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Albert Speer recalls the Röhm Purge in his memoirs



I was in Berlin during the Röhm Putsch*. Tension hung over the city. Soldiers in battle array were encamped in the Tiergarten. Trucks full of police holding rifles cruised the streets. There was clearly an air of "something cooking" similar to that of July 20, 1944, which I would likewise experience in Berlin.

The next day Goering was presented as the savior of the situation in Berlin. Late on the morning of July 1, Hitler returned after making a series of arrests in Munich, and I received a telephone call from his adjutant: "Have you any new designs? If so, bring them here!" That suggested that Hitler's entourage was trying to distract him by turning his mind to his architectural interests.

Hitler was extremely excited and, as I believe to this day, inwardly convinced that he had come through a great danger. Again and again he described how he had forced his way into the Hotel Hanselmayer in Wienssee -- not forgetting, in the telling, to make a show of his courage: "We were unarmed, imagine, and didn't know whether or not those swine might have armed guards to use against us." The homosexual atmosphere had disgusted him: "In one room we found two naked boys!" Evidently he believed that his personal action had averted a disaster at the last minute: "I alone was able to solve this problem. No one esle!"

His entourage tried to deepen his distaste for the executed SA leaders by assiduously reporting as many details as possible about the intimate life of Röhm and his following. Brückner showed Hitler the menus of the banquets held by Röhm and his clique, which had purportedly been found in the Berlin SA headquarters. The menus listed a fantastic variety of courses, including foreign delicacies such as frogs' legs, birds' tongues, shark fins, seagulls' eggs, along with vintage French wines and the best champagnes. Hitler commented sarcastically: "So, here, we have those revolutionnaries! And our revolution was too tame for them."

After paying a call on the President, he returned over-joyed. Hindenburg had approved his operation, he said, saying something like: "When circumstances require it, one must not shrink from the most extreme action. One must be able to spill blood also."

*The Blood Purge of June 30, 1934. The official version was that Ernst Röhm, leader of the SA, was planning a putsch; hence the name -- Translator's note.

Source: Inside the Third Reich, Albert Speer, London: The Orion Books, 1970, p. 90

Photo: Hitler and Speer at Obersalzberg looking at a plan for the new Opera of Linz.

L'appartenance réelle ou supposée au troisième sexe


Nous avons été d'autant plus surpris de lire voici quelque temps, dans ce même journal [Il Borghese], un article d'Eugenio Dollman intitulé "Le triangle rose" où, après avoir rappelé quelques affaires d'homosexualité en Suisse et critiqué la condamnation à dix mois de prison prononcée contre un certain Rinaldi, italien, qui avait étouffé son "corrupteur", après avoir noté qu'il semble que l'on veuiller noyer "le troisième sexe" dans un mer de sang, il met en relief, à propos de l'affaire de Sir Jan-Douglas Harvey, la tendance à briser la carrière de ceux qui pratiquent des amours non-conformistes. "Alfred Krupp, fils du roi des canons, fut conduit à un suicide prématuré par une campagne sans précédent partie de Capri et menée, en style de chantage, par un journaliste napolitain. La social-démocratie allemande saisit au bond l'affaire et, après avoir monstrueusement déformé les faits, utilisa pour ses fins démagogiques l'envers du décor érotique du capitaliste Krupp à Capri".

Le Troisième Reich à son tour se servit impitoyablement de l'homosexualité, réelle ou supposée, dans sa lutte pour le pouvoir. On cite le cas du général-baron Von Fritsch, qui est l'un des chapitres les plus troubles et les plus honteux des temps du règne nazi. Ce général était le dernier obstacle que l'Armée opposait aux prétentions de Hitler de devenir l'unique commandant en chef. C'était un personnage gênant, et Himmler et Goering ne négligèrent rien pour le rendre suspect à Hitler et pour le faire éliminer.

