même déportée, "se souvenir, c'est aussi tirer la leçon de l'Histoire, pour que de telles catastrophes ne puissent plus se reproduire". Mais "tirer la leçon de l'Histoire, c'est refuser la falsification".

Source : Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

Illustration : Le supplice de la "forêt chantante", lithographie de Richard Grune, déporté au titre du §175, (1945). (Orig : Schwules Museum, Berlin).

Les oubliés de la mémoire


On ignore toujours dans les livres d'histoire comme du côté des associations de déportés de la dernière guerre mondiale qu'en Alsace et Lorraine, dès l'invasion de 1940, les homosexuels français tombèrent sous le coup d'une loi homophobe issue du code prussien, qui signifia leur expulsion sans jugement, leur incarcération ou leur déportation sans autre forme de procès.

De l'autre côté du Rhin, sept ans avant cette invasion, cette juridiction avait été aggravée dès 1933, un mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Les nazis utilisèrent pour la première fois l'homophobie populaire lors de l'incendie du Reichstag, en accusant Van der Lubbe, un fragile jeune homme manipulable, d'être un sympathisant communiste mais aussi, on l'a moins lu à l'heure de la récente ouverture du Reichstag, d'être homosexuel. Lequel Reichstag, s'il n'eut été incendié, aurait, comme l'indiquait son calendrier parlementaire, eu à débattre quelques mois plus tard de l'abrogation de cette loi homophobe, le paragraphe 175, héritée du code prussien, elle qui avait été effacée au milieu du XIXe siècle par le code Napoléon qui avait aboli toute condamnation pénale pour sodomie.

Cette double accusation de la chancellerie nazie – imaginez : un incendiaire du parlement à la fois communiste et homosexuel – permit, par une sorte de "tétanisation" de l'indignation populaire ainsi interloquée, rumeurs comprises, de faciliter la suspension des libertés publiques, des syndicats, des associations et des partis politiques. On ignore encore plus souvent que c'est dès l'avènement d'Hitler et dans un flux identique à celui, ravageur, de l'antisémitisme que les homosexuels et les lesbiennes d'Allemagne puis des pays et régions annexés par le Reich furent raflés, torturés, expulsés ou déportés dans les camps d'internement ou de déportation, (...), dans la banlieue de Berlin, où de nombreux homosexuels périrent. A ce sujet, un dévoilement de plaque en forme de triangle rose y eut lieu le 27 janvier 1999 en présence du gouvernement allemand.

Quant au centre berlinois d'archives et de recherches homosexuelles du docteur Hirschfeld, juif et homosexuel et instigateur du projet de modification de la loi, il fut mis à sac le 6 mai 1933 par les SA. Dans le même temps, les SS récupéraient les fichiers judiciaires et de police. Puis, gravissime, les listes se complétèrent par une délation conséquente. Ce sont sans doute les mêmes qui dénoncèrent les juifs, les opposants à l'ordre nouveau et les homosexuels de leur voisinage.

Comment témoigner de tout cela ensemble ? Pourquoi une tension a-t-elle surgi entre les autres déportés et notre "délégation homosexuelle", chaque année depuis de nombreuses années, lors de la journée nationale du souvenir ? Que signifie ce divorce entre vérité et recueillement, entre histoire et mémoire, quand les derniers témoins, plus de cinquante ans après ces horreurs, ont atteint la limite d'âge y compris de témoigner ? La mémoire ne se sérialise pas. Elle est une, ou elle n'est pas . [...]

La difficulté reste d'obtenir que s'institue, pour être plus forte demain, plus politique et plus pédagogique, une mémoire de toutes les victimes de l'ordre nazi, qu'elles aient été pourchassées en raison de leur religion, de leur handicap, de leur infirmité, de leur appartenance à une minorité ethnique, sociale ou culturelle, ou de leur volonté de combattre un état totalitaire en proie à une folie meurtrière. Aujourd'hui, des témoins, des recherches universitaires, des documents, des documentaires commencent à nous dire l'essentiel des contours non encore exhaustifs de cette histoire trop méconnue. Preuve que nous avons à nommer tous les démons, toutes les tactiques meurtrières et toutes les fragilités d'une histoire européenne, celle que nous avons l'espoir de mieux construire demain.

Source : Article de Jean Le Bitoux, paru dans le quotidien Libération en 1999.

Photo : Jean Le Bitoux, fondateur du Mémorial de la déportation homosexuelle (cliché : Franck Dennis - no copyright).

Homophiles in Hitler's concentration camps

When the German concentration camps were thrown open in 1945, a wave of terror swept over Germany and the entire world. But the indignation, pity and horror soon were wiped out by the general misery that followed the war, by daily worries about finding food and a place to live. The Dachau trials remained unknown to large parts of the public, and it didn't take long before some individuals started to show signs of doubt about the genuine gravity of the horrors that took place in the camps. Too many people had a powerful interest in minimizing the atrocities that had been committed and in letting them fall into obscurity as quickly as possible. A few books did appear, but they were not always objective, and often they were aimed at sensationalism. As for the survivors of the horrors of the camps, they were busy trying to find their place in the new society then being formed -- a society that they hoped would be in keeping with fundamental humanitarian principles. From time to time, organizations representing the interests of the victims -- particularly Jews, who were the most severely affected, as well as communists, socialists and displaced foreigners -- tried to claim indemnification, most often without much success.

The common law prisoners -- pimps, killers and professional thieves who had been so numerous in the camps and who had at first greatly damaged the reputations of the liberated internees -- quickly rediscovered their old lives and disappeared from view. Bonds of friendship already had been less than firm in the camps, where shared misery too often brought out the basest instincts; such bonds rapidly came undone. The recent trials of former concentration camp doctors have created barely even a weak renewal of curiosity and interest regarding these past events.

Yet there is one group among all the victims that has never received the light of publicity, hasn't complained about the damage it sustained, and hasn't encountered any understanding from the newspapers, from government agencies or from organizations that defend the interests of former internees: That group is the homophiles. Because Paragraph 175 of the German Penal Code -- the very Paragraph 175 that has been a subject of debate for decades -- makes homophiles into criminals, they encounter no pity from the public, and of course can make no claim for damages. To this day, no one has sought to learn how many homophiles were hunted down by the Nazis, nor to learn what the survivors retrieved of their lives and their belongings.
The trials of former camp doctors have recently called to mind the fact that thousands of homophiles were forcibly castrated, often under beastly conditions. In the camps, homophiles often were singled out for special mistreatment. The author of these lines himself once witnessed how an effeminate young man had to dance repeatedly in front of the SS, only to be subsequently strung up on a beam in the guardroom with his hands and feet tied, then beaten horribly. The author also recalls the "latrine parades" in one of the first camps (Sonnenburg), for which the commandant always chose homophiles.

We must not forget that the homophiles in question often were honorable and cultured citizens who held important positions in society and in the government. During the seven years that he passed in various camps, the author of this article got to know a Prussian prince, major athletes, professors, schoolteachers, engineers, artisans, workers of every type -- and naturally, prostitutes, as well. Certainly, not all of them were worthwhile people, but the majority were completely lost and alone in the world of the concentration camps. During their rare hours of leisure, they lived largely in isolation. It was thus that I came to know the tragedy of a very civilized foreign embassy attaché who remained absolutely walled-up and unapproachable in a boundless and inescapable despair. He couldn't manage to make sense of the atrocious cruelty that he saw around him, and one day, for no apparent reason, he slumped over dead.

To this day, I find it impossible to recall all those comrades, those outrages, those deaths without sinking into profound despair.

None of this would have been possible without the legal opportunities that Paragraph 175 offered to the sadistic butchers of the Third Reich. I am now an old man. In my youth, I knew the activities and the struggles of the homophile circles that were then united under Magnus Hirschfeld, Adolf Brand, Fritz Radszuweit and others -- men who gave their honorable names to the fight for rights. I worked with them and I joined them in hoping for understanding and justice. Whether Paragraph 175 is maintained or repealed is no longer of much concern to me personally. But I hope for all those human beings known or unknown who still live under the weight of its constant threat that -- despite everything -- reason, progress, science and the courage of the medical profession will finally win the day. If that happens, the victims of all the concentration camps will not have died in vain.


Source : Les homophiles dans les camps de concentration de Hitler, B. M., "Die Runde" (Bert Micha), Arcadie, no. 82 (octobre 1960), p. 616-618. Translated from the French by Gerard Koskovich.

