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Henny Schermann, juive et lesbienne


Henny Schermann, vendeuse à Frankfurt am Main, fut arrêtée par les nazis en 1940. et assassinée à Ravensbrück en 1942.

Les parents de Henny s'étaient rencontrés peu après que son père eut émigré de Russie. Henny fut la première des trois enfants de ce couple juif. Francfort était un important centre économique et culturel.

1933-39 : Après l'accession des Nazis au pouvoir commença la persécution de nombreux groupes "d'indésirables" parmi lesquels les Juifs, les Tsiganes, les homosexuels, les handicapés, ainsi que les politiciens de gauche. Après 1938, pour identifier les Juifs, un décret Nazi fut promulgué prévoyant que "Sara" devait être ajouté comme deuxième prénom de toutes les femmes juives sur leurs papiers officiels. Henny, alors âgée de vingt-quatre ans, travaillait comme assistante dans une boutique et vivait avec sa famille à Francfort.

1940-44 : Au début de l'année 1940, Henny fut arrêtée à Francfort et déportée dans le camp de concentration pour femmes de Ravensbrück. Derrière la photo où on la voit prisonnière, il était écrit : "Jenny (sic) Sara Schermann, née le 19 février 1912 à Francfort sur le Main. Vendeuse célibataire à Francfort sur le Main. Lesbienne licencieuse, ne fréquente que les bars [homosexuels]. A refusé le prénom 'Sara'. Juive apatride."

Henny fit partie des nombreuses prisonnières de Ravensbrück sélectionnées en vue de leur extermination. En 1942, Henny fut gazée dans le centre d'exécution de Bernburg (Copyright © United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C. Translation Copyright © Mémorial de la Shoah, Paris, France).

A noter que :

* Après la prise de pouvoir du parti national-socialiste en 1933, toutes les femmes juives furent contraintes, par décret, d'apposer le nom de Sara après leur nom original. Il s'agissait là d'une marque infamante d'appartenance au peuple juif. Shermann refusa d'utiliser ce second nom et continua de fréquenter les bars homos interdits de Francfort.

* L'hôpital psychiâtrique de Bernburg, à proximité de Magdeburg, était spécialisé dans l'élimination des éléments asociaux. C'est là que Henny Schermann fut gazée.

* Schermann a sans nul doute été exécutée parce qu'elle était juive. Mais les données reprises sur la photo signalétique, l'intérêt direct du médecin eugéniste de Ravensbrück et l'envoi à l'hôpital psychiatrique de Brenburg témoignent de la répression particulière de l'homosexualité féminine, coupable, selon l'idéologie nazie, de faire baisser les taux de natalité du Reich et d'affaiblir la race aryenne. Il va de soi que dans le cas d'une femme juive, ces dernières considérations n'entrent pas en ligne de compte.

Sources : Ravensbrueck, Allemagne, 1941. Stadtarchiv Nuernberg/UNITED STATES HOLOCAUST MEMORIAL MUSEUM #71929a ; United States Holocaust Memorial Museum ; Gay Kosmopol.

Photos : Photos d'identification de Henny Schermann, vendeuse à Frankfurt am Main.

Discours de Poznan (4 octobre 1943)


Discours de Himmler du 4 octobre 1943
par Daily Motion

Enregistrement du discours de Poznan (Pologne) prononcé par Heinrich Himmler le 4 octobre 1943, dans lequel il invite ses subordonnés SS à faire preuve de zèle dans l'extermination des Juifs. (Bande son originale sous-titrée en allemand et en anglais. 3,8 Mo.)

(Recording of the Poznan (Poland) speech delivered by H. Himmler on October 4th, 1943. The second most powerful man in Germany reminds his officers of the loyalty he expects in their extermination of the Jews.)

Nazisme et handicap : la mémoire des victimes


Soixante ans après la libération des camps, l'histoire du traitement "social" des personnes handicapées par le régime nazi reste à écrire...

De 1933 à 1945, Adolf Hitler et ses séides ont mis en pratique une politique d'hygiène raciale qui comportait sa case Handicap. Dès le 1er janvier 1934, quelques mois après avoir pris le pouvoir, le Parti National Socialiste allemand mettait en oeuvre cette politique qui instaurait la stérilisation systématique des personnes ayant un handicap d'origine congénitale : surdité, cécité, maladies mentales, malformations physiques, épilepsie... Le nazisme ne réservait ni place ni rôle aux personnes handicapées : considérées comme improductives et inutiles, elles constituaient une charge pour une Allemagne à laquelle une tâche était assignée, dominer le Monde et lui imposer une économie capitaliste de type nouveau.