Comme jadis pour Krupp, on se servit du fait que le général appartenait au "troisième sexe". On s'assura le concours d'un repris de justice, qui soutint avoir eu des rapports intimes avec Von Fritsch (voir également texte contradictoire sur von Fritsch de John Toland sur ce site). Malgré la parole d'honneur du général et un procédure menée aussitôt par Goering, qui conclut en le lavant de toute accusation, malgré une scène dramatique avec Hitler, la démission de Von Fritsch était inévitable. Sa "réhabilitation" ultérieure, grâce à laquelle il fut appelé à commander à la suite son ancien régiment d'artillerie, ne modifia pas beaucoup les choses. Le Troisième Reich s'était servi, avec succès, de la diffamation sur l'appartenance, réelle ou peut-être seulement inventée, au "troisième sexe".

Dès lors, la R.S.H.A. (la Gestapo commandée par Heydrich) employa sans retenue cette arme contre ses ennemis internes et externes. Ces malheureux avaient, dans les camps de concentration, un quartier particulier et portaient, cousu au bras, un triangle rose. Le meilleur expert en la matière, le professeur Kogon, écrit à ce propos dans son livre L'Etat SS : "Contre les homosexuels, les SS procédaient comme contre les juifs, probablement parce que l'homosexualité, au début, était très répandue dans les milieux militaires prussiens et, ensuite, dans les SA et les SS, de sorte qu'il fallait la proscrire et l'exterminer sans pitié." Himmler n'hésita pas à faire "liquider" ainsi son propre neveu Hans Himmler au camp de Dachau.

Et Hitler ? Les bruits selon lesquels le futur Führer dans ses années de famine à Vienne, aurait été en contacts trop étroits avec le problème du "troisième sexe", ne sont pas encore apaisés. Et l'on ne peut pas continuer à nier que Hitler était exactement informé de l'appartenance indéniable à cette "association" de son chef d'état-major des SA, le lieutenant-colonel Röhm, mais qu'il ne se servit de cet argument contre lui que lorsque Röhm, avec ses ambitions personnelles, devint trop dangereux.


Source : Nouvelles d'Italie, Maurizio Bellotti, Arcadie, no. 71 (novembre 1959), p. 644-646.

Photo : Carte postale représentant Ernst Röhm lors d'un rassemblement à Dortmund en 1933 (orig : USHM)

Quelques réflexions et interrogations sur le massacre des homosexuels par les nazis


Combien d'homosexuels ont été massacrés par les nazis ? Cinquante mille ? Cent mille ? Un million ? Ces chiffres ont été cités. Pareille imprécision en dit long sur le peu d'attention accordée par les historiens à un phénomène tout de même plus significatif qu'une "bavure". Si l'horreur n'est pas proportionnelle au nombre de zéros qui l'illustrent, les chiffres permettent néanmoins de mesurer l'ampleur du phénomène. Dans son discours sur l'homosexualité du 18 février 1937, Himmler déclarait : "Si j'admets qu'il y a un ou deux millions d'homosexuels, cela signifie que 7 à 8 ou 10% des hommes sont homosexuels. Et si la situation ne change pas, cela signifie que notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse. A long terme, aucun peuple ne pourrait résister à une telle perturbation de sa vie et de son équilibre sexuel. Si vous faites entrer en ligne de compte - ce que je n'ai pas encore fait - les deux millions d'hommes tombés à la guerre et si vous considérez que le nombre de femmes reste stable, vous pouvez imaginer combien ces deux millions d'homosexuels et ces deux millions de morts - donc quatre millions d'hommes en tout - déséquilibrent les relations sexuelles en Allemagne : cela va provoquer une catastrophe. "

L'homosexuel apparaît donc comme une des victimes désignées des théories raciales. Malade contagieux, il menace la pureté de la race aryenne et met en péril son accroissement. Himmler insiste en affirmant que le fait homosexuel "représentait une hypothèque pour l'avenir de l'Allemagne". Et Goering de surenchérir, pour qui l'éradication de l'homosexualité constituait une condition de la "défense et de la protection du sang et de l'honneur des Allemands".