Photo: Memorial to the gay victims of the Nazi regime (Nollendorfplatz, Berlin). The inscription on the granite triangle reads: "Beaten to Death. Silenced to Death. The Homosexual Victims of National Socialism." (Photo: G. Koskovich)


NOTE: Arcadie was the main French homophile periodical of the 1950s. It gives little indication of the source of the text translated here: merely the German words "Die Runde" ("the round," "the circle" or "the party") that follow the author's initials. Although not so stated, the article was translated into French from a German text that appeared under the pseudonym "Bert Micha" in the autumn 1958 issue of the mimeographed private newsletter of Die Runde, an informal social group of gay men in the town of Reutlingen, near Stuttgart.

Details about Die Runde and the Micha article can be found in Karl-Heinz Steinle, Die Geschichte der Kameradschaft die Runde 1950 bis 1969, Hefte des Schwulen Museums, no. 1 (Berlin: Verlag rosa Winkel, 1998), pages 12-13, and Andreas Sternweiler et al. (eds.), Goodbye to Berlin? 100 Jahre Schwulenbewegung (Berlin: Verlag rosa Winkel, 1997), page 199. Thanks to Prof. James Steakley of the University of Wisconsin, Madison, USA, for providing this information. --GK

Translation copyright © 2009 by Ray Gerard Koskovich; may be reprinted for noncommercial purposes provided the translator is credited, this copyright note is included, and a copy of the print publication or a link to the online publication is sent to the translator:

Gerard Koskovich
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dalembert@aol.com

Deportação nazista de homossexuais: uma viagem à dor e ao silêncio


Resumo -Este artigo analisa o livro Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel (“Eu, Pierre Seel, Deportado Homossexual”, sem tradução para o português), autobiografia do único francês homossexual a falar abertamente sobre sua experiência de deportado durante a Segunda Guerra Mundial e de prisioneiro do campo de concentração nazista. É o testemunho de uma longa viagem à dor e ao silêncio.

Palavras-chave -literatura de testemunho, homossexualidade, nazismo.

Muitas vezes, quando se fala em viagens, são evocados bons momentos e belas imagens. Mas para milhares de homossexuais que foram perseguidos pelo regime nazista e enviados a campos de concentração, as lembranças são bem diferentes, são de momentos dolorosos, sofridos e traumáticos. É o que se pode observar com a autobiografia do francês Pierre Seel, deportado ao campo de Schirmeck-Vorbrück, na região da Alsácia, o único em solo francês. Depois de anos de silêncio, resolveu contar sua história, testemunhar, denunciar. Assim, escreveu Moi, Pierre Seel, Déporté Homosexuel (“Eu, Pierre Seel, Deportado Homossexual”, sem tradução para o português).

Com a Segunda Guerra Mundial, a região da Alsácia foi tomada pelos nazistas, e em 3 de maio de 1941, ainda aos 17 anos, Seel foi capturado. Depois de ficar dez dias na cadeia da cidade, onde sofreu tortura, foi transferido ao campo de concentração de Schirmeck-Vorbrück. A primeira viagem rumo à dor. Lá, foi obrigado a usar um uniforme marcado com uma faixa azul, que significava católico e/ou prisioneiro anti-social, ao invés do triângulo rosa, símbolo que marcava os homossexuais capturados em Auschwitz, mas que não estava sendo usado em Schirmeck. Porém, sabia-se que o eram. Os nazistas, assim, faziam uso da tortura para tentar descobrir outros homossexuais que ainda não haviam sido capturados. “A engrenagem de violência se acelerou. Irritados com nossa resistência, os SS começaram a arrancar as unhas de alguns de nós. Com raiva, eles romperam as réguas sob as quais nós estávamos ajoelhados e se serviram delas para nos violar. Nossos intestinos foram perfurados. O sangue salpicava por todo lado. Eu ainda escuto nossos atrozes gritos de dor. (SEEL, 1994, p. 39, tradução minha).

Podemos observar que uma importante questão presente em sua autobiografia é a da violência sofrida, das torturas. Esta é, aliás, uma das características desse tipo de escrita, pertencente à Literatura de Testemunho, que engloba as diversas narrativas de situações-limite. “Essa ética e estética da literatura de testemunho possui o corpo – a dor – como um dos seus alicerces.” (SELIGMANN-SILVA, 2005, p. 111).

Pierre Seel narra, assim, como foi o tempo que passou no campo de concentração e tudo o que foi obrigado a suportar. “Eu vivi seis meses desse jeito, nesse espaço onde o horror e a selvageria eram a lei. Mas eu demoro a evocar a provação que foi a pior para mim, embora ela tenha se passado nas primeiras semanas do meu encarceramento nesse campo. Ela contribuiu mais que tudo a fazer de mim essa sombra obediente e silenciosa entre os outros.” (SEEL, 1994, p. 58, tradução minha).

Seligmann-Silva afirma que, “na literatura de testemunho de um modo geral é frequente a concepção do campo como constituindo a “única realidade” e a afirmação da impossibilidade de saída dele, da impossibilidade de libertação dele.” (Seligmann-Silva, 2005, p. 110). Também vemos isso presente nas memórias de Pierre Seel: “O ritmo infernal do campo, feito de jornadas repetitivas pontuadas de humilhações incessantes, instalou-se por muito tempo em meu corpo, em minha cabeça. Nada se passava além do ciclo cotidiano de atrocidades tranquilamente programadas pelos SS.” (SEEL, 1994, p. 61, tradução minha).

Depois desses meses passados e sofridos no campo de concentração, foi libertado. Ele narra, em sua autobiografia, como estava seu estado mental, ao sair e andar pelas ruas de Schirmeck, rumo à estação de trem: “Uma hora mais cedo, não longe da forca, eu fazia ainda gestos de autômato descerebrado em meio a gritos, cães, pequenas metralhadoras e torres de vigilância.” (SEEL, 1994, p. 64, tradução minha). E observamos em seu texto que são repassadas à escrita todas as indagações que ele se fazia ao sair de lá, narrando também como aconteceu seu retorno para casa e como se sentiu ao se deparar com sua família. “uando cheguei em casa, eu toquei a campainha como um estranho.” (SEEL, 1994, p. 65, tradução minha). Estrangeiro, aquele que é diferente, que vem de um outro lugar, que não pertence a um grupo, a uma cidade, a uma família. Aquele que não compartilha os mesmos signos, não é familiar, conhecido. Estranho. Era assim que se sentia.

“Nós estávamos em 6 de novembro de 1941. Um duplo segredo acabava de se selar de uma só vez: o do horror nazista e o da vergonha de minha homossexualidade. De vez em quando, um olhar caía sobre mim, cheio de interrogações sobre meu aspecto famélico. Em que eu havia me transformado em seis meses? Eu era, portanto, homossexual? Que me haviam feito passar os nazistas? Por que haviam me libertado? Essas questões naturais, ninguém as colocava. Mas se alguém tivesse feito, eu não teria respondido: eu estava preso ao meu duplo segredo. E a esses olhares silenciosos, eu levei quarenta anos para responder.” (SEEL, 1994, p. 66, tradução minha).

Vemos, portanto, que foi uma viagem bem longa essa do silêncio. Antes de Pierre Seel ter sido libertado do campo de concentração, teve que assinar uma declaração em que aceitava tornar-se um cidadão alemão, como podiam fazer os alsacianos sob a ocupação. Essa era uma tática nazista, pois, com isso, foi obrigado a fazer parte do exército alemão e a lutar na guerra, durante três anos. Sua segunda viagem ao sofrimento.

“Portanto, a guerra, aos dezoito anos e meio, e com o uniforme alemão. Eu não me lembro da minha partida de Mulhouse; e os três anos que se seguiram, em que eu atravessei a Europa toda, muitos detalhes, lugares, datas, escapam-me completamente. Eu faço um esforço para me lembrar e para delimitar os acontecimentos, mas eles se esquivam: esquecidos? reprimidos? É como se, nas garras dos nazistas, eu tivesse concentrado toda minha vontade na ideia única de sobreviver, e não na de me lembrar. Somente fragmentos de memória se mantêm, aleatórios, desconcertados em sua desordem”. (SEEL, 1994, p. 69, tradução minha).

Observamos, assim, em seu relato, uma memória fragmentada. Outra característica da literatura de testemunho. Isso é decorrência da situação extrema pela qual passou o sobrevivente. O filósofo Paul Ricoeur afirma, em seu livro A História, a Memória, o Esquecimento, que a testemunha não esteve ela mesma distante dos acontecimentos, ela não ‘assistiu’ a eles; ela foi sua vítima. E, dialogando com Saul Friedlander, escritor do livro Probing the Limits of Representation, o filósofo aborda a questão do limite.