La documentariste Brigitte Lemaine est l'une des rares à s'être intéressée au sort subi sous le nazisme par les personnes handicapées ; si elle a axé son travail sur les sourds, elle nous apprend beaucoup sur les autres catégories de handicap. Le point de départ de son travail remonte à 1993 : la bibliothèque de Bagnolet (93) avait organisé une rencontre sur les sourds sous Hitler. On y avait appris que 210 sourds juifs français avaient été déportés, et que des survivants avaient fondé, à Tel Aviv (Israël), un mémorial devant recenser les 6 000 sourds assassinés dans les camps d'extermination. Ils soulevaient également un point important: la langue des signes n'est pas une langue écrite. Aussi, leur histoire vécue est transmise oralement; en l'absence de travaux de recherche historique, elle risque de disparaître des mémoires. Le documentaire "Témoin Sourds, témoins silencieux" de Brigitte Lemaine contribue à perpétuer le souvenir de ceux qui, handicapés, étaient condamnés à mort par le régime nazi.

Un travail difficile, comme l'évoque Bernard Mottez, sociologue au Centre National de la Recherche Scientifique, quand il parle des travaux d'un chercheur allemand : "Quand il se rend dans les écoles, les dossiers disparaissent entre le moment où il s'annonce et celui de sa visite". Alors, ce sont des victimes du nazisme qui racontent les persécutions dont elles furent victimes dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Le professeur Horst Biestold rappelle que dès le 15 juillet 1933, six mois après la prise du pouvoir par le Parti National Socialiste, la loi d'hygiène raciale est votée par le Parlement allemand. Une femme sourde évoque les conditions de sa stérilisation forcée; on retirait l'utérus aux femmes, une vasectomie était imposée aux hommes. Sur les 100 000 sourds allemands d'alors, le tiers a été stérilisé. Les réfractaires étaient déportés. Parmi les sourds, des groupes nazis s'étaient constitués, leurs membres dénonçant ceux qui refusaient la stérilisation. L'Eglise elle-même milita pour la stérilisation. Des enquêteurs se rendaient dans les écoles pour recenser, avec l'aide du corps enseignant, les sourds à "traiter". Il n'était pas fait exception des personnes handicapées, bien au contraire, dans la politique d'extermination des Juifs : les chercheurs estiment à 6 000 le nombre de sourds juifs qui ont été déportés dans les camps de la mort.

La population allemande était endoctrinée pour accepter ce "traitement" des personnes handicapées. A l'école, ce problème d'arithmétique était, par exemple, soumis aux élèves : "Un malade mental coûte quotidiennement environ 4 Reichsmarks, un infirme 5,5 RM, un criminel 3,5 RM, un apprenti 2 RM. Faites un graphique avec ces chiffres. D'après de prudentes estimations, il y aurait en Allemagne 300 000 malades mentaux, épileptiques, etc. qui reçoivent des soins permanents. Calculez combien coûtent annuellement ces 300.000 malades mentaux et épileptiques. Combien de prêts non remboursables aux jeunes ménages à 1.000 RM pourrait-on faire si cet argent pouvait être économisé ?". Mais le fondement "scientifique" de la politique nazie se trouve chez des tenants du darwinisme; c'est le cas dans l'ouvrage publié en 1920 par le juriste Karl Binding et le psychiatre Alfred Hoche, "Une vie sans valeur de vie". Ce qu'Adolf Hitler traduira dans "Mein Kampf" : "La nature ne destine à vivre que les meilleurs et anéantit les faibles".

Le programme d'extermination des handicapés et malades mentaux commence en 1940, ce sont des médecins qui ouvrent le robinet dans les chambres à gaz camouflées en douches. En effet, ce qui caractérise le programme "d'hygiène raciale" nazi, c'est qu'il a été techniquement élaboré et exécuté par des médecins : une approche scientifique de la sélection reposant sur une décision médicale de vie ou de mort, sous l'égide du Comité du Reich pour l'étude scientifique des maladies graves, héréditaires et congénitales créé et dirigé par les médecins Karl Brandt et Philip Bouhler. Les camps d'extermination furent au nombre de six, couvrant tout le territoire allemand. Les victimes étaient transportées par une société spécialisée, Gekrat, dans des autocars banalisés. Elles étaient asphyxiées dans des chambres à gaz, ou assassinées par injection médicamenteuse; leurs cadavres furent, durant la première année, incinérés.