Faut-il en conclure que les homosexuels sont autorisés à figurer au martyrologe des années 1933 à 1945 ? Beaucoup répugnent à franchir le pas. On leur refuse souvent ce triste privilège en estimant qu'ils n'ont pas résisté ou qu'ils n'ont pas combattu. Il conviendrait d'abord de vérifier si cette affirmation s'applique à tous. Mais, de toute manière, cet argument rappelle singulièrement le discours qui prétend minimiser le génocide des Juifs en "expliquant" qu'ils se sont laissé conduire vers les camps comme des troupeaux. En adoptant pareil raisonnement, on aboutirait à considérer comme des victimes de deuxième ou troisième catégorie les vieillards, les enfants, les malades, tous ceux et toutes celles qui pour des raisons physiques ou psychologiques se sont trouvés démunis devant l'entreprise criminelle. On dira aussi que les homosexuels n'étaient pas des opposants au régime nazi. On ne peut le nier pour beaucoup d'entre eux si l'on prend le terme "opposant" dans un sens restreint. On peut même affirmer que certains ont été séduits, au début, par les fastes spartiates des organisations hitlériennes. Mais d'autres ne se sont-ils pas trompés ou n'ont-ils pas été trompés qui se sont retrouvés ensuite aux mains des tortionnaires ? S'écriera-t-on : "Tant mieux pour eux !" ?

Mais le terme "opposant" mérite qu'on s'y arrête. Il désigne évidemment ceux qui, de quelque manière, luttent contre un système, mais celui-ci, surtout en dictature, ne manque jamais de définir et de désigner ses opposants de façon plus ou moins arbitraire. Tel fut le sort de tous ceux qui, pour des raisons réelles ou inventées, gênaient les nazis. Et de toute manière, avant 1933, apparaissaient comme des opposants aux nazis, au même titre que les sociaux-démocrates et les communistes, ceux qui militaient dans des mouvements homosexuels allemands particulièrement nombreux jusqu'en 1933. L'opposition à une idéologie peut se manifester autrement que par l'adhésion à un parti ou le dépôt d'un bulletin dans une urne électorale : un mode de vie suffit. C'est bien pourquoi les premières rafles atteignirent, outre les politiques, les homosexuels repérés grâce aux listes saisies dans leurs organisations. A vrai dire, pour être un "vrai" opposant, ou un "vrai" résistant, il faut en avoir le temps et les moyens.

Ni résistants ni opposants : l'image pourrait rassurer si elle n'évoquait celle de l'homosexualité véhiculée, ou plus exactement amplifiée par les nazis. (...)

Les hitlériens tenaient dans le plus profond mépris la morale dite bourgeoise. En privé, ils ne manquaient pas de s'en gausser, mais ils ne se privaient pourtant pas de l'utiliser avec un art consommé lorsqu'elle convenait à leurs fins. Or, de même que l'antisémitisme, la répugnance à l'égard des homosexuels existait dans de larges couches de la population allemande bien avant les premières manifestations du nazisme. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Allemagne avait connu une affirmation du mode de vie homosexuel tout à fait exceptionnelle à l'époque et qui, pour certains, sent encore le soufre aujourd'hui. La violence antihomosexuelle avait d'ailleurs crû proportionnellement à l'émergence publique de ce vécu peu compatible avec les tabous ancestraux. Devant ce phénomène, l'idéologie nazie ne se montra guère imaginative, elle puisa dans l'arsenal accumulé par les milieux les plus divers depuis le parti communiste jusqu'aux églises. Une fois le régime en place, il lui suffit d'affûter les vieilles armes et de les utiliser jusqu'au bout comme à son habitude. En procédant de la sorte, il rassura une partie du peuple allemand effrayé de la "décadence" sans émouvoir grandement les "vrais" opposants. (...)