“O vocábulo pode designar dois tipos de limites: de um lado, um tipo de esgotamento das formas de representação disponíveis em nossa cultura para dar legibilidade e visibilidade ao acontecimento chamado ‘solução final’; de outro lado, uma solicitação, uma exigência de ser dito, representado, elevando-se do próprio cerne do acontecimento, procedendo, portanto, dessa origem do discurso que certa tradição retórica considera como o extralinguístico, banido da terra semiótica”. (RICOEUR, 2008, p. 267).

Além disso, a violência sofrida, ou seja, “os danos físicos infligidos das rupturas de contrato, as contestações a respeito de atribuição de bens, de posições de poder e de autoridade, e todos os outros delitos e crimes constituem outras tantas feridas de memória que demandam um trabalho de memória inseparável de um trabalho de luto visando a uma reapropriação por todas as partes do delito e do crime, apesar de sua estranheza essencial. Da cena traumática à cena simbólica, poderíamos dizer” (RICOEUR, 2008, p. 334).

Seel sofreu muitos atos violentos, e violência de toda espécie, desde corporal à simbólica. Ademais, presenciou a morte de muitas pessoas, inclusive de pessoas que amava. E também foi obrigado a matar para não morrer. Todas essas fortes impressões podem gerar traumas, que podem ser fortes demais e ser apagados ou então podem estar presentes para sempre. Permanecem mesmo quando estão inacessíveis, indisponíveis. Em seu lugar, aparecem fenômenos de substituição, sintomas que mascaram o retorno do recalcado de modos diversos, como, por exemplo, os sonhos. Além disso, percebemos também em Pierre Seel a “síndrome do sobrevivente”, termo usado por W. G. Niederland para representar uma “situação crônica de angústia e depressão, marcada por distúrbios de sono, pesadelos recorrentes, apatia, problemas somáticos, anestesia afetiva, ‘automatização do ego’, incapacidade de verbalizar a experiência traumática, culpa por ter sobrevivido e um trabalho de trauma que não é concluído” (SELIGMANN-SILVA, 2005, p. 68).

Pierre Seel nos narra:
“Um fantasma eu me tornei e um fantasma eu permanecia: não devia ainda ter tomado consciência de que eu continuava vivo. À noite, me visitavam pesadelos e durante o dia eu praticava o silêncio. Eu queria esquecer todos os detalhes e todos os terrores dos quatro anos que eu acabava de viver. Estava totalmente exausto por meus múltiplos enfrentamentos com a morte e constatava dolorosamente a impotência que eu havia sentido ante a morte dos outros. Uma tristeza imensa havia se apossado de mim. E eu não tinha desejo algum.” (SEEL, 1994, p. 113, tradução minha).

Quatro anos de muito sofrimento, percorrendo vários lugares da Europa, tendo sido transformado pelos nazistas em um fantasma a serviço da morte. O armistício foi selado em 8 de maio de 1945, terminando assim a guerra. Porém sua repatriação tardou a acontecer. A demorada e burocrática volta à França ocorreu somente no dia 7 de agosto de 1945, chegando a Paris, onde ficou ainda por mais um ano, ajudando no registro dos repatriados. Enfim, depois de quatro anos, retornou a sua cidade, Mulhouse. Mas constatou: “Eu já comecei a censurar minhas lembranças e percebi que, apesar das minhas expectativas, apesar de tudo que eu havia imaginado, da emoção do retorno tão esperado, a verdadeira Libertação era para os outros.” (SEEL, 1994, p. 110, tradução minha). Começou, portanto, uma outra viagem, a do silêncio.

Um grande fator que contribuiu para isso foi que, com o fim da guerra, o governo Charles de Gaulle modificou o código penal francês, retirando principalmente leis anti-semitas. Porém, os artigos contra homossexualidade continuaram, tornando-se ainda mais rígidos em 1962. Somente em 1981 deixou de ser ilegal na França. Portanto, as vítimas homossexuais sentiam-se inseguras para contar suas verdadeiras histórias, por medo do estigma e de possíveis ações legais, e, assim, omitiam-nas, ou mesmo mentiam. O testemunho dos homossexuais era, portanto, socialmente inaudível, impossível e perigoso. Assim, relata Seel: “Tendo conhecimento da existência dessa lei, eu compreendi também que ao falar, eu corria o risco de ser ameaçado do lado dos tribunais, e acusado de fazer apologia de uma sexualidade 'contra-natureza'.” (SEEL, 1994, p. 115). Os homossexuais somente foram reconhecidos como vítimas do nazismo há alguns anos. O governo alemão pediu desculpas, em novembro de 2000, pelas deportações e torturas sofridas. E o estado francês reconheceu somente em abril de 2001 as perseguições sofridas por eles durante a Segunda Guerra Mundial.

Assim, depois de anos de auto-censura, silêncio e solidão, Pierre Seel resolve tentar levar uma vida “normal”. E, para isso, acreditava que o casamento era a solução. Desse modo, Seel casou-se, em 1950, tendo, mais tarde, três filhos. No entanto, tudo isso havia sido apenas uma ilusão. Anos depois, percebendo que não havia dado certo sua tentativa e sentindo-se muito angustiado, resolveu quebrar o silêncio. E aqui vemos outra marca muito importante da literatura de testemunho. A narrativa “é tecida como uma forma de se ‘libertar’ do passado como também se desdobra como um doloroso exercício de construção da identidade. Ela é uma narração necessária tanto em termos individuais como também – pensando universalmente – deve funcionar como um testemunho para a posteridade. Ela é um ato subjetivo e objetivo, psicológico e ético” (SELIGMANN-SILVA, 2005, p. 114).

Testemunhar foi algo que lhe fez bem. “Eu reconheço que tudo isso me tranquilizou. Eu me senti subitamente rodeado de um novo respeito pela minha identidade. E eu mesmo me olhei com mais dignidade. Sem dúvida porque eu tinha desse momento em diante um dever: fazer reconhecer a deportação dos homossexuais.” (SEEL, 1994, p. 159, tradução minha).

Bella Josef nos diz que “o testemunho nasceu, muitas vezes, da necessidade de apresentar o lado escondido da história, a dos dominados em oposição à dos dominadores.” (JOSEF, 1999, p. 298). Ela afirma também que, partindo-se do pessoal, tenta-se superá-lo para impor uma problemática coletiva, que foi justamente o que fez Seel. Ao falar de si e prestar seu testemunho, busca resgatar a memória coletiva desse grupo que, assim como ele, foi perseguido pelo fato de ser homossexual. O “eu” representa, assim, também os outros; temos um passado particular que pode ser visto também como coletivo.

Portanto, Pierre Seel dá voz a esse coletivo do qual fez parte, buscando que a justiça seja feita. Segundo Paul Ricoeur, é esta que transforma a memória em projeto, extraindo das lembranças traumatizantes seu valor exemplar, e é esse mesmo projeto de justiça que dá ao dever de memória a forma do futuro e do imperativo.
“É preciso primeiro lembrar que, entre todas as virtudes, a da justiça é a que, por excelência e por constituição, é voltada para outrem. (...) O dever de memória é o dever de fazer justiça, pela lembrança, a um outro que não o si. (...) O dever de memória não se limita a guardar o rastro material, escrito ou outro, dos fatos acabados, mas entretém o sentimento de dever a outros, que não são mais, mas já foram.” (RICOEUR, 2008, p. 101).

Essa é uma outra característica extremamente relevante da literatura de testemunho, pois ela existe apenas no contexto da contra-história, da denúncia e da busca pela justiça. “A verdade e a utilidade são, portanto, fundamentais.” (Seligmann-Silva, 2005, p. 88). Busca-se um registro da história, da opressão, e há uma simbiose entre memória e história.

Assim, vemos que a autobiografia, como afirma Phillipe Lejeune, “é feita para transmitir um universo de valores, uma sensibilidade ao mundo, experiências desconhecidas, e isto no quadro de uma relação pessoal percebida como autêntica e não ficcional.” (LEJEUNE, 2003, p. 53-54). E, portanto, inscreve-se tanto no campo do conhecimento histórico, pelo desejo de saber e de compreender; no campo da ação, pela promessa de facultar esse conhecimento aos outros; como também na área da criação artística, afinal trata-se de um texto literário.

De acordo com Georges Gusdorf, as Memórias propõem uma crônica pessoal do devir histórico, colocando a ênfase sobre a ordem das coisas, ao invés da subjetividade própria do narrador. “Sem dúvida, ele reage ao acontecimento com uma certa complacência de si mesmo, que ele não precisa dissumular, mas o interesse principal se coloca nos acontecimentos políticos, militares, diplomáticos aos quais o redator esteve envolvido.” (GUSDORF, 1991, p. 252, tradução minha).