Ce procédé prenant trop de temps, il fut remplacé lors de la seconde vague d'extermination par l'ensevelissement en fosses communes camouflées en simples tombes. Durant la première année (1940-41), plus de 70 000 personnes furent ainsi exterminées. Des unités mobiles sont élaborées à la demande d'Heinrich Himmler, chef de la S.S : les victimes sont enfermées dans des camions dont l'échappement du moteur est dérivé pour les asphyxier. Elles sont ensuite incinérées dans les campagnes. Les techniques élaborées pour assassiner les personnes handicapées et les malades mentaux furent, jusqu'en mai 1945, déployées dans les camps d'extermination dans lesquels les Juifs étaient massivement déportés. Malgré le secret imposé aux personnels qui perpétraient ces exterminations, les disparitions et l'inquiétude des familles conduirent le clergé à protester officiellement. Hitler ordonna, le 24 août 1941, l'arrêt du plan d'extermination des personnes handicapées et des malades mentaux, le programme T4. Celui-ci fut poursuivi plus discrètement jusqu'à la chute du régime nazi, en mai 1945. On estime au total à 100 000 personnes les victimes de ce programme d'extermination "thérapeutique".

Et en France ? Il sera important de savoir comment les Français se sont comportés en la matière durant les années d'occupation et de collaboration avec le régime nazi. Il est avéré que 50 000 malades mentaux internés en hôpitaux psychiatriques sont morts de faim entre 1940 et 1944. Mais la polémique n'est pas tranchée : volonté délibérée des autorités de laisser mourir ces internés ou résultat de la désorganisation de l'État, de la pénurie de ravitaillement et du délaissement des malades de la part des soignants ? Dans le même temps, il n'a pas été constaté d'augmentation significative de la mortalité dans les hôpitaux généraux. Mais il s'est bien produit un phénomène redoutable, et il appartient aux historiens de le définir et d'en tirer les enseignements. Auront-ils ce courage ?

Source : Nazisme et handicap : la mémoire des victimes, Laurent Lejard, novembre 2005, Yanous (portail des handicaps).

IIlustration : Affiche des années trente pour le mensuel "Neues Volk", l'organe de presse du bureau des Affaires raciales du parti nazi. Texte de l'affiche : "Cet homme atteint d'une maladie héréditaire coûtera à la communauté 60 000 marks tout au long de sa vie. Citoyens, il s'agit aussi de votre argent." (orig : site "Nazi propaganda: 1933-1945") .

A voir : "Au nom de la science", un documentaire de Joe Berlinger, réalisé en 2006. En avril 2002, 750 cerveaux et têtes d'enfants ont été découverts dans les sous-sols de la clinique pour enfants de Vienne, la Spiegelgrund. Ces 750 enfants, âgés de quelques jours à une quinzaine d'années, ont été assassinés dans le cadre du programme d'euthanasie des nazis conduit par le docteur Heinrich Gross, commandant en second de la Spiegelgrund. Certains de ces enfants étaient trisomiques, d'autres handicapés, certains épileptiques, d'autres tout simplement… asociaux (!). Pendant plus de 40 ans après la guerre, le docteur Heinrich Gross a poursuivi ses recherches sur ces cerveaux d'enfants. Gross, aujourd'hui âgé de 86 ans, vit en homme libre en Autriche.
"Contrairement aux Juifs et aux Tziganes, les homosexuels n'ont jamais fait l'objet de mesures d'extermination systématique dans des camps conçus comme de véritables usines de la mort. Cependant, leur taux de survie était inférieur à celui de tout autre groupe de prisonniers n'appartenant pas à ces deux catégories raciales."

Texte : De l'Eldorado au IIIe Reich, conférence de Gerard Koskovich (lire).

Photo : Fours crématoires au camp de Dachau, juillet 1945 (orig : USHM)

Les camps dits d'extermination, construits après l'adoption par les nazis de la Solution finale lors de la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, étaient destinés à l'élimination des "races inférieures", essentiellement les Juifs, les Tziganes et les Slaves. Les nazis n'ont jamais entrepris d'exterminer les homosexuels en tant que groupe social, même si certains ont été internés dans des camps de niveau III (les "moulins à os") dans lesquels les chances de survie étaient infimes. On ne peut donc pas parler d'holocauste gay. Les camps d'extermination constituent l'étape ultime de la politique raciale nazie. Malgré les moyens industriels mis en oeuvre, l'élimination des corps se révèle plus longue et plus difficile que prévu. L'homme éliminé parce qu'il occupait indûment un espace vital impose son encombrante présence même après sa mort. Lire sur ce site deux textes sur l'extermination des "races inférieures".

Texte : Webmaster

Photo : Femmes et enfants sur la "rampe des Juifs" d'Auschwitz-Birkenau. Récemment débarqués des wagons à bétail dans lesquels ils ont été enfermés pendant plusieurs jours, ils attendent sans s'en douter d'être conduits vers l'une des chambres à gaz du camp. (orig : Album d'Auschwitz, Yad Vashem)