Raconter le martyre homosexuel au même titre que les autres suscite une peur ou une hostilité qui se nourrit aussi d'une constatation : ils étaient assimilés à des "droits communs". Il convient d'abord de se demander si tous les "droits communs" méritaient le camp de concentration quoi qu'ils aient pu commettre avant. Après tout, la démocratie postule l'humanité des peines. Si des "droits communs" ont complaisamment fait le jeu des bourreaux, est-il scandaleux de demander si ce fut toujours le cas et si certains d'entre eux ne méritent pas aussi un hommage posthume ? Il n'en reste pas moins vrai que les homosexuels allemands étaient des délinquants puisque, depuis le début du XIXe siècle, l'article 175 du Code pénal incriminait l'homosexualité masculine à tout âge. Mais il convient aussi de rappeler qu'en 1933, sur proposition de sa commission de la Justice, le Reichstag était à la veille d'abroger cette disposition. La République fédérale, quant à elle, a mis près de trente ans pour seulement l'atténuer. Nous devons donc utiliser avec prudence les notions de délinquance et de criminalité. Liées au comportement de l'individu, elles reflètent aussi l'opinion plus ou moins arbitraire que s'en fait la société. Elles recèlent la même dose de subjectivité que les appellations "opposants" ou "résistants". Mais faire admettre que l'on puisse assimiler résistance et délinquance est encore une conclusion qui ne réunira pas l'unanimité. Il s'en est pourtant fallu de peu que les homosexuels ne fussent plus des délinquants aux yeux de la moribonde démocratie allemande de 1933. Les nazis héritèrent donc de justesse de l'article 175, ils se contentèrent d'aggraver l'incrimination et de prévoir, pour les homosexuels, la prison à vie : on sait ce que cela signifiait pour eux. On peut imaginer que, de toute façon, ils auraient ressuscité l'article 175. Mais aurait-on pu, par la suite, comptabiliser une telle décision parmi leurs crimes ?

La déportation des homosexuels soulève encore une question qui continue de causer un certain embarras dans d'autres domaines : l'attitude de certaines autorités dans les pays occupés par les troupes allemandes. Un homosexuel alsacien, survivant du Struthof, André Spitz, déclare :

"(...) le travail des hommes de la Gestapo fut facilité par la police française qui leur livra les fichiers des homosexuels. (Gai Pied, 15 mai 1981)."

Un autre rescapé, Camille Erremann, confirme cette accusation :

"(...) c'est en prison, lorsque j'ai vu mes camarades de Colmar et des environs, que j'ai appris que le fichier des homosexuels était aux mains de la Gestapo".

Il affirme que deux cents personnes furent ainsi arrêtées en raison des complaisances du commissaire de Colmar à l'égard de la Gestapo. Pourtant, estime-t-il, nul ne pouvait ignorer ce qui adviendrait :

(...) l'opinion alsacienne, dans sa majorité, savait ce qui se préparait à quelques dizaines de kilomètres de chez elle, de l'autre côté du Rhin. La radio allemande déversait des slogans nazis sans ambiguïtés (...) j'ai su, en 1935, que l'on déportait les homosexuels allemands au même titre que les opposants politiques, les Juifs ou les prêtres. Des amis alsaciens l'avaient appris en Allemagne par d'autres amis homosexuels qui vivaient dans la terreur d'être dénoncés. (Gai Pied, 26 mars 1983).

Si ces témoignages relèvent du fantasme, qu'on les dénonce comme tels.

Pour dissimuler certains aspects de la vie concentrationnaire que l'on n'aime pas trop évoquer, on se réfugie parfois dans une vue manichéenne de l'histoire qui devient alors très hagiographique. Aux bourreaux, on oppose les saints et, par pudeur ou par embarras, on condamne à l'oubli ceux qui s'accommodent mal de ces catégories, notamment les homosexuels. Manière aisée d'éluder aussi le comportement des prisonniers entre eux. Heinz Heger, homosexuel autrichien, déporté de 1939 à 1945, consacre plusieurs pages de son journal à sa relation avec d'autres prisonniers. Qu'on le sache d'emblée, Heger n'a survécu que parce qu'il s'est prostitué : il fut le mignon de Kapos, de Tziganes, de Juifs, de "droits communs", de Polonais. Cela suffit-il pour le déconsidérer ?