Gusdorf diz também que a autobiografia permite ao historiador ver a realidade com os mesmos olhos dos que a viveram. No entanto, há uma relação objetiva dos acontecimentos de que o autor participou, pois busca ser uma testemunha destinada a trazer uma contribuição à história de seu tempo, mesmo estando inscrito no interior de suas lembranças. Seel afirma: “Testemunhar, dizer tudo, exigir reabilitação do meu passado, desse passado que é também o de muitos outros, esquecidos, ocultos nas horas negras da Europa. Testemunhar para proteger o futuro, testemunhar para acabar com a amnésia dos meus contemporâneos.” (SEEL, 1994, p. 156-157, tradução minha).

A autobiografia de Pierre Seel é, deste modo, um importante texto, tanto em termos literários, quanto em termos de documento histórico. Ricoeur afirma que “não temos nada melhor que o testemunho, em última análise, para assegurar-nos de que algo aconteceu, a que alguém atesta ter assistido pessoalmente” (RICOEUR, 2008, p. 156). Seel escreve justamente para dar seu testemunho. Para fazer visíveis as crueldades sofridas pelos homossexuais, recuperando, assim, a memória de um passado de repressão, e buscando o reconhecimento desse grupo, considerado como o mais inferior, pelos nazistas, e por muitas pessoas ainda hoje. E é justamente contra a repetição dessas situações de barbárie que Seel escreveu a história de sua vida, a história das difíceis viagens rumo à dor e ao silêncio.

Abstract: This article discusses the book Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel (Liberation Was for Others: Memoirs of a Gay Survivor of the Nazi Holocaust, in its English version), autobiography of the only French homosexual to openly speak about his experience of deported during the Second World War and prisoner of a Nazi concentration camp. It is the testimony of a long journey to pain and silence.

Keywords: literature of testimony, homosexuality, Nazism

REFERÊNCIAS
GUSDORF, Georges. Les écritures du moi. Paris: Ed. Odile Jacob, 1991.
JOSEF, Bella. “(Auto)biografia: os territórios da memória e da história”. In LEENHARDT, J. e PESAVENTO, S. (orgs.). Discurso histórico e narrativa literária. Campinas: Editora da Unicamp, 1998.
LEJEUNE, Phillipe. “Definir Autobiografia”. In MORÃO, P. (org.). Autobiografia. Auto-representação. Lisboa: Fac. Letras de Lisboa, 2003.
RICOEUR, Paul. A memória, a História, o Esquecimento. Campinas: Editora da Unicamp, 2008.
SEEL, Pierre; LE BITOUX, Jean. Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel. Paris: Éditions Calmann-Lévy, 1994.
SELIGMANN-SILVA, Márcio (org.). O local da diferença: ensaios sobre memória, arte, literatura e tradução. São Paulo: Editora 34, 2005.

FONTE: http://www.pgletras.uerj.br/palimpsesto/num7/dossie/dossie_TiagoElidiodaSilva.htm

Source : Deportação nazista de homossexuais: uma viagem à dor e ao silêncio, Tiago Elídio (Mestrando, UNICAMP). Tiago Elídio peut être contacté à l'adresse suivante : tiagoelidio@gmail.com

Photo : Paris, le 29 avril 2001. Commémoration de la Journée nationale du souvenir de la déportation, sur l'Ile de la Cité, à Paris. Pierre Seel, à gauche, en compagnie de Jean Le Bitoux, président d'honneur du Mémorial de la Déportation Homosexuelle. Contrairement aux années précédentes, les délégations officielles (représentées sur cette photo par des militaires en tenue) n'ont pas quitté les lieux à l'arrivée de la délégation homosexuelle. A l'issue de la cérémonie, Bertrand Delanoë, maire de Paris, s'est entretenu avec les participants, parmi lesquels : Mme Simone Weil (ancienne déportée à Auschwitz, ancienne ministre), M. Pierre Seel, M. Masseret (Secrétaire d'Etat à la Défense chargé des anciens combattants), M. Jean Le Bitoux et M. René Lalement, président du Mémorial de la Déportation Homosexuelle (Photo : Franck Dennis - no copyright).

Un criminel, pas un politique...


"Etre homosexuel aujourd'hui, c'est se savoir lié à un génocide pour lequel nulle réparation n'est prévue." (Guy Hocquenghem)

Face à l'hostilité qu'inspirait leur état, les homosexuels qui avaient survécu au massacre se terrèrent eux-mêmes dans la discrétion, et de ce fait "personne n'a porté plainte*", de peur que ne s'élèvent les cris indignés des bien-pensants. Il ne fallait pas grand-chose d'ailleurs pour que ces derniers ne vomissent leur répulsion.

Ainsi, lorsque l'un des survivants osait réclamer ce à quoi avaient droit tous les autres déportés, il se voyait alors opposé un refus cinglant, car, dira l'un d'eux, "on me considérait, non comme une victime du régime nazi, mais comme un criminel et, qui plus est un criminel de la pire espèce, c'est à dire homosexuel et pédé".

Et, de cette attitude, expliquera-t-il, "j'ai commencé à m'en rendre compte en 1945, lors de mon retour dans ma ville natale, lorsque je me suis occupé là-bas de trouver des cartes de ravitaillement... Je m'étais occupé de trouver un vélo : il m'a d'abord été promis, et ensuite lorsque je suis allé le chercher, on m'a répliqué dans ce bureau : "Vous êtes un criminel, pas un politique." Et cette répression, cette humiliation comme criminel, cela m'a naturellement profondément blessé".

Aussi, conclura-t-il, "je ne me suis ensuite jamais plus préoccupé d'obtenir une indemnisation. Pour nous, pédés, il n'y en avait pas, bien que nous ayons été envoyés en camp de concentration". Et pourtant "nous devrions être totalement en droit d'exiger réparation pour le préjudice subi".

Quoi de plus juste, en effet ?

Mais, de par la volonté des gouvernements, qui avaient peur de soulever des vagues de protestation, il se fit que "les quelques rescapés n'ont pas eu d'indemnisation comme les autres victimes des nazis*", tant il paraissait normal qu'ils aient subi ainsi les conséquences de leur état délictueux.

* Johannes Werres, "Les homosexuels en Allemagne", in Les minorités homosexuelles, Gembloux (Belgique), 1973.

Source : Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

Photo : Grille du portail principal du camp de concentration de Sachsenhausen, situé à une trentaine de kilomètres de Berlin.

Los homosexuales y el nazismo

Los homosexuales en tiempos del nazismo

Al principio de Los hundidos y los salvados, Primo Levi cuenta la advertencia sádica que los comandantes de las SS transmitían a los habitantes del campo de exterminio de Auschwitz: "De cualquier manera que termine esta guerra, la guerra contra ustedes la hemos ganado; ninguno de ustedes sobrevivirá para dar testimonio de ella, pero incluso si alguno lograra escapar el mundo no le creería. Tal vez haya sospechas, discusiones, investigaciones de los historiadores, pero no podrá haber ninguna certidumbre, porque con ustedes serán destruidas las pruebas. Aunque alguna prueba llegase a permanecer, y aunque alguno de ustedes llegase a sobrevivir, la gente dirá que los hechos que cuentan son demasiado monstruosos para ser creídos: dirá que son exageraciones de la propaganda aliada, y nos creerá a nosotros que lo negaremos todo, y no a ustedes. Nosotros seremos los que escriban la historia de Auschwitz".

Cuando, el 27 de enero de 1945, hace sesenta años, los ejércitos soviéticos entraron en el campo de Auschwitz, ningún oficial del ejército rojo podía dar crédito a sus ojos. Las cámaras de gas, los hornos crematorios y los montones de cadáveres eran sólo el comienzo del archipiélago nazi de la muerte.

Hacia 1928, había en Alemania alrededor de un millón doscientos mil hombres homosexuales. Entre 1933 y 1945, cien mil de ellos fueron arrestados y unos 50 mil oficialmente inscriptos en los archivos como criminales. Una vez sentenciados, muchos acabaron en prisiones ortodoxas. Pero aproximadamente 10 mil fueron enviados a distintos campos de concentración. Cuántos murieron allí es algo no establecido. Las pesquisas han sido muy limitadas hasta hoy. Algunos investigadores, sin embargo, estiman que 6 mil.

La historia de los prisioneros homosexuales durante el régimen nazi fue silenciada durante casi cinco décadas, aun cuando la guerra hubiese ya terminado, porque la homosexualidad continuó siendo ilegal en la ex Alemania Occidental hasta fines de los años sesenta. Muchos de los sobrevivientes, en consecuencia, tenían miedo o estaban avergonzados de contar sus experiencias. Otros intentaron sumarse a las organizaciones de víctimas del holocausto pero se sintieron marginados. "El testimonio de los homosexuales era socialmente inaudible, imposible y peligroso", cree el francés Michel Celse, especialista en el tema, autor del ensayo colectivo Consciences de la Shoah.

Fue a partir de 1986, luego de que Richard Plant publicase su libro The Pink Triangle (El triángulo rosa), cuando empezó a reconsiderarse el caso. Pero los homosexuales no fueron oficialmente reconocidos como víctimas del nazismo hasta hace unos años. En noviembre de 2000, el gobierno alemán pidió disculpas por las deportaciones y torturas sufridas por los gays y las lesbianas en la era del nazismo. Y en abril de 2001, el estado francés (a través de Lionel Jospin) reconoció por vez primera las persecuciones que sufrieron los homosexuales durante la Segunda Guerra Mundial. "Un hecho histórico", lo llamó Jean le Bitoux, presidente del Mémorial de la Déportation Homosexuelle.

En 2001, The Pink Triangle Coalition (un grupo que reúne a ocho organizaciones de Europa, Israel y los Estados Unidos) recibió 500 mil dólares para difundir su causa. Realizaron un CD Rom, empezaron a preparar un sitio en Internet y están apoyando la difusión mundial del documental cinematográfico Paragraph 175, dirigido por Rob Epstein y Jeffrey Friedman. Meses antes, a fines del año 2000, la coalición había recibido una donación de 70 mil dólares que repartió entre los últimos sobrevivientes de aquella generación. En los últimos tiempos, sin embargo, el Partido Verde alemán ha liderado una campaña para que los homosexuales sean oficialmente reconocidos como víctimas del nazismo.

Párrafo 175

Cuando Rob Epstein y Jeffrey Friedman estrenaron su film Paragraph 175 no imaginaron que el documental iba a tener tantos efectos políticos. Ambos ya habían dirigido en dupla otras tres películas de militancia gay (entre ellas The Celluloid Closet, acerca de la homosexualidad en Hollywood, dentro y fuera de la pantalla, y Common Threads: Stories From the Quilt que les valió un Oscar en el rubro documental) y a Klaus Muller, el encargado de temas homosexuales del Holocaust Memorial Museum de los Estados Unidos, no le costó mucho convencerlos de que había que entrevistar, antes de que fuera muy tarde, a los últimos testigos directos del llamado holocausto gay.

El film abre con el propio Muller: "Crecí en Alemania y nunca oí hablar de la persecución a los homosexuales. Me costó un tiempo darme cuenta de que algunos de ellos podían estar vivos. Muchos de ustedes acaso piensen que es un poco tarde para darles la palabra. Yo creo que su historia es valiosa. Y que es bueno escucharla porque durante toda su vida les dijeron que no la contaran".

La película se titula Paragraph 175 debido a un viejo artículo del código penal alemán, sancionado en 1871 y válido hasta 1969: "Un acto sexual antinatural cometido entre personas de sexo masculino o entre seres humanos y animales debe ser castigado con la prisión; también puede significar la pérdida de los derechos civiles". La ley había caído en el olvido hasta que los nazis la rescataron. En los años veinte reinaba un clima de absoluta libertad en ciudades como Hamburgo, Munich o Bremen, y más aún en Berlín, donde había incluso clubes nocturnos de corte gay. En 1919, el doctor Magnus Hirschfeld (1868-1935) había fundado el Instituto para la Ciencia Sexual. Uno de sus propósitos centrales era la abolición del párrafo 175. Para Hirschfeld la homosexualidad no era sinónimo de enfermedad, mucho menos de delito.

El doctor Hirschfeld

El doctor Magnus HirschfeldEl 30 de enero de 1933, Adolf Hitler fue nombrado canciller. En un mes se cerraron todos los bares gays de Berlín, entre ellos el mítico "Eldorado". El 6 de mayo los nazis destrozaron el instituto del doctor Hirschfeld. Todos sus libros fueron tildados de "anti-alemanes" y quemados en una gran fogata. El doctor, judío y homosexual, se hallaba de viaje en el extranjero. Nunca regresó a Alemania.

En 1934, una división especial de la Gestapo (policía secreta del estado) fue fundada para combatir la homosexualidad. Uno de sus primeros actos consistió en establecer listas rosas con la ayuda de los servicios secretos de la policía. En septiembre de 1935 se promulgó una segunda versión, aún más rigurosa, del famoso Párrafo 175. Y un año después Heinrich Himmler creó un cuartel central para combatir la homosexualidad y el aborto: el II S, una sub-división del Departamento II de la Gestapo. Para los oficiales nazis, los homosexuales eran "anti-alemanes" y "socialmente aberrantes" porque privaban al país de hijos.

A pesar de esta cruzada anti-gay, Ernst Röhm, fundador de la SA y amigo íntimo de Hitler, era un reconocido homosexual. [...] Hitler defendió a Röhm diciendo que "la SS no es una institución moral" y que "la vida privada no importa mientras no traicione la base del nacional-socialismo". Fue todo una excepción y duró poco. El 28 de junio de 1934 ordenó la ejecución de Röhm y de otros supuestos traidores. El episodio se recuerda como "la noche de los cuchillos largos". A una semana del hecho, Hitler invocó la homosexualidad de Röhm y prometió "limpiar de homosexuales" el partido.

Las persecuciones alcanzaron su pico entre los años 1937 y 1939. Una campaña de propaganda iniciada en 1936 puso especial énfasis en la supuesta homosexualidad de los sacerdotes con el objetivo de desacreditar y recortar el poder de la Iglesia católica de Alemania, una institución que muchos oficiales nazis temían como el mayor enemigo potencial. En 1938, el lider Hermann Göring acusó de homosexual al comandante Von Fritsch, un oponente a la política militar de Hitler.

La gran mayoría de los homosexuales arrestados por infringir el Párrafo 175 eran alemanes o austriacos. En los campos de concentración, los prisioneros eran obligados a usar uniformes con diferentes marcas identificatorias, según la categoría a la que pertenecieran: judíos, gitanos, presos políticos, etc. Los homosexuales llevaron al principio varias marcas, desde un punto negro hasta un número 175 dibujado en la espalda del saco. Finalmente todos fueron identificados con un triángulo rosa.

Testimonios de sobrevivientes dicen que los hombres con triángulos rosas eran especialmente maltratados por los guardias. También fueron objeto de crueles experimentos médicos. Un doctor llamado Carl Vaernet realizó, en el campo de concentración de Buchenwald, numerosas operaciones cuyo propósito era el de volver heterosexuales a los pacientes. Su experimento incluía la inserción de una cápsula que segregaba hormones masculinas. El procedimiento refleja los deseos de Himmler y otros oficiales por encontrar soluciones médicas para la homosexualidad.

Como escribe Primo Levi: "Los monstruos existen pero son muy pocos como para constituir realmente un peligro; los que son realmente un peligro son los hombres comunes y corrientes".

Source : SentidoG.com (Nicaragua).

Le Paragraphe 175



Le Paragraphe 175 du code pénal allemand réprimait les relations sexuelles entre hommes. Sous les nazis, il a permis de rafler les homosexuels et de les envoyer en camps de concentration. Selon le United States Holocaust Memorial de Washington, près de 100 000 homosexuels ont été arrêtés pendant cette période et 10 000 à 15 000 d'entre eux ont péri dans les camps nazis. Le documentaire "Paragraphe 175" est consacré aux très rares survivants de cette déportation qui ont osé témoigner...

Les années de honte


"J'avais décidé de rayer de ma vie mon homosexualité. Mais peut-on s'empêcher de penser ? Il m'arrivait de me confesser, et j'étais bien obligé d'avouer quelques plaisirs solitaires. Le prêtre me demandait aussitôt :

- En pensant à qui ?

- A un garçon.

- Alors, je ne peux pas vous donner l'absolution.

- Mais enfin c'est une force face à laquelle je ne peux rien.

- Je suis désolé.

- Mais enfin, je suis un époux digne et un père responsable !

- Désolé. Vous êtes en état de péché grave. Pas d'absolution.

Ressortant du clair-obscur des églises et retrouvant la clarté de la ville, ses devoirs et ses tentations, je me sentais plus désemparé que lorsque j'y étais entré. A quoi cela servait-il donc ? Je rencontrai également un prêtre de la paroisse de la Trinité qui a beaucoup écrit sur l'homosexualité. Avec ce dernier, j'osai aborder la période de ma déportation pour homosexualité. Mais s'il ne me condamna pas, il ne me parla que de souffrance et de rédemption, ce qui ne m'aida pas davantage. Au terme de toutes ces déconvenues, je ne me suis plus jamais confessé.