Considérés par les nazis comme des déchets d'humanité, méprisés par les autres prisonniers, les homosexuels constituaient, selon Heger, des victimes prioritaires, en particulier pour les sévices sexuelsCertains homosexuels prétendent avoir souffert plus que les autres dans les camps de concentration. mais au-delà d'une certaine intensité dans l'horreur, peut-on vraiment établir une gradation ? Néanmoins, il convient tout de même de se demander si vraiment les homosexuels étaient choisis par priorité pour subir des expériences médicales destinées notamment à les "guérir", pour grossir les Kommandos de la mort des carrières de Sachsenhausen où ils seraient disparus par milliers, pour figurer comme gibier dans les "stands de tir au pédé vivant". Que penser enfin de ces affirmations de Guy Hocquenghem :

"L'hostilité des politiques, des militants de gauche dans les camps, à l'égard des Triangles Roses, est bien connue. On sait qu'en un autre camp que celui de Heger, ils demandèrent à être hygiéniquement séparés des enculés. Somme toute, les politiques, qui sont en général ceux qui causent encore aujourd'hui à la télé quand on parle des camps, éprouvaient le même dégoût à l'idée d'être enfermés avec les pédés que Heger à l'idée d'être commandé par des droits communs. La concurrence rouges/verts, politiques/droits communs pour les postes de responsabilité dans les camps, semble démontrer que ces deux catégories étaient celles où se recrutaient d'ordinaire les Kapos, la crème des camps. A l'autre extrémité, asociaux, fous, homosexuels, Juifs, seuls voués au massacre, devaient choisir s'ils voulaient survivre leurs protecteurs. Par chance pour Heger, son camps vit le triomphe des verts. Ailleurs, où les rouges triomphaient, les listes d'extermination établies par le secrétariat autogéré des déportés à l'usage des SS comprirent en première ligne les Triangles Roses. Les politiques s'en justifient naturellement en disant qu'ils portent en tête de liste ceux qui sont les plus faibles, les plus condamnés de toute façon, les moins utiles à une quelconque résistance."

Propos excessifs ? Reflet partiel de la réalité ? Ici encore, la parole est aux historiens. On ne peut nier en tout cas que le "bon" fonctionnement du monde concentrationnaire reposait notamment sur les rivalités ou les haines entre déportés, savamment entretenues par les nazis. Quoi d'étonnant dès lors à ce que les homosexuels aient été des pions de choix dans cette macabre stratégie ?

Un élément vient encore jeter le trouble, il s'agit de l'équation "nazisme = homosexualité". La Nuit des longs outeaux du 30 juin 1934 reste une des épisodes sanglants les plus connus des l'histoire du nazisme. De nombreux SA y furent assassinés, et parmi eux des homosexuels dont Ernst Röhm. Enfin un massacre d'homosexuels dont on parle sans se gêner ! Et de manière un peu simpliste on oublie parfois qu'il s'agissait surtout, pour les dignitaires du régime, de se débarrasser d'un rival dangereux qui avait été longtemps le favori de Hitler. Le régime en profita pour se refaire une virginité et proclamer son attachement à l'orthodoxie sexuelle; ses adversaires y virent une occasion de déconsidérer le nazisme en le taxant de cultiver l'homosexualité. Finalement celle-ci déplaît à tous et tous s'en servent pour disqualifier l'adversaire.

Aujourd'hui encore, cet échange de malédictions a laissé des traces. Qu'il y ait eu des homosexuels parmi la SA et la SS, nul ne le nierait. Himmler déclarait:

"Aujourd'hui encore, il se présente tous les mois un cas d'homosexualité dans la SS. Nous avons de huit à dix cas par an."

Dix cas par an ne permettent pas de prétendre que la SS constituait une pépinière d'homosexuels ou que ceux-ci s'y précipitaient en masse. La "masculinisation" de la société nazie doit-elle conduire à conclure que les sphères dirigeantes comptaient plus d'homosexuels qu'il ne s'en trouve dans les rouages des sociétés démocratiques ? Même si la réponse était affirmative, cela ne devrait pas suffire pour assimiler nazisme et homosexualité ni pour passer sous silence le massacre des homosexuels par les nazis.

Texte : Michel Vincineau, chargé de cours à l'Université libre de Bruxelles.