(...) Je me disais que malgré tout j'avais fondé un foyer et retrouvé une certaine dignité professionnelle. Mais ce que je n'avais toujours pas dit était là, comme un os planté en travers de ma gorge. Un jour, lors d'un repas entre collègues, parlant de connaissances qui avaient été déportées, je m'enhardis jusqu'à dire que je l'avais été moi aussi. Immédiatement trois questions fusèrent alors, avides : "Où ? Pour quelle raison ? Vous touchez une pension ?" Plus tard, je dus souvent affronter ces mêmes questions. Comme ce n'était pas à Auschwitz, que c'était pour une raison que je taisais toujours et que je ne touchais pas de pension, le peu que je pus dire ne créa qu'un malaise et je regrettai mon audace maladroite. Je m'en retournai vite à mon silence, tentant à nouveau de me faire oublier.

Ma femme s'emportait parfois : pourquoi me refusais-je à remplir mon dossier de déporté pour obtenir une pension ? Cela aurait sensiblement amélioré notre quotidien. Nous aurions pu acheter une voiture et mes trajets professionnels auraient été moins épuisants. Le finances du foyer ne permettaient effectivement pas une vie très aisée. Et puis, ce n'aurait été que justice. Elle avait théoriquement raison ; mais elle se heurtait systématiquement à mon refus silencieux. Elle ignorait qu'il aurait fallu dévoiler la raison de ma déportation. Elle m'en voulut de ce refus obstiné et injustifiable.

(...) Une sensation de malaise plus général s'installa. Paralysé par toutes ces contradictions, j'avais l'impression que notre projet de bonheur nous échappait lentement, glissait peu à peu entre nos doigts. L'été, sur la plage, je regardais, presque désabusé, nos trois enfants jouer sur le sable. Aucun d'entre eux n'avait encore atteint dix ans. A mes côtés, leur mère les surveillait de loin. Elle semblait avoir renoncé à m'adresser la parole, comme si un reproche indicible creusait entre nous une distance irrémédiable. Moi, sous le soleil de nos vacances, je ne pouvais même pas me mettre en maillot de bain. Les séquelles de la guerre et de la déportation, à Schirmeck, étaient trop visibles sur mes jambes dont les veines avaient éclaté, comme des marques honteuses que je n'osais exhiber : je devais rester en pantalon comme un vieux monsieur alors que je n'avais pas encore atteint mes quarante ans.

Source : Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, Pierre Seel et Jean Le Bitoux, éditions Calmann-Lévy, 1994, pp. 135-138.

Photo : Pierre Seel, photographié en 1997 par Orion Delain.

Déportation, sexualité et homosexualité


Quand on considère par exemple "la monstruosité des conditions alimentaires" que subissaient les déportés, dont beaucoup allaient jusqu'à "tirer quelques débris comestibles des tas d'ordures" ou à ramasser des os pour les faire bouillir, on comprend la valeur que pouvait représenter ainsi une ration de soupe supplémentaire ! Et, pour l'obtenir, il est certain que, souvent, il fallait faire abstraction de tout scrupule ou de tout préjugé.

Le plus important était alors de tenter de survivre, fût-ce au prix de compromissions sordides ou de luttes sauvages que seuls peuvent condamner aujourd'hui ceux qui n'ont pas vécu cette psychose de la faim qui, dans les camps, fut la cause des "plus féroces compétitions entre les groupes" et des "haines les plus inexpiables entre les affamés et les bien-nourris".

Il est sans doute vrai que tous les déportés n'entrèrent pas dans ce cercle infernal de "trafics" et de "chantages" qui régissaient la vie quotidienne des camps, mais auquel beaucoup surent résister, les uns ayant plus de force de caractère que d'autres, ainsi qu'il en est dans toute communauté humaine. Mais, en ce qui concerne ceux qui furent amenés à "se prostituer", il faut considérer que, de toute manière, il n'était pas question pour eux d'avoir des états d'âme, car "la hiérarchie interne pouvait briser presque à la mort ceux qu'elle voulait détruire", après qu'ils eurent résisté à telle ou telle de leurs pressions.

"Être ou ne pas être", voilà bien la question qui se posait effectivement à ceux qui étaient assaillis par les propositions de cette hiérarchie interne...

Mais ce furent évidemment les "triangles roses" qui devaient subir les pressions les plus rudes, et sans qu'il leur fût même possible de s'en montrer indignés. Ils étaient des homosexuels et, dans l'esprit des autres déportés, des "déchets méprisables", qui étaient voués par destination à se vautrer dans la débauche ! Alors, pourquoi se serait-on gêné avec eux, puisqu'ils étaient censés toujours désirer de nouvelles aventures sexuelles, et sans qu'y entre bien entendu la moindre touche d'émotion ou d'affectivité ?

Les "triangles roses" furent donc particulièrement recherchés par les déportés qui appartenaient à cette "hiérarchie interne" des camps, et qui se livrèrent parfois à de véritables compétitions pour s'approprier les plus jeunes et les plus beaux.

Il y avait ainsi, rapportera l'une de leurs victimes, "trois kapos qui voulaient se lier à moi et qui me disputaient". Or "je ne pouvais en refuser aucun, car je n'étais pas assez fort". Aussi entre eux, "le combat dura deux jours", puis "un kapo du département du bâtiment vint m'informer qu'il était mon nouvel ami", car "il m'avait acheté". C'était un homme qui "était très connu comme trafiquant, par les déportés, mais aussi par les personnalités et les SS. Il dirigeait un service de troc très actif entre la cuisine du camp, l'hôpital et le vestiaire. On pouvait par son intermédiaire acheter aussi bien un morceau de pain qu'un anneau de diamant ou une paire de bonnes chaussures". Et comme de ce fait "il avait pas mal d'argent, il acheta donc facilement les autres prétendants pour que je devienne son ami et de cette façon je restai en bonne grâce avec eux ".

Tel était sans doute l'essentiel pour l'intéressé, mais, dans ce marchandage devenu courant, la compétition ne se terminait pas toujours d'une manière aussi tranquille, et il arrivait parfois qu'elle se concluait tragiquement pour celui qui était l'enjeu de ces enchères d'un autre temps. Ainsi "un jeune Alsacien fut-il disputé par deux kapos: de l'un il recevait une gamelle de soupe, de l'autre un cigare, chaque dimanche". Mais, "victime de la jalousie réciproque des deux kapos, il fut envoyé à l'infirmerie un soir pour "désinfection". Le lendemain on le trouva mort; il avait reçu une piqûre d'essence dans les veines. Il n'avait que dix-neuf ans"...

Pour quiconque a conservé une certaine sensibilité, il est sans doute naturel que la manière dont furent traités les "triangles roses" soit considérée comme particulièrement ignoble, puisqu'elle était le fait de certains déportés qui abusèrent aussi outrageusement des "pouvoirs" dont ils disposaient. Mais, pour le commun, il ne semble pas que de tels viols aient constitué des situations particulièrement dramatiques, n'étant plutôt que de simples péripéties à valeur anecdotique. On a ainsi estimé à propos des "triangles roses" que, dans cette nouvelle circonstance, "ils ne firent que continuer l'exercice de leurs pratiques", ce qui sous-entend donc qu'ils n'eurent pas à en souffrir énormément.

Une telle affirmation est en vérité effroyablement triste, et non seulement parce qu'elle occulte totalement la contrainte dont furent l'objet les " triangles roses ", mais aussi parce qu'elle méconnaît gravement la psychologie des homosexuels. Contrairement à ce que s'imagine la croyance commune, ils ne sont pas en effet des gens prédestinés à s'offrir à n'importe qui pour le plaisir d'un instant. Ainsi que l'admettent maintenant chercheurs et spécialistes, ils sont des gens qui recherchent, eux aussi, émotion et tendresse dans les relations qu'ils peuvent nouer, et qu'ils choisissent donc suivant les éclats de leur sensibilité. Les études qui ont été effectuées depuis quelque temps ont permis ainsi de faire admettre que, dans leurs réactions, "les homosexuels sont vraiment comme les autres" car "ils ont les mêmes aspirations, les mêmes désirs, les mêmes élans, les mêmes déceptions, les mêmes souffrances et les mêmes angoisses " que les hétérosexuels".

Il s'agit sans doute là d'une constatation assez simple, mais elle est malheureusement "une acquisition très récente" et, à l'époque des "triangles roses", on s'en tenait encore aux vieux clichés, transmis pieusement de génération en génération. L'un de ces "triangles roses" rapportera ainsi avec amertume que "les autres détenus ne semblent jamais avoir été effleurés par l'idée que la tendresse, les caresses, le fait de se sentir bien ou mal dans sa peau pouvaient influer sur le désir sexuel". Et, plus encore que de la faim ou que des tortures, c'est bien de cette incompréhension de leur état qu'eurent à souffrir davantage les "triangles roses", considérés par l'ensemble comme des êtres dépravés.

"Nous, les déportés au "triangle rose", nous restions aux yeux des autres détenus les sales cochons de pédés, tandis que les mêmes qui nous injuriaient et nous condamnaient ne disaient rien des relations des doyens de bloc et des kapos avec les garçons polonais. Ils trouvaient cela naturel et en parlaient en souriant".

Dans leur raisonnement, "les pratiques homosexuelles entre deux normaux étaient acceptées en tant que moyen de remplacement, alors que les mêmes pratiques entre deux homos, de connivence, étaient considérées comme des conduites scandaleuses et dégoûtantes. Ce qui dans un cas était accepté avec un certain sourire était, dans l'autre, complètement rejeté parce que revendiqué en tant que tel". Et il semble bien qu' "une grande partie des SS devaient penser de même, car ils connaissaient évidemment les histoires des garçons polonais avec les gens bien placés du camp".

Quand on sait que les pratiques homosexuelles étaient considérées par le pouvoir comme "un crime", on pourrait être surpris qu'ils aient ainsi fermé les yeux sur celles qui avaient cours dans leurs camps. Mais, si "officiellement les SS ne savaient rien", c'est bien parce que, pour eux aussi, il y avait dérèglement de la réflexion et pourrissement de l'esprit. Il faut cependant ajouter à cet abrutissement de l'intellect le machiavélisme du calcul, car "cette tolérance devait payer les services et les basses besognes qu'ils attendaient de cette minorité privilégiée" dont ils voulaient en contrepartie que la servilité fût totale.

Les SS savaient que permettre l'assouvissement du plaisir sexuel constituait une monnaie d'échange fort cotée, et qu'ils en tireraient ainsi grand profit pour la réussite de leur système. Tout en laissant cette "minorité privilégiée" user à sa guise des "triangles roses", les nazis n'en continuaient pas moins de vouloir leur "guérison", puisque telle était la directive du Pouvoir afin de tenter de récupérer des "producteurs" d'enfants. Aussi fut-il organisé dans les camps de nouveaux stages de "guérison" destinés à provoquer le "choc" qui ferait surgir le changement souhaité. Et, dans leur esprit, il n'était pas de moyen plus persuasif que de les confronter à la vue d'un corps féminin dans sa nudité la plus totale, ce qui susciterait chez eux l'envie irrésistible de faire l'amour.

Là était le "remède", et pour les nazis il devait être infaillible ! Aussi allait-on conduire manu militari des "triangles roses" dans les bordels, qui avaient été ouverts dans certains camps. Le fait qu'il en ait existé en de tels lieux peut sans doute paraître ahurissant, car ces pressoirs de vies humaines étaient tout l'inverse de joyeux lupanars. Mais le machiavélisme des nazis était sans limite, et cette implantation de bordels non loin des chambres à gaz répondait, là encore, à des objectifs bien précis, tant chez eux le processus d'extermination s'appuyait sur de morbides intérêts. Ces bordels avaient ainsi une existence très officielle, puisqu'ils avaient été créés en 1943 par une ordonnance de Himmler sous la pudique appellation de "bâtiments spéciaux", et d'abord dans le but de corrompre les détenus politiques dont l'influence devenait prédominante dans les camps, de les espionner et de les détourner de la politique", c'est-à-dire de la résistance qu'ils tentaient d'opposer à leurs exterminateurs.

Source : Le Triangle Rose, Jean Boisson, Editions Robert Laffont, Paris, 1988.

Illustration : Portail du camp de Sachsenhausen, près de Berlin.

Erasure from History

As part of its agenda to preserve an "Aryan master race," Nazism indicted homosexuals as "socially aberrant" and persecuted them. Between 1933 and 1945, it is estimated that more than 100,000 men were arrested on homosexual charges, and half of these were officially sentenced.

Most of the convicted men were jailed in regular prisons, but between 5,000 and 15,000 of the men who were sentenced for homosexual offenses were incarcerated in concentration camps.

In spite of this well-documented persecution, research on the Nazi war against homosexuals long remained a taboo subject, hindered by the discrimination and social stigma that homosexuals endured in Europe and the United States even in the decades following the Holocaust.

Most survivors of the persecution were afraid or ashamed to tell their stories. Homosexual victims of the Nazi Holocaust have until recently been left out of commemorations of the tragedy and have been erased from the collective memory surrounding this historical event.

Earlier historians of the Holocaust, especially those who asserted that the Holocaust was a historical experience unique to the Jewish people, have contributed to the erasure of homosexual suffering from history, dismissing as unworthy of mention the "prostitutes, homosexuals, perverts, and common criminals" incarcerated by the Nazis.

Nazi Objections to Homosexuality

At the base of the Nazi persecution of homosexuals were a number of legislative and violent actions against homosexuals, motivated by Nazi ideology, which found homosexuality anathema to their eugenic theories.

During the Weimar Republic (1919-1933), glbtq people had created a vibrant subculture in Germany's major cities. Through a proliferation of specialized bars, publications, and political and social organizations, they had become an increasingly visible part of urban life.

However, they were viewed by Nazis as decadent and undesirable. Confirmed male homosexuals in particular were regarded as diseased, degenerate creatures who could weaken the German Volk by spreading contagion, especially by seducing youth and by failing to contribute to the population growth necessary to sustain Nazi imperial ambitions.

Nazi Actions against Homosexual Organizations

Soon after Hitler's rise to power in 1933 the new government instituted a systematic program for destroying gay and lesbian institutions and eliminating homosexual visibility.

In February 1933, police began raiding and shutting down gay and lesbian bars and clubs. Publications with homosexual content were seized and destroyed. Citizens were invited to "denounce" or turn in homosexuals as "asocial parasites."

On May 6, 1933 the Nazis raided the "Institute for Sexual Science" in Berlin, home of the major organization that crusaded for glbtq rights, the Scientific-Humanitarian Committee. A few days later, it burned thousands of books from the Institute's library, undoubtedly the largest archive of glbtq material then in existence.

Founded in 1919 by Magnus Hirschfeld (1868-1935), the Institute conducted research and discussion on marital problems, sexually transmitted diseases, and laws relating to sexual offenses, abortion, and homosexuality. The author of several studies, Hirschfeld, himself a homosexual, had actively campaigned to reform laws criminalizing homosexuality.

The Purge of the SA

On June 30, 1934, Ernst Röhm and almost three hundred other members of the SA, the Nazi party "Brown Shirts" who helped bring Hitler to power, were slaughtered by members of Heinrich Himmler's rival SS, or Gestapo. The purge was undoubtedly spurred by internal rivalries within the Nazi hierarchy, but the justification for the murders was the homosexuality of Röhm, an early ally of Hitler.

Röhm's homosexuality had been an issue during the electoral campaigns of 1930, much to the embarrassment of the Nazis. The day after the assassinations, Hitler addressed the nation and defended the murders as necessary to protect the nation against degeneracy.

Nazi leaders routinely used allegations of homosexual behavior as a means of attacking enemies and rivals. Hermann Göring, for example, accused the supreme military commander Von Fritsch of homosexuality when he removed him in 1938. Officials of the Roman Catholic Church, particularly Franciscan Friars, were also accused of corrupting Aryan youth.

Paragraph 175

In 1935, Germany's sodomy law, the infamous Paragraph 175 of the Criminal Code, originally passed in 1871, was strengthened.

The paragraph read:

A male who commits lewd and lascivious acts with another male or permits himself to be so abused for lewd and lascivious acts, shall be punished by imprisonment. In a case of a participant under 21 years of age at the time of the commission of the act, the court may, in especially slight cases, refrain from punishment.

Whereas the old law punished only anal intercourse, the new law criminalized all "lewd and lascivious acts." Moreover, the law was interpreted to encompass homosexual "intent" as well as acts. Kissing, holding hands, and mutual masturbation were all deemed illegal under the new law. Not surprisingly, the conviction rates for homosexual offenses vastly increased.

Enforcement

In 1936 Himmler created a Reich Central Office for the Combating of Homosexuality and Abortion: Special Office (II S). The linking of homosexuality and abortion reflected the Nazi regime's concern with population growth. Himmler considered homosexuality a social illness that could divert millions of men from reproducing.

Under the revised Paragraph 175 and the creation of Special Office II S, the number of prosecutions increased steadily, peaking in the years between 1937 and 1939. Half of all convictions for homosexual activity under the Nazi regime occurred during these years. The police intensified attacks on homosexual meeting places, studied carefully the address books of arrested men to find additional suspects, and created rings of informers to compile more lists of names.

Between 1937 and 1939 almost 100,000 men were arrested by the Gestapo on suspicion of homosexuality. Not all of those who were arrested came to trial and not all those who were tried were convicted; nevertheless, even being questioned about homosexuality could be a traumatic experience. The persecution no doubt had the desired effect of not only stifling the homosexual subculture, but also of drastically reducing the incidence of male homosexual activity.

The vast majority of homosexuals arrested under the Paragraph 175 were "Aryans," especially citizens of present or future provinces of the Reich: Germans, Austrians, Alsatians, Dutch, and Czechs. Non-Aryans and homosexuals in other countries conquered by Germany were not persecuted as homosexuals. Indeed, Himmler argued that homosexuality among subject peoples would hasten their demise.

In spite of Himmler's belief that "we must exterminate these people root and branch . . . . the homosexual must be eliminated," there was never a systematic program for homosexual elimination, as there was the "final solution" for the "Jewish problem." Nazi policy distinguished between individuals considered "homosexual by nature," who were apparently irredeemable, and those who may have been seduced into experimentation. The latter, it was believed, could be reclaimed for the nation and were subject to less severe punishment.

Incarceration

Homosexuals incarcerated in concentration camps suffered far more severely than those sentenced to regular prisons. All prisoners of the camps had clothes marked with distinctive colors and shapes so that guards and functionaries could identify them by category. The uniforms of those sentenced as homosexuals bore various identifying marks, including, in the early years, a large black dot and a large "175" drawn on the back of the jacket.

Later, homosexuals were identified by a pink triangular patch (rosa Winkel), which has since become an international symbol of gay and lesbian liberation.

Conditions in the camps were harsh for all prisoners, many of whom did not have to wait for the gas chamber to die. However, many survivors have testified that gay men were treated particularly severely by guards and inmates alike because of widespread biases against homosexuals. Many homosexual prisoners, used as slave labor, were worked to death; others were beaten to death.

Homosexuals in the concentration camps had a significantly lower rate of survival than comparable groups.

Lesbians in Concentration Camps

Most homosexual victims were males; lesbians were not subjected to systematic persecution. Few women are believed to have been arrested, and Paragraph 175 did not mention female homosexuality. Lesbianism was seen by many Nazi officials as alien to the nature of the Aryan woman. Nevertheless, in some cases, the police arrested lesbians as "asocials" or "prostitutes," so that in concentration camps lesbians bore the asocials' black triangle.

Medical Experimentation

As was true with other prisoner categories, some homosexuals were also victims of cruel medical experiments, including injection with typhus in order to observe the disease's natural progress.

Homosexuals were also often castrated, believing that such treatment would eradicate homosexual desire.

At the Buchenwald concentration camp, Dr. Carl Vaernet carried out experiments intended to convert men to heterosexuality. Believing that homosexuality might be caused by a deficiency of the male hormone testosterone, Vaernet implanted into his victims a capsule that released large doses of the hormone.

Legacy of Nazism

For German homosexuals, the legacy of Nazism persisted for a very long time: the 1935 version of Paragraph 175 was not repealed in the Federal Republic until 1969 and in Austria until 1971. (Indeed, prosecutions and convictions under Paragraph 175 in the first 12 years of the Federal Republic exceeded those during the twelve years of the Third Reich.) More than twenty years after the fall of Hitler, homosexuals in Germany and Austria continued to fear arrest and incarceration.

In the years immediately following the war, homosexual concentration camp prisoners were not acknowledged as victims of Nazi persecution. Reparations were refused, and under the Allied Military Government of Germany, homosexuals found in concentration camps remained imprisoned and their testimony silenced. Their incarceration by the Nazis was considered justified.

In 1957 the West German Federal Constitutional Court even ruled that the Nazi version of Paragraph 175 was constitutional because it "did not interfere with the free development of the personality" and it "contained nothing specifically National Socialist." The court stated explicitly that homosexual acts "unquestionably offended the moral feelings of the German people," thus reiterating the Nazi accusation that homosexual acts were against volkisch values.

Homosexuals murdered by the Nazis received their first public commemoration in a May 8, 1985 speech by West German President Richard von Weizsäcker. The speech marked the fortieth anniversary of the end of World War II.

Four years after re-unification in 1990, Germany abolished Paragraph 175. In May 2002, the German parliament passed legislation that pardoned all homosexuals convicted under Paragraph 175 during the Nazi era.

Homosexualization of Nazism

Paradoxically, and sadly given the historical record, homosexuality was used following the war and the demise of the Nazi regime to discredit the regime itself. In popular post-war representations, Nazism is often homosexualized.

Homosexuality became such a distinguishing trait of Nazi leaders in the popular imagination that Hitler himself was sometimes portrayed as gay. For example, Roberto Rossellini's Neo-Realist film Roma, Città Aperta (1945) very clearly portrays the Nazi commander and his female aide as a gay male and a lesbian.

Even an event such as the murder of Ernst Röhm has been made the subject of titillation. In Luchino Visconti's film The Damned (1969), the event is fictionalized as taking place in the middle of a homosexual orgy. Andrea Slane has documented how Hollywood representations of Nazism also frequently link it with homosexuality.

Popular works such as these have contributed to the erasure of the gay and lesbian Holocaust from the collective cultural and historical memory. As Martha Sturken points out, "memory provides the very core of identity." Yet acts of remembrance are necessarily selective and can never be a copy of the historical experience. Therefore, memory becomes "a form of interpretation" and all memories are created together with a process of forgetting of the past. Such forgetting is often highly organized and strategic, as in the forgetting of the Nazis' persecution of homosexuals.

Recent Developments

As late as 1997, Kai Hammermeister lamented the absence of a gay Holocaust literature. He cited Martin Sherman's play Bent (1979) as an important exception. The first documentary film on gay victims of the Holocaust that received a decent circulation was Paragraph 175 (1999) by Rob Epstein and Jeffrey Friedman.

Recently, however, historians of the Holocaust have begun to acknowledge the homosexual victims of the Holocaust. In 2003, the United States Holocaust Memorial Museum presented a major traveling exhibit entitled "The Nazi Persecution of Homosexuals, 1933-1945." A version of the exhibit is on-line at the museum's website.

The Schwules Museum in Berlin has also commemorated the victims of Nazism. The persecution of homosexuals by the Nazis was the immediate impetus for Amsterdam's Homomonument.

Source : Nazism and the Holocaust, Luca Prono, An Encyclopedia of Gay, Lesbian, Bisexual, Transgender, and Queer Culture, 2002-2004, glbtq, Inc.
"Contrairement aux Juifs et aux Tziganes, les homosexuels n'ont jamais fait l'objet de mesures d'extermination systématique dans des camps conçus comme de véritables usines de la mort. Cependant, leur taux de survie était inférieur à celui de tout autre groupe de prisonniers n'appartenant pas à ces deux catégories raciales."

Texte : De l'Eldorado au IIIe Reich, conférence de Gerard Koskovich (lire).

Photo : Fours crématoires au camp de Dachau, juillet 1945 (orig : USHM)

"A rebours, on doit donc se demander si la lutte contre le négationnisme n'aurait pas tout intérêt à la fois à comprendre comment un tel silence sur le sort des homosexuels sous le Troisième Reich a pu être possible pendant près de cinquante ans autant dans nos démocraties occidentales que dans les pays de l'Est, et à chercher à le conjurer aujourd'hui par la constitution d'une histoire digne de ce nom sur la question. Car on ne défend pas la mémoire en acceptant qu'elle demeure hémiplégique, comme on ne saurait prétendre édifier une histoire scientifique du nazisme en la condamnant à demeurer partielle. Le nazisme fut un système global de répression et de "purification" de la vie sociale ; son histoire doit l'être autant."

Texte : Négation,dénégation, Michel Celse et Pierre Zaouï (lire).

Photo : Le camp d'Auschwitz sous la neige, quelques jours après sa libération par les troupes soviétiques. (orig : USHM)
"Parmi tous les groupes de victimes, il en est un qui n'apparut jamais dans la lumière de la publicité, qui ne se plaignit pas des dommages subis, qui ne rencontra aucune compréhension auprès des journaux ni des administrations ni des organisations de défense des intérêts des anciens internés : ce sont les homophiles. Parce que l'article 175 du Code pénal allemand fait des homophiles des criminels, ceux-ci ne trouvèrent dans le public aucune pitié, et bien entendu ne purent prétendre à aucun dédommagement. Jusqu'à ce jour, personnne n'a cherché à savoir combien d'homophiles furent les victimes des poursuites nazies, ni ce qu'ils ont retrouvé de leur existence et de leurs biens, quand ils ont survécu."

Texte : Les homophiles dans les camps, B.M., "Die Runde" (lire).

Photo : Clôture de barbelés électrifiés du camp de Sachsenhausen. (orig : Franck Dennis)